L’Amérique, ce projet inachevé

Déjà, en 1998, Richard Rorty entrevoyait une grande fracture au sein de son pays.
Illustration: Tiffet Déjà, en 1998, Richard Rorty entrevoyait une grande fracture au sein de son pays.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Le 25 mai 2020, George Floyd meurt asphyxié en pleine rue de Minneapolis. Un policier a maintenu, pendant de longues minutes, une pression sur la nuque de Floyd. Trois autres policiers observaient la scène sans broncher. La vidéo est insupportable à regarder. I can’t breathe résonne encore dans nos têtes. Lors des manifestations qui ont suivi, son frère, Terrence Floyd, a fait un vibrant appel au calme tout en exhortant ses concitoyens à se rendre aux urnes.
 

Le philosophe Richard Rorty (1931-2007) aurait aimé entendre cet appel, car c’est ce qu’il souhaitait ardemment : « […] rien ne s’oppose, aux États-Unis, à la naissance d’un État-providence à part entière et d’une justice sociale bien plus développée que celle qui prévaut actuellement, rien sinon la réticence des pauvres à se rendre aux urnes et à y voter pour des démocrates de gauche », écrivait-il dans son ouvrage L’Amérique. Un projet inachevé (paru en 1998, traduit en français en 2001).

En effet, la démocratie américaine devrait permettre à la population d’élire un gouvernement soucieux des droits civils et de l’intérêt général. Pourquoi est-ce si difficile ? Rorty peut nous aider à répondre à cette question.

Conservatisme et progressisme

Le conservatisme est très présent aux États-Unis. Le Parti républicain réunit des personnes qui ont une idée bien arrêtée sur leur pays. « La droite pense que notre pays a déjà une identité morale et espère la garder intacte. Elle craint le changement économique et politique […] ». Les États-Unis sont une terre de liberté, il ne tient qu’à l’individu de réussir sa vie. Alors le maintien de la loi et l’ordre demeure la meilleure protection des libertés individuelles.

Quand nous regardons les États-Unis à partir du Québec, de la France ou de tout autre pays, nous ne voyons pas nécessairement cette « identité morale », cette droiture annoncée, la loi et l’ordre. Nous constatons surtout les méfaits du capitalisme, du racisme et de l’impérialisme.

Illustration: Tiffet Pour le philosophe Richard Rorty, la démocratie existante aux États-Unis permet à la population d’élire une majorité de démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat afin d’édifier un État-providence dont l’assise serait constituée de lois assurant la redistribution de la richesse.

Il existe pourtant en ce pays une longue tradition libérale. Universitaire engagé, Richard Rorty se définissait comme un héritier du réformisme libéral. Il connaissait bien les inégalités de son pays : « Les inégalités de la vie américaine, cruelles mais remédiables, sont bien connues : absence d’assurance maladie pour quelque quarante millions d’Américains, incapacité à offrir aux enfants pauvres une scolarité décente et des soins convenables, racisme qui infecte le système boursouflé de la justice criminelle […] »

Pour Rorty, la démocratie existante aux États-Unis permet à la population d’élire une majorité de démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat afin d’édifier un État-providence dont l’assise serait constituée de lois assurant la redistribution de la richesse. Pour y parvenir, il importe de reconnaître que « le grand problème de la politique démocratique a toujours été, et sera toujours, celui de l’affrontement entre riches et pauvres ».

Le pragmatisme américain

Au cours de sa carrière universitaire, Richard Rorty a eu l’occasion de participer à plusieurs rencontres internationales afin d’y présenter le pragmatisme, une forte tradition philosophique aux États-Unis. Pour les partisans de cette doctrine, il faut oublier les principes absolus et plutôt se concentrer sur la vie en société, sur notre liberté et nos chances d’agir avec succès, ainsi que sur les conséquences de nos actes.

Rorty résuma le choix philosophique de notre temps en présentant deux manières de donner un sens à l’existence humaine. La première manière véhicule l’idée que le sens de notre existence doit nécessairement provenir d’un ordre extrahumain qui surplombe les sociétés. La seconde consiste à trouver du sens à l’intérieur de l’histoire humaine. Le philosophe privilégiait la deuxième approche : « […] la meilleure façon de réfléchir sur le sens de l’aventure humaine est de regarder devant soi et non au-dessus de soi », écrivait-il.

