Du sur-mesure pour ses passions

Ophélie, Sacha, Bianca et Félix ont réfléchi au cursus de rêve, à la forme des bâtiments scolaires, aux évaluations et à tout ce qui touche l’école idéale, avant de la représenter par un dessin.
Valérian Mazataud Le Devoir Ophélie, Sacha, Bianca et Félix ont réfléchi au cursus de rêve, à la forme des bâtiments scolaires, aux évaluations et à tout ce qui touche l’école idéale, avant de la représenter par un dessin.

Au cours de l’été, Le Devoir mène une série de textes très spéciale durant laquelle des jeunes d’un peu partout au Québec ont été invités à jouer aux philosophes en herbe, en partenariat avec l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse de l’Université de Montréal. Ainsi est né Le petit Devoir de philo, qui s’est déposé dans votre quotidien préféré chaque lundi de la belle saison. Au menu, en cette dernière semaine : l’école idéale.

Demandez à des jeunes du primaire qui viennent de passer quelques mois en confinement s’ils aiment l’école, et ils vous répondront certainement par différentes teintes de constats négatifs — même si leurs parents vous diront que ce n’est pas si pire que ça. Demandez-leur maintenant comment ils modifieraient cette école pour la rendre idéale à leurs yeux, et vous découvrirez probablement leur appétit pour des institutions plus adaptées à leurs passions toutes personnelles.

C’est en tout cas le constat le plus frappant de l’exercice de cette QuêtePhilo sur l’école idéale, menée avec deux duos d’enfants de la même parenté élargie, les frères Félix (10 ans) et Sacha (12 ans) et les sœurs Ophélie (9 ans) et Bianca (12 ans). Les deux garçons montréalais ont par ailleurs passé une bonne partie du confinement chez les deux filles, à leur érablière de Rivière-Rouge, dans les Laurentides.

Guidés par Natalie Fletcher, une spécialiste de la philocréation à l’Université de Montréal, et par son assistante Helena, chacun des quatre philosophes en herbe a réfléchi au cursus de rêve, à la forme des bâtiments scolaires, aux évaluations et à tout ce qui touche l’école idéale, avant de la représenter par un dessin.

Félix — qui trouve que l’école, « c’est ennuyant, on n’a rien à faire, on reste assis toute la journée » — a justement façonné son école parfaite en axant le parcours scolaire autour de ce qu’il aime faire : bouger, dehors. Il montre son dessin : « C’est une école, mais avec un arbre dedans, explique-t-il. En fait, on apprend à grimper dans les arbres et à survivre dans la forêt. […] Au moins, on ne resterait pas assis toute la journée, on bougerait, on apprendrait des trucs utiles, pas comme dans l’école de la vraie vie. »

Il explicite : si on survit à un écrasement d’avion en forêt, « alors on pourrait savoir ce qui est bon ou pas bon, comment faire pour échapper à un loup, quoi manger, et tout ça. » En bonus, l’école qu’il a imaginée offre du chocolat chaud, « mais seulement si on est tannant ». Et à la récré, il pleut des bonbons. Clairement, Félix a la dent sucrée.

Son frère Sacha, qui s’intéresse à l’astronomie, a aussi opté pour une école qui épouse directement ses intérêts : elle se situe dans l’espace, dans un vaisseau. « On ne connaît pas grand-chose de l’espace, et ça permettrait de mieux comprendre », croit-il. On y enseignerait bien sûr les planètes, mais aussi de la mécanique, au cas où un moteur s’arrêtait. « Il y aurait aussi des cours de mathématique et des cours de robotique, pour comprendre les robots. »

Pas de bonbon à la récré pour Sacha, mais les pauses se dérouleraient… dans l’espace. « Le problème, c’est que mettre un scaphandre, ça prend une heure ! Les récréations seraient juste plus longues. »

Bianca, elle, troque l’espace pour sa propre passion : la vie aquatique. Son école idéale n’a pas de toit et se trouve sur un nénuphar. Fait important : on s’y rend à dos de dauphin, dont l’« écurie » est attenante au bâtiment principal.

