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Chiens, chats et humains ne font pas toujours bon ménage

Photo: Agence Reuters

Mignons, attendrissants, irrésistibles sont les jeunes animaux de compagnie. C'est pourquoi on aime les offrir aux enfants. Moins sympathique toutefois est le fait qu'ils sont nombreux à héberger des parasites transmissibles aux humains. Des parasites qui peuvent causer de sérieux problèmes de santé aux jeunes enfants et autres personnes dont le système immunitaire est affaibli. Une certaine vigilance s'impose donc.

Les résultats inquiétants que le parasitologue Alain Villeneuve, de l'Université de Montréal, a obtenus lors des multiples diagnostics qu'il pose dans son laboratoire de la faculté de médecine vétérinaire l'ont incité à alerter la communauté scientifique lors d'un congrès ayant eu lieu à Montréal.

Alain Villeneuve a en effet détecté chez nos animaux domestiques et autres espèces vivant à proximité de l'homme, comme la mouffette et le raton-laveur, plus d'une trentaine d'espèces parasitaires susceptibles de prospérer chez l'humain. Il a relevé qu'environ 40 % des chiens et des chats âgés de moins d'un an excrètent des agents qui sont transmissibles aux humains. «Comme on a tendance à offrir aux enfants en bas âge de très jeunes animaux car ils sont très mignons, on expose ainsi nos enfants à des risques d'infection qui sont loin d'être négligeables», prévient l'universitaire.

Les médecins vétérinaires recommandent régulièrement aux personnes dont le système immunitaire est affaibli de ne pas entrer en contact avec de jeunes animaux de moins d'un an ou d'animaux errants ou malades, particulièrement ceux qui sont atteints de diarrhée. Or on oublie souvent les jeunes enfants, dont le système immunitaire n'est pas encore mature et donc vulnérable à l'attaque des parasites et divers autres agents infectieux, indique le Dr Villeneuve.

Contrairement à l'opinion générale qui tend à sous-estimer les risques de contamination chez les humains, Alain Villeneuve insiste sur les précautions à prendre pour se protéger, compte tenu du fait que les humains sont largement exposés aux chiens, aux chats, aux ratons-laveurs et aux mouffettes qui, selon son verdict, sont fréquemment infestés de parasites. «On ne dispose pas de bonne méthode de diagnostic pour dépister la présence de parasites chez l'humain. Mais cela ne nous permet pas d'affirmer qu'il n'y en a pas chez les humains, comme maintes personnes le disent», soutient-il.

Le vétérinaire précise par ailleurs que ce sont surtout les jeunes animaux qui sont atteints de maladies infectieuses, en raison de leur comportement et de l'immaturité de leur système immunitaire.

Les jeunes animaux vivent souvent en groupe dans leur milieu familial ou dans un élevage, des lieux qui sont extrêmement contaminés. De plus, durant la période de gestation et de lactation, le système immunitaire des femelles est moins fort qu'en temps normal, et donc moins efficace à contrer les parasites.

Une fois contaminées, les femelles transmettent alors les parasites qu'elles ont contractés à leurs rejetons par leur placenta ou le lait qu'elles leur donnent à téter. Les Toxocara par exemple, des ascaris ou vers ronds qui parasitent les chiens et les chats, se retrouvent dans le lait maternel des chiennes et des chattes.

De plus, alors qu'ils sont tout jeunes, les animaux explorent leur environnement en goûtant et en mâchouillant une multitude d'objets, un comportement qui les rend susceptibles d'avaler des oeufs de parasites, lesquels sont souvent extrêmement persistants. Certains oeufs peuvent survivre jusqu'à neuf ans dans l'environnement québécois, qui est pourtant soumis à un climat rigoureux. Durant l'hiver, la température au sol descend rarement sous les quatre degrés Celsius, une température idéale pour la conservation des oeufs de parasites, fait remarquer le parasitologue, qui considère la contamination par les espèces Toxocara, Toxoplasma, Cryptosporidium et Baylisascaris comme préoccupante.

La plupart du temps, ces parasites ne vivent pas très longtemps chez l'humain. Souvent, ils ne provoqueront qu'une dermatite ou un problème digestif qui ne durera que quelques semaines. Mais parfois ils élisent domicile chez leur hôte pour la vie et peuvent devenir vraiment dangereux.