Dans la vie politique américainecoexistent aussi ces deux façons d’envisager l’ordre social existant. Du point de vue des conservateurs, surtout parmi les plus religieux, il y a un ordre du monde qui surplombe la vie en société. Par contraste, les progressistes s’en tiennent aux inconvénients et aux avantages de la démocratie.

Divisés et fragmentés

En 2016, pour se rendre à la Maison-Blanche, Donald Trump déjoua les hautes instances traditionnelles de la droite américaine en gagnant l’investiture du Parti républicain, puis il contrecarra les plans des démocrates en remportant des États ayant un nombre important de grands électeurs. Quel renouveau Trump apportait-il dans les rangs républicains et pourquoi le Parti démocrate a-t-il perdu en 2016 ? La réponse à ces deux questions tient aux divisions au sein de la population, visibles tant entre les conservateurs et les progressistes qu’à l’intérieur de leurs rangs respectifs.

Chez les conservateurs, une partie de la population est encore très croyante, mais la nouvelle génération évolue dans un monde où s’effritent les traditions. L’aile conservatrice du Parti républicain, centrée sur les valeurs morales, aurait été débordée par « l’aile nationaliste, protectionniste et anti-establishmentportée par Donald Trump », comme le soulignera le chercheur Philippe Fournier (« Donald Trump et les divisions au sein du Parti républicain », Le Devoir, 30 décembre 2017).

En ce qui a trait aux divisions au sein du camp progressiste, l’analyse de Rorty est pénétrante. Selon lui, la gauche réformiste se ralliait autour d’objectifs communs : l’égalité des chances et une meilleure répartition de la richesse. Cette gauche perdit cependant son influence au milieu des années 1960, à la suite de l’engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam. Une crise de légitimité secoue le pays. La jeunesse se révolte. Pour les plus radicaux, les réformes ne suffisaient pas, il faut changer tout le système.

Puis, un autre mouvement progressiste prit son envol dans les campus  : la « gauche culturelle », une gauche animée par la reconnaissance des différences et par la défense des personnes ostracisées ou stigmatisées. Rorty voyait d’un très bon œil cette défense des droits des minorités, des homosexuels, des victimes de violence, etc. Toutefois, il soulignait l’angle mort de la gauche culturelle : où était l’objectif commun pouvant rassembler la majorité des citoyens et citoyennes, peu importe leur origine ou leur condition ? Comme il l’expliquait, cette gauche porte d’abord et avant tout son attention sur la reconnaissance des différences. Pour être considéré par la gauche culturelle, « il faut un opprobre ineffaçable qui fait de vous la victime d’un sadisme admis par la société plutôt que [la victime] de l’égoïsme économique ». En d’autres mots, les inégalités économiques passent au second plan.

Or, au cours des dernières décennies, ces inégalités ne cesseront de croître. La mondialisation et l’amorce d’une transition écologique transforment le secteur industriel. Il y aura des délocalisations, des fermetures d’usines, des pertes d’emplois. L’espoir d’une vie meilleure s’estompe, tandis que les incantations moralisatrices des dirigeants républicains n’agissent plus. La solidarité s’effrite, mais le Parti démocrate semble incapable de proposer un objectif rassembleur, « un parti coupable depuis longtemps d’indifférence à l’égard de la classe moyenne pour les dommages sociaux induits par la mondialisation et la désindustrialisation », comme l’écrit Guy Taillefer dans son éditorial (Le Devoir, 4 novembre 2020). En conséquence, une partie de la population aura le sentiment d’avoir été abandonnée.

L’arrivée de l’homme fort

Déjà en 1998, Rorty entrevoyait une grande fracture au sein de son pays : « L’électorat des quartiers populaires conclura que le système a échoué et commencera à chercher un homme fort à élire. » La suite lui donnera raison. Aux élections de 2016, Donald Trump apparaîtra comme l’homme fort capable de faire vibrer la corde sensible du patriotisme américain.

Trump n’incarne ni la tradition ni un projet politique réformiste. Toutefois, il tire sa force d’une facette du pragmatisme : il ne craint pas d’exprimer ce qu’il pense. Il tirera sa force en tenant un discours à l’opposé de la rectitude politique et en dehors des deux grands partis politiques.

Les élections du 3 novembre

En appelant au calme et à se rendre aux urnes, le frère de George Floyd espérait un changement. Avec un taux record de participation, la population semble avoir entendu l’appel de Terrence Floyd, lui qui renouvelait d’ailleurs son appel le 3 novembre à New York.

