Santé: Le corps de mon esprit

C'est la direction de notre regard qui colore nos perceptions, et nos analyses en tiennent compte, incognito et souvent à notre insu. On se croit intelligent, voire intellectuel, alors que nous sommes des boules de sensations plus ou moins conscientes qui conditionnent notre pensée. Je rédigeais cela quand j'ai reçu un courriel de l'un de vous, psychothérapeute, qui m'écrivait: «C'est le ressenti qui rend malade ou qui fait guérir.»

Il m'a donné des exemples de cas spectaculaires. J'irai un pas plus loin: le corps est dans le ressenti, le ressenti est dans le corps. Ne pas tenir compte de ce mouvement dialectique fausse la compréhension. Je n'ai pas dit que c'était simple. Il faut aussi tenir compte de notre passé!

Mais enfin, par-dessus tout ce qui est déjà là, les émotions qui nous happent, les réactions charnelles qui s'invitent sans carton, du genre «je suis allergique à ce type», ou l'inverse... Ces dimensions de nos vies qu'on n'articule pas dans nos propos les doublent tout de même, en filigrane. Il est impossible que le discours sur la santé y échappe. Comment, c'est une autre histoire. Si vous avez des références à me proposer, n'hésitez pas!

Retournons à la santé immédiate pour nous demander si nous assistons à un vrai virage. La médecine tiendra-t-elle compte de l'importance des pensées et du climat de l'esprit dans le diagnostic et le traitement? Permettez-moi d'en douter: le bruit médiatique est une chose, les recherches qui l'alimentent en sont une autre, et la pratique de la santé en est une autre encore. Il faut néanmoins se dire que puisque les idées précèdent les actions, plus ces débats seront bruyants, plus ils laisseront la parole au... vécu (faute d'un meilleur terme), et plus ils auront la chance d'influencer la pratique.

Une petite, petite chance: on constate que les listes d'attente ne se sont pas modifiées significativement malgré les dénonciations répétées, les interventions politiques promettant des corrections, les actions juridiques les prenant comme argument de changement. Hélas!

Il faut pourtant continuer d'articuler des analyses... le principal obstacle dans le discours étant la dévalorisation du ressenti. L'absurdité? On démontrera l'importance des «pensées positives» en écartant la dimension émotionnelle, en la masquant sous des généralités, le mot «dépression» étant une grande couverture commode.

Peut-être que je revendique la sensibilité dans l'articulation de la pensée analytique en santé, tout bonnement... Peut-être (voyez ma prudence) que ce manque, cette absence de l'émotionnel et du ressenti dans le discours, explique son peu d'efficacité. On soulève des débats, on se crêpe le chignon, on dénonce avec force convictions, mais... c'est du vent. À côté, les gens continuent de souffrir. À côté, la pratique ne change pas. Au-dessus, ça jase.

L'esprit créant le discours devra alors tenir compte de l'état du corps, sensations, émotions et perceptions comprises. Prenons encore ce regard sur la médecine qui se pratique. N'importe qui peut raconter des cas, donner des arguments, ce sentiment d'être un maillon (dérangeant) de la chaîne, cette manière de nous farcir de médicaments, de ne pas régler nos problèmes de santé mais de les engourdir, et on aura beau se répéter tous les miracles de la chirurgie, si on ne soigne pas la cause, on déplace le problème...

On ne réglera pas les mérites et les tares de la médecine en 15 lignes, bien entendu. Mais, au fond, entre les expériences fondant les analyses et nos opinions sur la santé, il faut juste admettre qu'on a été irréaliste, qu'on a cru que la médecine serait la panacée. On le comprend aujourd'hui. Le vrai problème, c'est que l'establishment de la médecine ne s'en rend pas compte...

Pour me consoler, l'univers m'a envoyé un bouquin de yoga qui promet la minceur par l'entraînement du corps et de l'esprit. Les deux à la fois. De la critique, je suis passée à... bon, la critique encore, on ne se refait pas (la minceur, quel fardeau!). Cependant, j'ai aussi trouvé une forme d'enthousiasme. Le bouquin est beau, et annoncer l'esprit et le corps en proposant le yoga est également très tendance.

Vous entendrez bientôt l'expression «jogging holistique», on vous parlera de votre âme en vous vendant une technique de marche en montagne, d'estime de soi en vous proposant un nouveau modèle d'appareil: les spécialistes de la mise en marché ont lu les études montrant que l'exercice physique est un antidépresseur naturel. Les Américains ont déjà commencé à ajouter la dimension spirituelle en affirmant que l'exercice physique peut être une forme de prière: on rend grâce pour le privilège d'avoir un corps ou simplement d'être en vie. Ce qui, pour une personne dépressive, sera un signe d'amélioration certaine!

Ainsi donc, l'esprit vient de faire son entrée dans le monde du sport grand public et des techniques corporelles. Le corps a une âme. Un jour, notre esprit aura un corps, il faut continuer d'espérer.

Yoga minceur

Celia Hawe

Guy Saint-Jean éditeur

Également reçu

- Véronique Moraldi, La Fille de sa mère

- R. Brooks et S. Goldstein, Le Pouvoir de la résilience

- Harriet B. Braiker, Ces gens qui tirent vos ficelles

Ces trois ouvrages sont publiés aux Éditions de l'Homme.

vallieca@hotmail.com