Médecins étrangers - Québec corrige le tir

Le ministre délégué aux Relations avec les citoyens et à l'Immigration, André Boulerice, s'est vertement défendu hier de vouloir fermer la porte à la venue de médecins étrangers au Québec et soutient que son ministère modifiera le site Internet, qui déclare la profession médicale «inadmissible» à l'immigration au Québec.

Le ministre Boulerice s'est s'employé à défendre hier après-midi, à l'Assemblée nationale, la politique qui rend d'emblée «inadmissible» à l'immigration au Québec les candidats qui déclarent la médecine comme profession, dont faisait état Le Devoir mercredi dernier. «Le Québec ne fait pas barrière à l'admission des professionnels, mais au Québec comme dans les provinces canadiennes, (...) certaines professions sont régies par des ordres professionnels», a-t-il insisté pour expliquer cette situation.

Plus tôt dans la journée, en entrevue au Devoir, le ministre Boulerice avait soutenu que les «exigences posées par le Collège des médecins» étaient à l'origine de cette politique et que son ministère n'avait pas le mandat de décréter s'il y avait pénurie ou non de médecins au Québec.

Il a cependant ajouté que des discussions «historiques» ont été engagées récemment avec la corporation médicale pour accroître l'ouverture du Québec aux médecins d'outremer et que les deux parties convenaient que le terme «inadmissible» était «un peu fort». «J'en suis à des négociations pour que la sémantique soit changée et qu'on parle plutôt de profession réservée», a-t-il dit, ajoutant que la mention «inadmissible» était une «imperfection» du site Internet qui sera bientôt corrigée.

Le président du Collège des médecins du Québec, Yves Lamontagne, n'était pas présent hier pour commenter cette affaire. Toutefois, le Dr Pierre Blanchard, directeur des études médicales, a soutenu que le Collège n'avait jamais donné son aval à ce critère «d'inadmissibilité» instauré par le MRCI. «C'est une technicalité qu'on déplore, surtout quand on nous l'attribue», a-t-il affirmé.

Malgré cette politique, ce dernier juge que les portes de la profession médicale ne sont pas fermées aux médecins étrangers lorsque ces derniers passent par la filière des «permis temporaires restrictifs» octroyés par le Collège. «Quelque 63 médecins ont obtenu un permis de pratique, cette année, de cette façon. Est-ce si restrictif? C'est plus de 10 % des nouveaux permis octroyés cette année», défend le Dr Blanchard.

Par ailleurs, le porte-parole du Collège admet qu'une pénurie de main-d'oeuvre médicale sévit au Québec et que les jeunes diplômés en médecine ne suffiront pas à l'enrayer. «Je ne sais pas si la réponse est de lever cette barrière, mais il faut trouver une solution», soutient-il.

Le porte-parole de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Jean Rodrigue, juge quant à lui acceptable la situation actuelle. «On aurait des réserves à ouvrir les portes toutes grandes, car dans beaucoup de cas il n'y a pas d'équivalence de diplôme», a défendu hier le Dr Rodrigue, porte-parole. À son avis, l'octroi de permis restrictifs suffit pour l'instant à assurer que le Québec ne se prive pas d'effectifs compétents, estime-t-il.

À Québec, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a pour sa part sauté sur l'occasion pour déplorer cette politique restrictive, qu'il juge néfaste pour le Québec. «En plus d'avoir l'exode des cerveaux, qui fait qu'on perd de nos gens (...), si on ne reconnaît pas les compétences de ceux qui pourraient venir construire le Québec avec nous, on va s'handicaper beaucoup», a-t-il commenté.