Une population peut s’identifier à un homme fort et découvrir par la suite qu’il était un imposteur. Cependant, l’identification est l’une des formes d’attachement les plus difficiles à rompre. De plus, on l’oublie trop souvent, il y a comme une nécessité anthropologique pour l’humain d’affirmer sa puissance et de se définir en fonction d’un monde bien ordonné.

Avec un slogan pourtant usé, Trump a encore joué la carte de la fierté nationale : Make America Great Again. L’homme aux mille tweets s’est aussi présenté comme le président de la loi et l’ordre.

Les résultats très serrés du 3 novembre 2020 montrent de toute évidence que le personnage incarné par Trump représente encore, malgré ses mensonges, une volonté inébranlable de voir briller l’Amérique. Cette détermination s’avère cependant insuffisante pour éclairer nos choix politiques. Elle est aussi dangereuse, car elle laisse croire qu’un coup de force pourrait nous sortir des difficultés. Même si elle semble parfois sinueuse, la voie démocratique reste la plus viable, pensait Rorty.

Des suggestions ? Écrivez à Robert Dutrisac: rdutrisac@ledevoir.com.

9 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 7 novembre 2020 10 h 12

    « Démocratie : l’oppression du peuple par le peuple pour le peuple »- Oscar Wilde


    Le propre d'un idéal est de n'être jamais atteint. J'imagine que ceux qui se complaisent dans l'idéal aiment vivre le manque de l'inachevé qui suscite le désir. Tandis que les pragmatiques, les deux pieds sur terre prenant le réel à bras-le-corps, aiment bien se contenter de la satisfaction d'une action efficace. Je ne sais pas si c’est un pragmatisme efficace qui amène Donald Trump à vouloir entreprendre toutes sortes de procédures judiciaires pour faire arrêter le processus électoral bafouant ainsi la démocratie qui l’a porté au pouvoir. Est-ce à dire qu’il savait très tôt qu’il avait déjà perdu, mais refuse de le reconnaître en invalidant un processus qui a quand même permis aux républicains de gagner le contrôle du sénat? Par sa folie et le théâtre de l’absurde qu’il a installé, les médias n’osent plus prononcer un gagnant en utilisant les sciences mathématiques et statistiques éprouvées. Ainsi, la démocratie se vivra jusqu’au bout par le décompte de tous les votes.

    Le spectateur de ce théâtre de l’absurde, constatant que des millions de gens sont prêts à suivre Trump dans sa folie, animé de son réalisme pessimiste ou de son pessimisme réaliste, c’est selon, est tenté de repenser à Guy de Maupassant qui disait que « le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit « amuse toi » il s'amuse. On lui dit « va te battre avec ton voisin ». Il va se battre. On lui dit « vote pour la république ». Il vote pour la république. » Le plus drôle c’est que, bien sûr, chaque individu composant le peuple se pense au-dessus de la moyenne, défiant ainsi la loi de la moyenne, dans sa capacité d’évaluer la qualité des partis politiques, de leurs programmes et de leurs chefs.

    Marc Therrien

    • Françoise Labelle - Abonnée 8 novembre 2020 07 h 24

      J’aime bien votre commentaire clair et précis, M.Therrien (sans pouvoir cliquer).
      Le facétieux Wilde a détourné la citation de Lincoln : «La démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple». Pour certains, Wilde évoque la dérive d’un peuple mal informé ou désinformé, épouvanté par des mesures de santé appliqués dans tout pays développés.

      D’une façon ou d’une autre, le peuple est un terme bien vague variant selon les époques et le droit de vote. Au départ, les femmes, les amérindiens, les noirs, les sans terre en étaient exclus. Une journaliste américaine soulignait que le conservatisme a une longue tradition aux USA et qu’il était là pour rester. Mais le trumpisme n’est pas le conservatisme : à preuve le Bulwark qui réunit des républicains et des conservateurs opposés à Trump. Kristoll qui s’oppose à Wade-Roe (avortement) recommandait à Biden de défendre ce jugement parce que populaire aux USA. On est loin de Trump qui nomme une juge conservatrice à quelques semaines des élections. Le fair play du golf?

