Des millions d'enfants naissent avec des malformations

Près de huit millions d'enfants naissent avec une anomalie congénitale chaque année à travers le monde. Cette véritable calamité, qui concerne environ 6 % de toutes les naissances humaines sur la planète, pourrait être grandement atténuée par le recours à de simples mesures de santé publique et à des techniques médicales pourtant accessibles et répandues.

Le rapport publié par l'organisme bénévole de santé Marche des dix sous (March of the dimes) précise qu'au moins 3,3 millions de ces enfants, qui souffrent d'anomalies d'origine génétique pour la plupart, meurent avant l'âge de cinq ans et que 3,2 millions de ceux qui survivent pourraient demeurer mentalement et physiquement handicapés toute leur vie.

Parmi les 7000 anomalies répertoriées par l'équipe de recherche, les cardiopathies congénitales, les malformations du tube neural, telles que le spina bifida, les maladies du sang, comme la thalassémie et la drépanocytose ou anémie falciforme, le syndrome de Down et la déficience en G6PD (glucose-6-phosphate déshydrogénase) figurent parmi les plus fréquemment rencontrés.

Le rapport indique que, en plus de ce nombre déjà fort alarmant (de huit millions), s'ajouteraient des centaines de milliers d'enfants qui viennent au monde porteurs de graves déficiences découlant de l'exposition de leur mère à divers agents pathogènes et substances, tels que l'alcool, le virus de la rubéole et la bactérie responsable de la syphilis.

Bien que ces naissances problématiques surviennent dans toutes les contrées du monde, elles s'avèrent plus nombreuses dans les pays à revenus faibles et moyens, où se concentrent près de 95 % des anomalies et des décès qui en résultent. Parmi les 193 pays étudiés, la France compte la plus faible prévalence de naissances anormales avec 39,7 cas par 1000 naissances vivantes, alors que le Canada se situe au 14e rang avec un taux de 45,5, lequel s'avère néanmoins légèrement moindre qu'aux États-Unis, où on a mesuré une prévalence de 47,8. Le Soudan remporte le triste record de 82 enfants nés gravement handicapés par 1000 naissances.

Outre la pauvreté et les problèmes de santé qui y sont associés, le rapport pointe du doigt l'âge avancé des femmes, dans les pays en développement, qui ont des enfants parce qu'elles n'ont pas accès à des moyens contraceptifs, ce qui accroît le risque du syndrome de Down. On incrimine aussi la fréquence élevée des mariages consanguins dans les pays pauvres. Par exemple, dans les pays où sévit la malaria, une proportion élevée de la population est porteuse d'une copie de gènes associés à l'anémie falciforme, la thalassémie ou la déficience en G6PD, copie qui les protège par ailleurs contre le paludisme. Mais si deux porteurs de l'un de ces gènes s'unissent pour enfanter, alors la probabilité que chaque enfant reçoive deux copies du même gène, et qu'il souffre de la maladie, s'élève à 25 %. Or une simple consultation en médecine génétique pourrait permettre l'identification des couples qui risquent d'engendrer des enfants malades.

Parmi les interventions susceptibles de réduire significativement les anomalies congénitales, on signale aussi la prise de suppléments d'acide folique, qui préviennent les malformations du système nerveux, l'ajout d'iode au sel de table, qui peut réduire le risque d'hypothyroïdie, principale cause de retard mental, ainsi que la vaccination contre la rubéole.