La toxocarose

L'espèce Toxocara, par exemple, peut se loger dans les tissus humains et y rester des mois, voire des années. Ce petit ver, qui peut mesurer jusqu'à 15 centimètres de longueur chez le chien tandis qu'il ne dépasse pas le tiers de millimètre chez l'humain, se balade généralement dans l'organisme humain pendant plusieurs années sans causer de problème, à moins qu'il ne réussisse à s'infiltrer dans l'oeil, où il s'attaque aux cellules nerveuses. Il peut alors induire des lésions qui, dans certains cas, peuvent conduire à la cécité.

Les 10 % de la population canine et féline du Québec qui hébergent ce parasite contaminent le sol en éliminant les oeufs du parasite dans leurs selles. Et comme ces oeufs sont recouverts de piquants, ils s'accrochent à toutes sortes d'objets présents dans l'environnement, dont les jouets que les enfants portent à leur bouche.

Alain Villeneuve souligne aussi que quiconque vaque à des activités extérieures pourra se contaminer les mains, d'autant plus que les oeufs du parasite peuvent demeurer en latence dans l'environnement pendant cinq ans.

La toxoplasmose

Seuls les chats errants qui ont mangé des souris ou des oiseaux déjà infectés peuvent transmettre le parasite Toxoplasma aux humains et aux autres animaux, qui une fois infectés demeureront porteurs du parasite pendant toute leur vie.

Les chats vivant à l'intérieur des maisons sont quant à eux généralement exempts du parasite. «On recommande souvent aux femmes enceintes d'éviter tout contact avec les chats et de confier le changement de litière à quelqu'un d'autre. Ces précautions sont tout à fait inutiles, affirme Alain Villeneuve. Il faudrait plutôt leur conseiller de manger leur viande bien cuite — surtout le boeuf et l'agneau — et de bien laver leurs légumes. Environ 85 % des gens s'infectent par l'alimentation en mangeant de la viande peu cuite et des légumes mal lavés.»

Le chat est la seule espèce animale qui excrète les oeufs du parasite Toxoplasma dans ses matières fécales. Il ne le fait que pendant deux à trois semaines au cours de ses premières années de vie et il devient ensuite lui-même immun. Les oeufs peuvent toutefois survivre pendant un an dans l'environnement.

Ce sont surtout les chats de ferme qui contaminent les autres animaux, comme les boeufs, en enfouissant leurs excréments — chargés d'oeufs de parasites — dans la moulée laissée en vrac ou présente dans les auges. L'humain s'infecte ensuite en consommant la viande de ces animaux d'élevage, d'où l'importance de bien la cuire. «Une simple cuisson à 65 degrés est amplement suffisante pour éliminer ce parasite. Or, si la viande a perdu toute trace de rosé, on peut dire qu'elle a atteint 80 degrés», précise Alain Villeneuve.

Une infection à Toxoplasma n'est généralement pas dangereuse, la victime peut ressentir les symptômes d'une légère grippe. Le parasite représente toutefois une véritable menace pour les personnes dont le système immunitaire n'est pas au meilleur de sa forme, comme celles ayant subi une greffe d'organe, qui reçoivent des médicaments immunosuppresseurs, les sidéens ou même les diabétiques. Les femmes enceintes qui s'infectent en fin de grossesse sont susceptibles de transmettre le micro-organisme à leur foetus, qui pourra souffrir de sérieux dommages au cerveau en raison d'un système immunitaire encore immature et donc peu robuste.

La cryptosporidiose

La cryptosporidiose, maladie infectieuse provoquée par le cryptosporidium, existe à la fois chez l'humain et les animaux et peut se transmettre d'un humain à l'autre. Les chiens et les chats peuvent être porteurs de ce parasite et le transmettre à l'humain, qui pourra contaminer d'autres humains. Le cryptosporidium est un petit protozoaire intestinal très commun qui donne la diarrhée.

À la clinique de l'École de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, on a relevé que 15 % des chiots de moins de trois mois hébergent et excrètent ce parasite. Le protozoaire qui se retrouve dans les matières fécales de ces jeunes chiens est immédiatement infectieux. En manipulant ces petits animaux, les enfants sont donc susceptibles de toucher le dessous de la queue et de se souiller les mains. Ils peuvent ainsi recueillir suffisamment de parasites pour s'infecter, étant donné qu'ils se suceront probablement les doigts et mangeront sans s'être préalablement lavé les mains correctement.

Or le cryptosporidium peut entraîner chez l'enfant une diarrhée assez sévère — trois ou quatre selles par jour — qui peut durer une semaine et s'accompagner d'une forte fièvre.