      Selon l’observateur français Tocqueville, présenté par l’universitaire «condescendant» Goldhammer, l’élection du président des USA est un moment de crise. L’auteur dissèque cette observation assez juste en soulignant que l’état social suppose une égalité de droit et que cette égalité concerne surtout les aspirations puisqu’il y aura toujours des inégalités de fait : les droits ou les ambitions individuelles ne devraient pas être déterminés par la naissance, comme c’était le cas en France à l’époque. Que dirait-il de l’héritier Trump?
      «What Would Alexis de Tocqueville Have Made of the 2016 US Presidential Election?» A.Goldhammer, 16 sept, 2016.

  • Marc Therrien - Abonné 7 novembre 2020 10 h 15

    « Démocratie : l’oppression du peuple par le peuple pour le peuple »- Oscar Wilde (suite)


    L’avènement de Trump est un problème qui nous oblige à penser, comme dirait John Dewey, un pragmatique. Avec lui on se demande plus que jamais s’il faut craindre le populisme. Si c’est le cas, est-ce à dire qu’on doit craindre d’abord le peuple, dont le « on » de l’opinion publique ou de la doxa est si influençable ou plutôt le démagogue se prétendant à son écoute et qui l’interpelle en le galvanisant par ses discours? Probablement les deux en même temps quand les sentiments d’impuissance de l’un se transforment en indignation dans la rencontre de la volonté de puissance de l’autre. Si le populisme doit être entendu, comme l’a déjà exprimé, Mathieu Bock-Côté « comme manifestation d’une conflictualité au cœur de la vie sociale, au milieu des différents dispositifs de pouvoir composant la politique », il peut être vu en même temps comme s’inscrivant dans une mutualité du désir de l’un, l’électeur de faire un vœu en votant, et de l’autre l’Élu, d’être investi d’un pouvoir quasi magique de le réaliser. La démocratie se fragilise quand tout un chacun commence à douter de l’intelligence générale du peuple et à se méfier de son voisin, ce quidam dont on juge qu’il est ignorant et qu’il n’a pas la faculté de comprendre les grandes idées et enjeux que les chefs de partis lui présentent. Cette lutte dialectique entre l’élite condescendante des « sachants » et les ignorants de la populace qui peut nourrir la tentation du populisme est bien exprimée par cette pensée des années 1700 du Marquis de Condorcet : « Toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans ».

    Marc Therrien

  • René Pigeon - Abonné 7 novembre 2020 17 h 04

    Avant son entrée chez les républicains, les deux ailes en cohabitation étaient la droite économique (les « conservateurs économiques ou fiscaux ») et l’aile conservatrice centrée sur les valeurs morales (les « conservateurs sociaux »).

    La droite économique est le cœur du parti républicain ; elle domine la direction du parti et négocie les priorités du parti avec les bailleurs de fonds (les réseaux de milliardaires comme celui des frères Koch). Elle a utilisé les valeurs morales pour distraire les partisans et électeurs préoccupés par ces valeurs loin des priorités économiques comme le libre-échange et les coupures d’impôts pour les riches et les entreprises multinationales et comme un écran de fumée pour s’opposer à toute redistribution de la richesse.

    Donald Trump a imposé, à l'élection de 2016, « l’aile nationaliste et anti-establishment » et le protectionnisme au parti républicain qui le combat depuis longtemps, comme nous l’avons vu sous Reagan et Bush père.

    • Françoise Labelle - Abonnée 8 novembre 2020 08 h 05

      J'aime votre commentaire sans pouvoir cliquer, M.Pigeon.

      C'est vrai que Trump a imposé «l’aile nationaliste et anti-establishment», ce qui va à l'encontre du conservatisme pourtant bien américain. Au final, qu'est-ce que le brassage de cage a donné? Les emplois créés sous Trump (et Obama) l'ont été majoritairement dans le secteur des services. La classe moyenne est-elle en meilleure posture? Le repli sur soi a isolé les USA, les privant d'une action concertée pour amener la Chine à respecter les règles de l'OCDE, ce qui faisait consensus. Quel est le rôle de la Chine dans le feuilleton Trump-Kim? Le général égyptien Al-Sissi s'est empressé de féliciter Biden; craint-il les effets de la politique de Jared au M.O.? Quelles seront les retombées des appels à la sédition comme au Michigan?
      Trump a surtout imposé sa marque de commerce, détournant un ouragan à sa guise dans son multivers alternatif et donnant son avis sur la gestion des incendies en Californie ignorant que le fédéral y détient une grande part des terres.

