Consensus chez les gynécologues - L'hormonothérapie, un traitement d'exception

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) fait volte-face et recommande désormais à toutes les femmes en bonne santé qui ne souffrent pas des symptômes de leur ménopause d'abandonner la thérapie hormonale.

Après avoir prôné pendant des années la prise d'hormones de façon préventive pour la majorité des femmes atteignant l'âge de la ménopause, la SOGC vient donc de modifier radicalement ses lignes directrices sur le traitement de la ménopause, qui étaient restées inchangées depuis 2002.

Ce nouveau consensus, établi par un comité d'experts, doit servir de guide aux médecins de première ligne, aux infirmières et aux spécialistes qui s'occupent de la prise en charge des femmes ménopausées.

Ce changement de cap est motivé par les résultats de plusieurs études parues depuis 2002 — notamment ceux du Women Health Initiative (WHI) — qui s'accumulent et qui concluent à un risque légèrement accru de cancer du sein chez les patientes suivant une hormonothérapie, a indiqué hier le Dr Serge Bélisle, coprésident du panel d'experts de la SOGC et chef du département de gynécologie au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

«Plusieurs études sont venues chambouler nos connaissances et ont remis en question les effets bénéfiques des hormones, compte tenu des risques qui les accompagnent. Avant, nous prônions une approche de prévention de masse, où les hormones étaient proposées à toutes les patientes. Désormais, nous les recommandons seulement pour les patientes qui présentent des symptômes modérés à graves», a-t-il expliqué hier.

Depuis les craintes soulevées par l'étude WHI, la plupart des médecins avaient déjà spontanément cesser de prescrire des hormones à leurs patientes ménopausées, affirme cependant le Dr Bélisle. Plusieurs femmes ont décidé elles-mêmes de mettre fin au traitement. À tel point que plusieurs entreprises pharmaceutiques, dont le géant Pfizer, ont même carrément mis fin à la production d'hormones de substitution.

Aux hormones, la SOGC préfère donc désormais une approche préventive basée sur le mode de vie pour faire échec aux symptômes associés à la ménopause: exercice physique, alimentation saine, contrôle du poids, consommation d'alcool modérée et arrêt du tabagisme. Chez la moitié des femmes, ces changements sont suffisants pour soulager les principaux symptômes et prévenir un risque accru de maladies cardiovasculaires à la ménopause.

Malgré ce virage à 180 degrés, la SOGC recommande la nuance. Selon le Dr Bélisle, rien ne devrait empêcher les femmes gravement indisposées par des symptômes persistants, notamment les bouffées de chaleur et l'insomnie, de recourir à l'hormonothérapie pour atténuer leur inconfort. Dans ces cas, la SOGC suggère toutefois de diminuer de moitié les doses normalement recommandées et de revoir le traitement aux deux ou trois ans.

«On estime que 25 % des femmes souffrent de symptômes assez graves pour les empêcher de fonctionner normalement. Dans ces cas, les bénéfices de l'hormonothérapie, surtout à faible dose, l'emportent sur les risques», estime le Dr Bélisle.

Car même si des risques accrus ont pu être démontrés, ils demeurent légers, ajoute ce dernier. Ainsi, le risque accru de cancer du sein est évalué à 1 % après 10 ans de thérapie hormonale, soit de 0,01 à 0,02 % par année. Cela représente deux cas de cancer additionnels pour 10 000 femmes, s'ajoutant au taux normal de 45 pour 10 000 femmes. En clair, ce risque accru est moins élevé que celui qu'entraînent, pour les femmes ménopausées, la consommation de deux verres d'alcool par jour ou le manque d'exercice (0,027 %).

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada propose aussi de revoir le traitement hormonal offert aux femmes souffrant d'ostéoporose, pour le remplacer par des médicaments non hormonaux comme les biphosphonates.

«Notre message se veut d'abord rassurant pour les femmes. Nous les invitons à ne pas se priver inutilement d'un bon traitement quand leur condition médicale le justifie», conclut le Dr Bélisle.