Travail de nuit - Des primes de 24% pour les infirmières

Les infirmières qui accepteront de travailler de nuit cet été toucheront 24 % de plus sur leur chèque de paie, et il n'est pas exclu que Québec adopte cette mesure de façon permanente pour résoudre la pénurie d'infirmières.

Hier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, a annoncé que 23,4 millions seront consacrés d'ici la fin septembre à diverses mesures incitatives estivales afin d'attirer des infirmières vers les postes de soir, de nuit et de fin de semaine, fortement délaissés, surtout au plus fort de l'été.


L'éventail des mesures annoncées par le ministre vise à faire en sorte que les quelque 1600 postes permanents non pourvus dans les hôpitaux du Québec trouvent finalement preneur. À l'heure actuelle, malgré le grand nombre d'emplois permanents disponibles, 20 % des infirmières préfèrent encore travailler sur appel, a déploré le ministre. En dépit d'une majoration de 14 % offerte sur leur salaire, ces dernières refusent de s'engager à travailler de nuit, compte tenu des contraintes que cela pose à leur vie familiale, a ajouté M. Legault.


«Je pense que [le salaire actuel] n'est pas suffisant pour combler les sacrifices qu'on demande à ces infirmières. C'est ce qui explique pourquoi elles refusent ces postes à temps complet, surtout les postes de nuit», a-t-il dit.


L'ultime but visé est de faire travailler davantage les infirmières puisque la plupart ne travaillent qu'à temps partiel ou de façon occasionnelle. En fait, si toutes les infirmières disponibles travaillaient à temps plein, il y aurait l'équivalent de 15 000 infirmières de plus dans les hôpitaux du Québec, a affirmé M. Legault.


La hausse annoncée par le ministre équivaut donc à doubler la prime de nuit déjà offerte et pourra représenter jusqu'à 265 $ de plus par période de paie sur leur chèque. Une prime de 100 $ est également prévue pour les infirmières qui travailleront une deuxième fin de semaine consécutive, de même qu'un boni de 90 $ par quart de travail pour celles qui feront un quart supplémentaire de soir, de nuit ou la fin de semaine. Pour toucher la prime, les infirmières devront toutefois ne pas s'absenter de leur quart régulier et ne pourront pas cumuler plus de trois quarts supplémentaires par deux semaines. Toutes les primes annoncées seront cumulatives et pourront s'ajouter à la rémunération déjà prévue par la convention collective pour les heures supplémentaires.


«C'est beaucoup d'argent, mais on pense que ça va permettre de faire des économies partielles parce que les hôpitaux devaient payer beaucoup d'heures supplémentaires et de congés maladie», a insisté le ministre Legault, qui a bon espoir que ces primes auront un impact considérable sur le bon fonctionnement des hôpitaux à l'été. D'après le ministre, au moins la moitié des sommes investies seront récupérées par les économies générées dans les hôpitaux en matière d'heures supplémentaires et de congés maladie.


Par ailleurs, ces primes constituent une première réponse de la part de Québec aux problèmes des hôpitaux qui, récemment encore, avaient recours à des primes illégales afin de recruter des candidates pour des postes de nuit. Mais l'hiver dernier, craignant la surenchère, Québec avait interdit aux hôpitaux d'agir de la sorte, promettant de trouver des solutions permanentes pour offrir de meilleures conditions de travail aux infirmières de nuit.


«Ça nous permettra d'atténuer les crises qu'on vit l'été tout en offrant de meilleures conditions de travail aux gens qui oeuvrent dans le réseau de la santé. Et ce n'est pas impossible qu'on continue ces mesures après l'été», a indiqué le ministre en précisant que l'accent devra être mis, lors des prochaines négociations, sur l'amélioration des conditions de travail et du salaire des infirmières travaillant de nuit.


«On devra porter une attention particulière à ces postes plutôt que de faire du mur à mur», a dit M. Legault. Par ailleurs, le plan d'action ministériel prévoit en sus le recours à une centaine d'infirmières retraitées pour encadrer les jeunes infirmières qui accepteront de travailler de soir et de nuit.


Tant la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) que l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ) et l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) ont levé leur chapeau hier à toutes ces mesures, attendues depuis belle lurette.


«Cela va sûrement avoir une incidence là où les primes illégales avaient donné des résultats. Mais pour nous, il faudra aussi que Québec voie à la réorganisation du travail, parce que ces mesures sont temporaires», a indiqué hier Jennie Skene, présidente de la FIIQ. Elle a par ailleurs précisé que les résultats obtenus grâce à ces primes guideront les demandes que présentera prochainement le syndicat infirmier dans le cadre de la renégociation de l'entente collective. «En 1989, on avait obtenu neuf jours de travail au lieu de dix par quinzaine pour les infirmières de nuit. Le temps est peut-être venu de passer à huit jours par quinzaine», a lancé Mme Skene.


De son côté, l'Association des hôpitaux s'est réjouie hier du caractère universel des mesures annoncées, qui toucheront 77 hôpitaux de toutes les régions du Québec. Des primes ciblant uniquement les hôpitaux en plus grande difficulté auraient rapidement pu créer des déséquilibres dans les régions avoisinantes, estime l'AHQ.