Couillard tente de se faire rassurant

«Nous travaillons actuellement sur différentes propositions» pour améliorer les conditions de transport des patients et le remboursement de leurs frais afin d'«assurer un accès plus ou moins égal aux traitements» pour tous, a dit l'attachée de presse du ministre, Isabelle Merizzi.

Mais pour l'instant, aucun scénario n'est privilégié, a-t-elle précisé. On pourrait par exemple fournir aux patients des appareils d'hémodialyse qui leur permettraient de recevoir leurs soins à domicile, ou encore ouvrir des centres d'hémodialyse dans certaines régions. Mais selon Mme Merizzi, «aucun projet» du genre n'est actuellement sur la table et il «faudra parfois étudier les situations au cas par cas» pour trouver des solutions.

Le dernier investissement destiné à l'ouverture d'un centre de traitements remonte au mois de février. M. Couillard a alors consenti une enveloppe de 2,8 millions de dollars, notamment pour ouvrir un centre d'hémodialyse au Centre de services de Rivière-Rouge, dans les Hautes-Laurentides.

Mais hier, le ministre Couillard a été forcé de se prononcer sur le cas particulier d'une femme qui entend cesser ces traitements d'hémodialyse en septembre si elle ne peut en bénéficier près de l'endroit où elle demeure, à Ville-Marie, au Témiscamingue. Âgée de 47 ans, Louise Plasse doit parcourir 600 kilomètres par semaine pour suivre ses traitements d'hémodialyse. L'arrêt de ceux-ci entraînerait son décès à court terme.

Le ministre a promis que les soins seraient disponibles d'ici un an au Centre hospitalier de Lac-Témiscamingue, situé à Ville-Marie, pour les patients de la région. «Il faut du temps pour assurer la qualité des services», a justifié Mme Merizzi.

Le ministère planche sur la façon d'accroître l'accessibilité à l'hémodialyse depuis déjà 2004, selon le député libéral de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Daniel Bernard. Et l'avant-projet d'ouverture d'un centre de traitements a été déposé en janvier 2005, selon la directrice générale adjointe du Centre hospitalier de Lac-Témiscamingue, Louise Lafontaine. Le document final a été envoyé au ministère en mars 2006 et l'établissement attendait une réponse depuis ce temps.

Mme Lafontaine a d'ailleurs dit avoir appris la promesse du ministre dans les médias hier. M. Couillard devrait en faire l'annonce officielle cet automne, pour une mise en place dans des roulottes au printemps 2007. Si tout va bien, les locaux permanents devraient être prêts «d'ici quatre ou cinq ans», a-t-elle ajouté.

Mme Plasse ne compte toutefois pas prendre son mal en patience jusqu'au printemps prochain, même si elle se dit prête à considérer la proposition du ministre Couillard. «Je ne passerai pas un autre hiver à voyager à Rouyn deux fois par semaine, expliquait-elle à l'hebdomadaire La Frontière, de Rouyn-Noranda, en mai dernier. Si le service n'est pas arrivé à Ville-Marie l'automne prochain, j'interromps mes traitements. Mon mari est au courant et mon filleul aussi. Nous en avons discuté longuement. [...] Je préfère mourir que de vivre dans ces conditions.»

Ce genre de cas est symptomatique des problèmes d'accès aux soins dans plusieurs régions de la province, selon le président du Conseil de protection des malades, Pierre Brunet. Et il juge la situation inacceptable. «Il n'y a pas de raison pour qu'un patient, où qu'il se trouve au Québec et peu importe son état de santé, ne puisse avoir accès à des soins. Il devrait y avoir un principe d'égalité dans l'accès aux soins de santé, a-t-il affirmé. Malheureusement, la machine bureaucratique est souvent difficile à faire bouger.»