Sang contaminé - Début du procès d'un médecin

Toronto — Le docteur Roger Perrault se retrouve aujourd'hui sous les feux de la rampe, alors que débute son procès pour son rôle présumé dans le scandale du sang contaminé.

À la suite de ce qui a été décrit comme le pire désastre en santé publique dans l'histoire du pays, plus de 1000 Canadiens ont contracté le VIH et jusqu'à 20 000 Canadiens ont contracté l'hépatite C après avoir reçu des transfusions de produits sanguins contaminés dans les années 1980 et au début des années 1990. On ignore le nombre exact de personnes qui sont décédées à la suite de cette catastrophe, mais en 1997, on dénombrait 3000 morts.

En août, une juge a décidé que le Dr Perrault devrait subir son procès sous quatre chefs de négligence criminelle causant des préjudices corporels et un chef d'atteinte aux droits du public pour son rôle présumé dans cette affaire.

L'ex-directeur médical de la Croix-Rouge ainsi que trois autres médecins et la société Armour Pharmaceutical, du New Jersey, sont accusés d'avoir autorisé l'administration d'un produit coagulant contaminé par le VIH-sida à des patients hémophiles.

Selon les allégations, le Dr Perrault et d'autres responsables au sein de la Croix-Rouge et du ministère fédéral de la Santé ont omis de soumettre les produits sanguins à des tests de dépistage et de prendre les mesures adéquates pour empêcher les personnes infectées par le VIH-sida de donner du sang.

Selon John Plater, président de la Société d'hémophilie de l'Ontario, ce procès, qui pourrait durer 13 mois, permettra de vérifier la transparence du gouvernement et le fonctionnement du système de santé. À son avis, la Société canadienne du sang, qui a été mise sur pied en 1998, a fait du bon travail pour rendre le système sécuritaire, mais la population devra garder l'oeil sur l'organisme pour s'assurer que cette tragédie ne se répète pas.

Les avocats du Dr Perrault ont fait valoir que leur client, qui est âgé de 68 ans, souffre de différents problèmes de santé et est inapte à subir son procès, mais dans sa décision, rendue en août, la juge Mary Lou Benotto a estimé que l'accusé n'avait pas démontré que les procédures judiciaires poseraient un risque «réel ou substantiel» pour sa santé. L'intérêt public exige la tenue d'un procès, ajoutait-elle.

En mai dernier, la Croix-Rouge canadienne offrait des excuses aux dizaines de milliers de Canadiens infectés par le sida ou l'hépatite C.

En échange d'un plaidoyer de culpabilité en vertu de la Loi sur les aliments et drogues, la Couronne a retiré les accusations de négligence criminelle entraînant des préjudices corporels et d'atteinte aux droits du public.

La Croix-Rouge a reconnu sa responsabilité et fait savoir qu'elle verserait une amende de 5000 $ et consacrerait une somme de 1,5 million à un fonds de bourses d'étude et de recherche voué à la réduction des erreurs médicales.