Outremont et Maisonneuve - Faire son marché biologique

Le Marché biologique d’Outremont s’installe sur l’esplanade de la rue Dollard, à l’angle de la rue Van Horne. Source: Raymond Gagnon, Ville de Montréal
Photo: Le Marché biologique d’Outremont s’installe sur l’esplanade de la rue Dollard, à l’angle de la rue Van Horne. Source: Raymond Gagnon, Ville de Montréal

Est-il possible pour un consommateur de faire un marché composé entièrement d'aliments biologiques en un seul lieu à Montréal? La chose est possible s'il se rend le dimanche au Marché biologique d'Outremont. L'événement, qui en est à sa troisième édition, a débuté fin août et se poursuit jusqu'au 10 octobre.

«Nous avons choisi cette période de l'année parce qu'elle correspond à la fois à la rentrée et à la période des récoltes», explique Stéphane Harbour, maire de l'arrondissement d'Outremont. Le Marché biologique d'Outremont s'installe sur l'esplanade de la rue Dollard, à l'angle de la rue Van Horne, à deux pas du métro Outremont. On y monte une enfilade de chapiteaux qui servent à abriter les étals des marchands et à protéger les acheteurs des intempéries.

«C'est toute une logistique, admet Anne-Marie Poitras, coordonnatrice de l'événement. Il faut monter le samedi et démonter en soirée le dimanche. En plus des chapiteaux et des tables, il faut fournir l'électricité, l'accès aux toilettes, le stationnement pour les camions des producteurs.» C'est l'arrondissement qui assume les coûts reliés à l'événement, la vingtaine de producteurs louant leur place seulement 35 $ par jour.

Convivialité

L'idée a germé au sein du Comité sur l'environnement et le développement durable, où siègent élus, fonctionnaires et citoyens. «Étant donné qu'il n'y a pas de marché public à Outremont, souligne Stéphane Harbour, je trouvais très intéressante l'idée d'organiser un événement comme celui-ci.» D'emblée, le choix d'aliments biologiques s'est imposé puisqu'on favorisait ainsi le développement durable.

Stéphane Harbour avoue que l'idée n'avait pas que des adeptes au départ et qu'il a fallu convaincre certaines personnes du bien-fondé du projet. Ayant habité 10 ans à Paris, il connaissait déjà les marchés publics à l'européenne. «C'est l'ambiance que j'ai voulu recréer ici. J'aimais l'animation et la convivialité des marchés publics à Paris et je croyais que les Outremontais, qui aiment leurs fêtes communautaires, apprécieraient un marché public ouvert.» La suite des événements lui a donné raison. «Ce fut un succès dès la première année.»

Une production variée

Une visite sur les lieux en compagnie de Stéphane Harbour et d'Anne-Marie Poitras a permis de constater que le consommateur est bel et bien au rendez-vous. L'endroit fourmillait d'acheteurs de tout âge, allant des personnes âgées aux petites familles. Il n'y a ni animation ni musique et l'on n'entend que le boniment des marchands et les questions des acheteurs. «On ne voulait pas une kermesse, affirme Stéphane Harbour, mais un marché public où l'accent est vraiment mis sur les acheteurs et les producteurs.»

Autre fait à noter: la diversité des producteurs. «Dès le départ, explique Anne-Marie Poitras, on ne voulait pas faire un marché uniquement de produits maraîchers. On voulait que le consommateur ait accès à une variété de produits alimentaires biologiques.»

Outre les producteurs maraîchers, dont les étals regorgent de légumes de toutes sortes, on y trouve un peu de tout: de la viande biologique, du pain et des viennoiseries, des noix, du miel, du fromage, du vin et du cidre, des produits transformés tels des pâtés, des tartes, des biscuits et des gâteaux, des produits à base de fleur d'ail et des aliments végétaliens, ces derniers étant exempts de gluten et de sucre. On y trouve même des aliments à base de chanvre.

Producteurs variés

Geneviève Vena, propriétaire de la boulangerie artisanale La Vagabonde, située à Val-David, participe à plusieurs marchés publics. «Cela me permet d'échanger avec le client et de répondre à ses questions.» Elle note aussi un changement d'attitude de la clientèle envers les aliments biologiques. «On a de moins en moins besoin de donner des explications quant à la valeur des aliments biologiques.»

Pour d'autres producteurs, ce marché est l'occasion de faire connaître leurs produits. C'est le cas de Marc Paquin, de Cuisine Soleil, qui descend chaque semaine de Rouyn-Noranda présenter ses produits, biscuits et collations sans gluten et sans sucre. «C'est une formidable occasion pour moi puisque l'entreprise a vu le jour seulement en juillet dernier.»

Même son de cloche chez Marie-Josée Richer de Prana, une entreprise qui se spécialise entre autres dans les noix biologiques. Pourquoi les noix que l'on doit importer d'Espagne et même du Viêtnam? «Parce que je suis grignoteuse», avoue-t-elle candidement, avant d'ajouter qu'elle cherchait aussi un créneau qui lui permettrait de se distinguer. Sa présence au marché d'Outremont lui a permis «de mettre un visage sur mes produits». Le succès est tel que la jeune entreprise entrevoit de prendre de l'expansion prochainement.

Pour certains producteurs, qui sont en affaires depuis plus longtemps et dont la réputation n'est plus à faire, la présence dans les marchés publics demeure incontournable. C'est le cas de la ferme Rheintal, propriété de Hans Buecheli et de sa fille Guylaine, qui produit du boeuf, du veau et du porc biologiques depuis maintenant plus de 20 ans. Les découpes sont vendues congelées sous vide. Un coup d'oeil sur la liste des prix suffit pour voir que la politique de prix se compare favorablement à ce qui se pratique pour des produits qui ne sont pas biologiques.

«C'est que lorsque vous achetez ici, c'est comme acheter à la ferme, explique Sébastien Angers. Vous achetez directement du producteur et il n'y a pas d'intermédiaires, ce qui nous permet d'avoir des prix concurrentiels.» Cette règle s'applique aussi aux autres produits disponibles au Marché biologique d'Outremont.

La pérennité du projet

Devant pareil succès, il ne fait aucun doute dans l'esprit de Stéphane Harbour que le marché renaîtra l'an prochain. Et peut-être dans une version améliorée. Déjà, une pétition organisée par Christian de Cavel, de la cidrerie du Verger Gaston, a été déposée à la mairie afin que le Marché biologique d'Outremont devienne permanent et à l'année longue. Une idée que partage le maire de l'arrondissement.

Pareil marché biologique pourrait-il faire des petits ailleurs à Montréal? Déjà, un événement similaire, mais de moindre envergure, existe au marché Maisonneuve, mais le samedi. De l'aveu de Jean Gagnon Doré, directeur des communications à la Corporation des marchés publics de Montréal, le succès de cet événement ne se compare pas à celui d'Outremont. «Nous examinons présentement la manière dont on pourrait relancer l'événement l'an prochain et la possibilité de multiplier pareils événements sur le territoire montréalais.»

D'autres arrondissements, surtout ceux qui n'ont pas de marché public, pourraient peut-être suivre l'exemple d'Outremont et s'impliquer à leur tour. Toutes ces initiatives réjouissent Sébastien Angers. «Produire de bons aliments biologiques, ce n'est pas compliqué; ce qui l'est, c'est de bien vendre nos produits.» C'est à cela aussi que sert le Marché biologique d'Outremont. Sans compter que le consommateur y trouve aussi largement son compte.

Collaborateur du Devoir