La vaccination n'est pas responsable de l'autisme

Photo: Agence Reuters

Une étude faite au Québec apporte de nouvelles données confirmant que la vaccination contre la rougeole ainsi que le mercure présent dans certains vaccins n'accroissent pas le risque d'autisme.

Une nouvelle étude d'envergure conduite à l'Hôpital de Montréal pour enfants bat clairement en brèche l'hypothèse selon laquelle les vaccins contre la rougeole et ceux contenant du mercure induiraient l'apparition de l'autisme.

Diverses hypothèses incriminant la vaccination des jeunes enfants ont émergé depuis dix ans pour expliquer l'augmentation substantielle des troubles envahissants du développement (TED), comme l'autisme et le syndrome d'Asperger, qu'on a observée au cours des dernières décennies. Dans la revue The Lancet, le gastro-entérologue britannique Andrew Wakefield avait associé en 1998 cette «recrudescence» de l'autisme au vaccin de la rougeole. Des scientifiques états-uniens se sont ensuite inquiétés de la quantité de mercure que recevaient les bambins de moins de deux ans compte tenu du fait que les nombreux vaccins qu'on leur administrait comprenaient du thimérosal, un agent de conservation à base de mercure.

L'équipe du Dr Éric Fombonne, directeur de la pédopsychiatrie à l'Hôpital de Montréal pour enfants, a mené en 2003 une vaste enquête — la première du genre au Canada — auprès de 28 000 enfants québécois ayant reçu un diagnostic d'autisme et nés entre 1987 et 1998. Les résultats de son enquête, publiés aujourd'hui dans la revue scientifique Pediatrics, démontent toute association entre les vaccins pédiatriques et l'autisme.

«Par le passé, la crainte d'un lien potentiel entre la vaccination rubéole-oreillons-rougeole (ROR) et l'autisme a poussé certains parents à adopter une position radicale et à refuser d'immuniser leurs enfants contre des maladies infantiles dangereuses, comme la rougeole. Le phénomène a entraîné la résurgence de la rougeole, qui a causé la mort de plusieurs jeunes enfants en Europe», souligne le Dr Fombonne.

Pourtant, alors que la proportion des enfants ayant reçu la vaccination ROR a décru entre 1987 et 1998, les taux de prévalence des TED ont quant à eux progressivement augmenté au cours de la même période, écartant du coup tout lien entre la vaccination ROR et l'autisme.

Le Dr Fombonne a même pu vérifier l'effet d'une seconde dose de ROR puisque, depuis 1996 au Québec, on administre ce vaccin en deux temps, à 12 mois et 18 mois. Pour la première fois, il a donc été possible de montrer que l'introduction d'une deuxième dose de ROR n'affectait en rien la progression de l'autisme, qui demeurait toujours aussi constante, ajoute le pédopsychiatre.

L'enquête menée par l'équipe du Dr Fombonne a également permis d'écarter toute relation entre l'autisme et le mercure contenu dans de multiples vaccins (notamment contre la diphtérie, la coqueluche, l'hépatite B et la grippe) administrés aux jeunes enfants. En effet, la prévalence de l'autisme a continué d'augmenter de façon constante entre 1987 et 1998 même si la dose moyenne de mercure absorbée par les enfants québécois dans le cadre du régime de vaccination en vigueur a varié au cours de cette même décennie. Les enfants québécois nés entre 1987 et 1991 ont reçu en moyenne 125 microgrammes de mercure, une dose comparable à celle donnée aux petits Britanniques et aux petits Français, précise le chercheur. Entre 1992 et 1995, les bébés québécois ont été exposés à des doses plus élevées, jugées inquiétantes aux États-Unis, atteignant parfois 225 microgrammes. Par contre, à partir de 1996, le thimérosal — qui contient environ 50 % d'éthylmercure — a été retiré des nouvelles préparations vaccinales, qui permettaient désormais d'immuniser les bambins contre cinq maladies à la fois.

Or la prévalence des TED s'élevait à 75 cas pour 10 000 parmi les enfants nés entre 1996 et 1998 qui n'avaient pourtant reçu aucun mercure tandis qu'elle était significativement moindre parmi les enfants nés entre 1987 et 1995 — elle était estimée à 52 enfants atteints sur 10 000 — qui avaient pourtant reçu une dose de mercure.

«Ces résultats devraient détourner les parents désespérés de se lancer dans des thérapies fantaisistes, comme celles qui se développent aux États-Unis et qui s'avèrent très dangereuses pour la santé des enfants», lance le Dr Fombonne. L'une d'elles, la chélation, consiste à administrer des produits de détoxication visant à retirer le mercure du corps de l'enfant. Or ces produits suppriment tous les métaux et peuvent ainsi provoquer de graves perturbations métaboliques, susceptibles d'entraver la conduction cardiaque.

Les données de l'enquête devraient également rassurer la population sur l'innocuité de la vaccination, estime le Dr Fombonne, qui relate la résurgence d'épidémies de rougeole en Grande-Bretagne et aux États-Unis, qui ont causé la mort de nombreux enfants. Le spécialiste rappelle que plus de 90 % de la population doit être vaccinée pour arrêter la propagation du virus et éliminer le risque d'épidémies.

On assiste néanmoins à un accroissement de la prévalence de l'autisme dans tous les pays du monde, confirme-t-il. Lors de l'enquête effectuée en 2003, l'équipe du Dr Fombonne l'a estimée à environ 65 cas pour 10 000 personnes, soit approximativement un enfant sur 155. Au Québec, on compte 11 000 individus de moins de 20 ans atteints d'autisme. Cette prévalence se compare à celle observée en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans plusieurs autres pays.

«Il ne s'agit toutefois pas d'une épidémie mais d'un élargissement du concept d'autisme et d'une amélioration de nos critères de diagnostic», explique le Dr Fombonne. Dans les années 60, on ne diagnostiquait que les enfants sévèrement atteints, ceux qui ne parlaient pas et qui étaient mentalement retardés. Aujourd'hui, on inclut aussi les enfants d'intelligence normale et sans retard de langage qui sont atteints du syndrome d'Asperger, une forme plus légère d'autisme, introduite en 1994.

Toutefois, le Dr Fombonne ne nie pas catégoriquement qu'il puisse exister des facteurs environnementaux non détectés à ce jour qui induiraient l'expression de gènes prédisposant à l'autisme.