« Il y a des cours de natation, mais aussi de l’étude des animaux marins et de l’étude des plantes aquatiques, explique-t-elle, ajoutant qu’on y appendrait aussi l’espagnol et l’art plastique. C’est comme si les matières premières comme le français et les mathématiques étaient inclus dans les cours que tu fais déjà. »

Sa petite sœur Ophélie, de son côté, imagine une école qui ressemble dans sa structure aux écoles actuelles, exception faite qu’elle a une piscine sur le toit — clairement ce satané toit les chicote. Par contre, l’enseignement y serait très artistique : cuisine (avec un peu de chimie des ingrédients), poterie, cinéma…

« Si c’est amusant, je vais plus vouloir aller à l’école, vu que ce ne sera pas des cours que j’aime pas, dit-elle. C’est pas motivant. » Et ce qui est motivant, c’est qu’on se rendrait à son école en licorne, rien de moins. Pourquoi ? « Parce que c’était drôle ! Parce que ça va être beaucoup moins long. C’est comme un avion, mais vivant. »

Petits formats et expériences

Dans les petits pots les meilleurs onguents ? C’est en tout cas ce que nos philosophes proposent pour leurs écoles de rêve. Chez Félix, c’est maximum 30 élèves. Le chiffre augmente à 100 personnes dans l’école-vaisseau de Sacha (peut-être pour rentabiliser le vol spatial), et ne dépasserait pas 50 chez Bianca. « Parce que comme ça, il y a moins d’élèves perturbateurs, on va dire », lance cette dernière.

« Ils seraient pigés au hasard, insiste Félix. Comme ça, ce n’est pas injuste, on ne dit pas “toi tu es meilleur, on va te prendre”. » Son frère, par contre, croit que les futurs astronautes devront être triés sur le volet.

Quant aux enseignants, il se dégage un consensus assez fort chez les deux duos en faveur d’un enseignement plus pratique que didactique. « Mettons un prof de chimie, je ne veux pas qu’il me dise c’est quoi le résultat si je mélange de l’eau et de l’huile », dit Ophélie. L’important serait de le découvrir soi-même, insiste-t-elle. Et les professeurs évalueraient aussi davantage le chemin parcouru que le résultat.

Bianca explique aussi qu’il est possible d’apprendre bien des choses en dehors des murs de l’école, aussi idéale soit-elle. « Quand on était à Rivière-Rouge les quatre, on avait une période d’étude le matin qui durait une heure une heure et demie, et le reste de la journée on allait jouer dehors, dans la forêt. On faisait des choses qui n’étaient pas liées à l’école, mais on apprenait quand même des trucs. On a construit une cabane avec des bouts de bois. Ça reste qu’avant, on ne savait pas comment, et là on a appris. »

Et s’ils pouvaient intégrer une seule chose de leur école idéale dans l’école réelle, ce serait quoi ? « Le chocolat chaud si on est tannant », tranche Félix. Qui pourrait être en désaccord ?

Qu’est-ce que la philocréation?

Hybride entre la réflexion philosophique et le jeu, la philocréation permet de rendre amusante une matière qui a priori peut sembler rébarbative pour les plus jeunes citoyens. Une de ses approches clés est de donner vie aux concepts, explique Natalie Fletcher, de l’Université de Montréal, qui a façonné l’approche au fil de son parcours, notamment avec l’organisme Brila. « On veut créer un espace où les jeunes peuvent vivre des expériences et partager leur quotidien pour mieux conceptualiser les termes qu’ils utilisent tout le temps mais sans jamais y réfléchir. »

L’activité de la semaine

L’école idéale

À quoi ressemblerait ton école idéale ? Y aurait-il un cours de ninja enseigné par un sensei ? Apprendrais-tu à monter des licornes ? Fais une liste des caractéristiques et des règles de ton école idéale, et note la raison qui justifie chacune d’entre elles en répondant à ces questions. Que voudrais-tu apprendre dans ton école idéale ? À quoi ressembleraient les leçons ? Et si tu pouvais créer l’horaire parfait… comment serait-il organisé ? Demande-toi qui sont les élèves dans ton école idéale et quels genre de profs y enseignent ? Pense aussi au système d’évaluation. Y a-t-il des notes ?

Une fois que tu as une bonne idée de la vie dans ton école idéale, pense à son apparence. À quoi ressemble l’édifice ? Quels types de salles ou d’espaces y a-t-il ? Comment est la cour d’école ? Y a-t-il des éléments spéciaux ? Lorsque tu as le plan de ton école en tête, dessine-le sur une grande feuille de papier blanc, en incluant tous les détails auxquels tu as réfléchis. Enfin, pour terminer, écris une petite description promotionnelle de ton école idéale pour attirer de nouveaux étudiants !

Réfléchis à ton expérience. Est-ce que l’école idéale que tu as conçue est différente de celle que tu fréquentes dans la vraie vie ? Quelles sont les ressemblances et les différences ? Ça veut dire quoi « apprendre » ? Comment peut-on savoir que l’on a appris quelque chose ? Est-il possible d’apprendre en dehors de l’école ? Hum… peut-être qu’on n’apprend pas tous de la même façon… alors qu’est-ce que ça veut dire être « éduqué » ?

Cette activité est adaptée des QuêtesPhilo, une plateforme de réflexion créative de l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse.