Prendre plaisir à prévenir

À la lumière de ce que l'on sait maintenant des désordres causés par l'alimentation moderne, il va de soi qu'une des modifications les plus importantes est de faire une plus grande place aux aliments d'origine végétale. Un grand nombre de végétaux, notamment les crucifères, les alliacées, les agrumes ou encore le thé vert et certaines épices comme le curcuma, ont des propriétés anticancéreuses bien documentées. Il n'y a aucun doute que l'intégration de ces aliments à nos habitudes alimentaires peut contribuer activement à réduire le développement et la progression de plusieurs cancers.

Cela dit, il n'existe aucun aliment «miracle» capable à lui seul de bloquer toutes les étapes du développement d'une maladie aussi complexe que le cancer. Un apport diversifié en aliments de sources végétales est absolument essentiel pour profiter pleinement de leurs effets préventifs.

Pour nous aider à intégrer harmonieusement ces aliments à nos habitudes alimentaires, nous avons le privilège d'avoir accès à des millénaires de culture culinaire de différentes régions du monde, en particulier celles provenant des pays où l'on recense les plus faibles taux de cancer. Ces grandes cuisines, qu'elles soient d'origine chinoise, japonaise, indienne ou méditerranéenne, ont toutes comme caractéristique commune de faire une grande place aux végétaux. Elles permettent ainsi de tirer profit des multiples propriétés anti-inflammatoires et anticancéreuses de ces aliments, tout en procurant un réel plaisir gastronomique.

On associe trop souvent une alimentation saine à un comportement ascétique et contraignant, où la recherche d'effets salutaires se fait au détriment du plaisir. Bien au contraire, ces grandes cuisines sont d'abord et avant tout des cuisines épicuriennes, issues de traditions où la recherche du plaisir a toujours été associée à une incidence favorable sur la santé.

Que ce soit l'omniprésence de l'ail, de la tomate, des légumineuses et de divers aromates chez les peuples méditerranéens, l'abondance de soja, d'algues, de crucifères et de thé vert en Chine et au Japon ou encore l'utilisation systématique de légumineuses, de laits fermentés ainsi que d'un grand nombre d'épices par les Indiens, toutes ces traditions culinaires se sont élaborées grâce à l'acharnement de millions de femmes qui ont su identifier les aliments qui favorisaient la bonne santé de leur entourage, tout en recherchant les meilleures façons de les apprêter pour qu'ils puissent procurer du plaisir. S'ouvrir à ces grandes cuisines millénaires permet donc non seulement de mieux connaître un aspect central de la culture de certaines des plus grandes civilisations, mais également d'utiliser concrètement les effets positifs associés à ces traditions pour la prévention des maladies.

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Les auteurs: Denis Gingras est chercheur au Laboratoire de médecine moléculaire au service d’hémato-oncologie de l’hôpital Sainte-Justine. Quant au docteur Richard Béliveau, il est directeur du même laboratoire, professeur à l’Université de Montréal et à l’UQAM, titulaire de la chaire Claude-Bertrand en neurochirurgie et de la Chaire en prévention et traitement du cancer.