Santé - Les jeunes médecins demandent à Québec d'élargir la loi 114

Les médecins résidents et les étudiants en médecine ne veulent plus être les seuls à être contraints de faire des activités médicales prioritaires.
Photo: Jacques Nadeau Les médecins résidents et les étudiants en médecine ne veulent plus être les seuls à être contraints de faire des activités médicales prioritaires.

En lieu et place d'une loi-matraque visant à forcer les médecins à travailler à l'urgence ou en région, les jeunes médecins proposent plutôt que tous leurs collègues de plus de dix ans de pratique, omnipraticiens comme spécialistes, soient contraints, comme eux, de faire des activités médicales prioritaires.

Voici l'une des propositions qu'entendent soumettre au ministre de la Santé, François Legault, la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) et la Fédération des associations étudiantes en médecine du Québec (FAEMQ), qui tenaient hier à Montréal leur assemblée générale annuelle. Quelque 1500 étudiants et jeunes médecins de toutes les facultés de médecine du Québec y ont convergé pour débattre de ces solutions alternatives.

Opposés à la loi 114 et à toute législation limitant leur liberté professionnelle, les jeunes médecins estiment que les solutions à la pénurie se trouvent ailleurs. La FMRQ propose notamment d'élargir à tous les médecins du Québec l'obligation de faire des AMP, c'est-à-dire les activités médicales prioritaires à l'urgence, en milieu hospitalier ou en CLSC. Pour l'instant, seuls les médecins de moins de dix ans de pratique y sont tenus par la loi.

«Les jeunes médecins ne sont sûrement pas responsables de la crise actuelle, et nous voulons responsabiliser tous les acteurs du réseau», a indiqué le Dr Stéphane P. Ahern, président de la FMRQ, qui assure que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) appuie cette position. «Le Dr Dutil s'est montré très ouvert, surtout sur la question des AMP, qu'ils proposent eux-mêmes d'étendre à tous les médecins de famille», dit-il.

Selon les jeunes médecins, ce partage entre générations aurait aussi la double utilité de permettre la levée de la pénalité salariale de 30 % imposée depuis 1982 aux jeunes médecins qui ne vont pas travailler en région, dans les urgences ou dans les CLSC. Malgré la situation difficile qui prévaut déjà dans plusieurs urgences, le Dr Ahern soutient que l'abolition de cette pénalité n'aggraverait pas nécessairement le manque de médecins que connaissent certaines régions.

«On ne propose pas de lever les autres mesures incitatives prévues par règlement. On veut plutôt ôter le volet coercitif et régulariser la situation des effectifs en partageant la tâche avec les autres médecins», estime ce dernier, qui ne peut toutefois pas chiffrer le coût d'une telle mesure.

Pour régler le problème des effectifs en région, la FMRQ propose plutôt de créer des corridors de services au sein du réseau de la santé. En vertu de ce concept, les hôpitaux locaux seraient desservis par des équipes de spécialistes rattachés à un hôpital régional ou universitaire, qui iraient à tour de rôle donner des services en région.

Avec toutes ces solutions, les jeunes médecins, qui ont souvent fait les frais des décisions coercitives du gouvernement, espèrent obtenir une oreille attentive du ministre Legault. Pour l'instant, la FMRQ et la Fédération des associations étudiantes sont exclues des négociations sur la loi 114.

Un sondage dévoilait cette semaine que 45 % des médecins ayant eu des offres ont déjà songé à aller pratiquer hors Québec. Or le président de la FMRQ estime que l'exode est une solution de dernier recours pour les jeunes médecins. «Les gens en parlent mais ne le souhaitent pas. On est dans un état d'incertitude et de découragement. Mais il y a malgré tout, chez nous, une volonté claire de proposer des solutions durables», a soutenu le Dr Ahern.

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