La giardiose

Encore plus fréquent que le cryptosporidium, Giardia colonise un chiot sur quatre de moins d'un an. Présent dans l'eau de consommation, il se transmet aussi facilement que le cryptosporidium.

«Si vous allez acheter un animal dans une animalerie, il y a un risque sur deux que votre acquisition soit porteuse de Giardia, qui peut causer chez l'enfant et l'adulte une diarrhée, toutefois moins sérieuse qu'avec le cryptosporidium», prévient Alain Villeneuve

Baylisascaris

Le ver Baylisascaris s'associe quant à lui davantage aux mouffettes et aux ratons-laveurs qu'aux chiens et aux chats. Ce parasite est extrêmement agressif envers les petits mammifères et les oiseaux puisqu'il peut migrer vers les yeux et le cerveau. Six oeufs de Baylisascaris sont suffisants pour tuer une souris en dix jours. Heureusement les humains réussissent à mieux le combattre, bien que les jeunes enfants demeurent particulièrement vulnérables. Aux États-Unis, on a même recensé quelques décès de très jeunes enfants qui auraient ingurgité des matières fécales de mouffettes ou de ratons-laveurs en s'amusant à l'extérieur.

Une vérification effectuée dans les laboratoires de l'École vétérinaire de Saint-Hyacinthe a révélé que 40 % des mouffettes et 53 % des ratons-laveurs sont porteurs de ce parasite. «On tolère les ratons-laveurs et les mouffettes dans nos quartiers résidentiels. On devrait y repenser à deux fois, insiste Alain Villeneuve. Il ne s'agit pas de semer la panique et de prôner l'extermination des ratons-laveurs et des mouffettes. Mais il serait important d'apprendre à reconnaître le comportement très singulier de défécation de ces animaux afin d'éliminer leurs excréments de façon sécuritaire.»

Le raton-laveur défèque dans des endroits où ses matières fécales seront visibles, comme le patio ou le bord d'un toit, et y revient jour après jour. De plus, à l'automne, celles-ci contiennent du maïs, des graines et des petits fruits à peine digérés qui sont très attrayants pour les oiseaux et les petits mammifères. Quand ces derniers consomment ces débris, ils ingèrent du coup les oeufs du parasite, qui sont très fréquemment présents dans les excréments des ratons-laveurs. Or les oeufs de Baylisascaris peuvent les tuer en l'espace de dix jours, ce qui en fait des proies faciles pour le raton-laveur, qui se sert de ses parasites pour augmenter son succès de chasse.

Heureusement, les oeufs de Baylisascaris ne deviennent infectieux que trois semaines après l'excrétion des matières fécales. «On a donc trois semaines pour éliminer ces excréments dangereux. Il faut toutefois les ramasser avec précaution, d'autant qu'il n'existe aucun désinfectant qui parvient à détruire les oeufs de Baylisascaris», souligne le parasitologue. Si les excréments ne sont pas ramassés, il y a un risque que les oeufs persistent dans l'environnement pendant près de neuf ans.

Les mouffettes, quant à elles, déposent leurs excréments un peu n'importe où. Ce comportement s'avère particulièrement problématique à l'automne, alors que ces mammifères s'empiffrent dans le but de se faire des réserves pour l'hiver et conséquemment défèquent abondamment.

Souvent noirs, voire bleutés à l'automne, les excréments de mouffette ressemblent à des crottes de chat. Sauf qu'à l'inverse des félins, les mouffettes n'enfouissent pas leurs excréments, qui lorsqu'ils sont contaminés par Baylisascaris s'avèrent extrêmement dangereux.

Le vétérinaire Villeneuve conseille donc de vérifier chaque matin si des matières fécales de mouffette ou de raton-laveur jonchent le gazon du jardin. Pour appuyer sa recommandation, il relate les résultats d'une étude effectuée à Baltimore il y a quelques années, qui indiquaient que 53 % des terrains résidentiels examinés étaient souillés par des excréments visibles.

Le simple lavage des mains est la première mesure de prévention à appliquer, conseille Alain Villeneuve, qui insiste sur l'importance de toujours ramasser les matières fécales qu'un animal de compagnie laisse tomber dans la rue, dans les parcs et dans son propre jardin, tel que le prescrit un règlement municipal. «Malheureusement, les gens ne prennent pas nécessairement ces précautions chez eux, là où ils laissent gambader de jeunes animaux qui sont les plus susceptibles de contaminer l'environnement», dit-il.