      La «droite économique» est un concept à creuser. Plusieurs soulignaient que la VP californienne Harris allait se retrouver entre l'arbre et l'écorce avec les GAFAM de la côte ouest. L'argent n'a-t-il pas qu'une seule odeur: celle des parts de marché?
      Le réseau tentaculaire du frère Koch restant, Charles, n'est pas intervenu pour soutenir Trump en 2020, malgré les cadeaux trumpiens. Le survivant a admis la réalité du réchauffement climatique.

  • Robert Bernier - Abonné 8 novembre 2020 09 h 44

    Le pragmatisme, seule voie d'avenir

    Je reconnais bien en M. Baril l'humaniste éclairé qu'il est. "Le pragmatisme est un humanisme" comme aurait pu dire Rorty pour paraphraser Sartre. Mais Dewey, Rorty et Putnam en ont donné la preuve par leurs engagements. Pour avoir commencé il y a quelques années à étudier cette philosophie ( http://philosophiesciences.centerblog.net/14-nouve ) qui prend son origine dans le logicien et philosophe C.S. Peirce au tournant des années 1870, je pense pouvoir dire qu'il s'agit là de la seule philosophie capable de recevoir l'héritage darwinien. Et cette phrase de Rorty rapportée par M. Baril ( « […] la meilleure façon de réfléchir sur le sens de l’aventure humaine est de regarder devant soi et non au-dessus de soi » ) montre bien qu'on n'est pas au pays des Idées de Platon mais bien les deux pieds dans la réalité humaine et Rorty a bien développé ce sujet dans le livre "Philosophy and the mirror of Nature". À en juger par l'effroi que cause, pour raisons religieuses, le mot "social-démocratie" aux États-Unis (social-démocratie = socialisme = athéisme ), on voit combien le fait de revenir sur Terre aurait pu nous exempter de quatre années de Trump.

    D'ailleurs, sur ce point, on se demande pourquoi Bernie Sanders s'est continûment tiré dans le pied en se présentant comme "socialiste" alors que ses idées pour un début de social-démocratie aux USA nous seraient apparues ici comme, au mieux, de centre-droite. Mystère.

  • Céline Gauthier - Abonnée 8 novembre 2020 12 h 52

    Tout s'éclaire! "Rorty résuma le choix philosophique de notre temps en présentant deux manières de donner un sens à l’existence humaine"

    Merci M. Baril pour ce devoir de philo qui nous éclaire vraiment bien sur la pensée de Rorty, qui mérite le détour. Vous nous éclairez aussi sur plusieurs enjeux majeurs, dont celui de la démocratie, du résultat des élections américaines et des courants de pensée qui les sous-tendent et sur le sens de nos vies humaines, pour ne nommer que ceux-là. J'ai vraiment très hâte de lire votre prochain livre "Dix fenêtres sur l'aventure humaine" cet hiver! Faisant écho à l'article de Pierre Chastenay, paru aujourd'hui le 8 novembre, intitulé: "Complots et conspirations- Les lunettes inversées", la philosophie nous aide souvent dans nos trajectoires humaines à enlever nos lunettes, de temps à autre, pour voir autrement...

    • Jacques Patenaude - Abonné 8 novembre 2020 18 h 55

      C'est tellement éclairant ce texte de m. Baril. Je m'y retrouve tellement. Jeune dans les années '70 je croyais en cette  « gauche culturelle » qu'on appelait la contre-culture à cet époque. J'ai vu toutes ces luttes qui auraient dû nous unir disloquer ce mouvement. Vieux aujourd'hui j'ai appris à juger non pas à partir de principes absolue mais a partir de nos chances d'agir avec succès. L'autre jour je discutais avec ma fille en lui soulignant que si on m'avait dit que la moitié des américains croiraient que le monde a été créer en 6 jours en 2020 j'en aurais rigolé et pourtant c'est le cas aujourd’hui. Peut-être le pragmatisme se développe-t-il avec l'âge. Je me souviens ce que ma mère me disait : Je peux te transmettre mes connaissances mais je ne peux pas te transmettre mon expérience. C'est peut-être ça le pragmatisme. On vit actuellement la résurgence de cette « gauche culturelle » j'aimerais tellement qu'ils prennent le temps de tirer les leçons que M Rorty en a tiré. Peut-être avec le temps....

      Moi aussi je vais attendre avec impatience son ouvrage