Nourrir l’espoir, ça s’apprend

À quoi ressemble un monde sans optimisme? Adèle, 8 ans, Léon, 10 ans, et Marie Odile, 7 ans, l’ont imaginé dans le cadre d’un atelier de philocréation.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À quoi ressemble un monde sans optimisme? Adèle, 8 ans, Léon, 10 ans, et Marie Odile, 7 ans, l’ont imaginé dans le cadre d’un atelier de philocréation.

Au cours de l’été, Le Devoir mène une série de textes très spéciale durant laquelle des jeunes d’un peu partout au Québec ont été invités à jouer aux philosophes en herbe, en partenariat avec l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse de l’Université de Montréal. Ainsi est né Le petit Devoir de philo, qui se déposera dans votre quotidien préféré chaque lundi de la belle saison. Au menu cette semaine : la disparition de l’optimisme.

Une ville où tous les gratte-ciel ont été détruits. Un quartier où les citoyens retournent se coucher parce qu’il pleut. Une société où les policiers ne font plus respecter la loi. « La police voit un camion qui ne fait pas son arrêt, mais n’a pas d’énergie pour l’arrêter tellement elle est triste », dit Adèle, 8 ans.

Voilà ce qu’est le « monde sans optimisme » imaginé par la fratrie Séguin, à la demande de Natalie M. Fletcher, experte en philocréation et coordonnatrice scientifique del’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse. Elle est accompagnée ce jour-là par l’animatrice assistante Annie Nguyen, 17 ans, qui participe à ce type d’ateliers depuis trois ans.

La mission donnée aux philosophes en herbe devait s’effectuer rapidement, sans trop réfléchir. « Vous êtes prêts ? » demande Natalie aux enfants, installés dans le salon devant un ordinateur (l’activité est virtuelle, pandémie oblige). « Un, deux, trois : vous allez dessiner la première chose qui vous vient à l’esprit. Ce serait quoi, un monde sans optimisme ? Il aurait l’air de quoi ? » Feuille de papier et crayon à la main, Léon s’exécute en premier et dessine de grands édifices qui s’écroulent. « Les gens sont trop tristes pour les refaire », explique l’aîné, 10 ans. Lorsqu’on le questionne, il décrit un monde « triste, plate et ennuyant ». « J’aurais le goût de me recoucher au lieu de commencer la journée », ajoute-t-il.

Allers-retours

Et si l’optimisme était un personnage et qu’il se faisait kidnapper. Qui serait l’auteur de l’enlèvement ? Les petits philosophes ont le choix entre cinq « méchants » : les concepts de l’incertitude, de la perte, de l’inquiétude, du sérieux ou du changement. Ils doivent ensuite dessiner la scène du crime.

Dans l’univers d’Adèle, l’optimisme est une petite fille vêtue d’une robe fuchsia qui bondit de joie sous un soleil orange rayonnant. Derrière un banc de parc se cache un méchant, l’inquiétude, qui veut kidnapper l’optimisme. La fillette, tétanisée par l’inquiétude, parvient malgré tout à rebondir. « Je l’ai fait plier un peu les genoux pour qu’elle puisse courir et se sauver », explique Adèle. La petite fille peut donc échapper à l’inquiétude et retrouver sa joie de vivre. Signe que l’optimisme est « puissant », souligne Natalie.

Pour Marie Odile, l’optimisme est « quelqu’un qui sourit tout le temps et qui est content ». Il a même un animal de compagnie : un lapin qui mange des carottes. « Mais là, un méchant, la perte, a pris le lapin et l’a emmené dans sa cabane, raconte Marie Odile. Il n’avait jamais eu un animal de compagnie et le lui a pris, à elle. » L’optimisme perd sa bonne humeur.

Mais il est possible de la retrouver, croit Léon. Sur son dessin, une maison est la proie des flammes. L’optimisme perd son chez-soi et doit déménager. « Il était triste que sa maison ait pris feu et il trouvait ça dur, le changement de maison, explique Léon. Mais après, l’optimisme revient parce qu’il aime sa nouvelle maison. »

Cultiver l’optimisme

Est-ce à dire qu’il faut toujours être optimiste ? demande Natalie. « Des fois, on peut être triste et pas optimiste », pense Léon. La tristesse, à quoi ça sert ? « Des fois, quand on pleure, ça nous aide à être optimiste après », réfléchit-il. Les larmes peuvent procurer du soulagement, convient-il.

Adèle, elle, se sent optimiste à Noël ou le jour de sa fête. « Je suis contente, je déballe de nouveaux cadeaux et je m’amuse beaucoup avec. » Elle perd de l’optimisme lorsque c’est la fête de ses amis, dit-elle. « Parce que les cadeaux ne sont pas à nous et sont aux autres. »

Mais l’optimisme, ça s’apprend, non ? Un peu comme le soccer ou la gymnastique intellectuelle que font les petits philosophes. « Si quelqu’un jouait au soccer, qu’il perdait sa partie et était vraiment triste, quels conseils lui donnerais-tu pour l’aider à rester optimiste ? » demande Annie. « Lui dire qu’à la prochaine partie, il va peut-être gagner », répond Léon. Comme quoi il y a toujours de l’espoir.

Qu’est-ce que la philocréation?

Hybride entre la réflexion philosophique et le jeu, la philocréation permet de rendre amusante une matière qui a priori peut sembler rébarbative pour les plus jeunes citoyens. Une de ses approches clés est de donner vie aux concepts, explique Natalie Fletcher, de l’Université de Montréal, qui a façonné l’approche au fil de son parcours, notamment avec l’organisme Brila. « On veut créer un espace où les jeunes peuvent vivre des expériences et partager leur quotidien pour mieux conceptualiser les termes qu’ils utilisent tout le temps, mais sans jamais y réfléchir. »

 

L’activité de la semaine

La disparition de l’optimisme

L’optimisme a été victime d’un enlèvement ! Parmi les concepts de l’incertitude, de la perte, de l’inquiétude, du sérieux ou du changement, lequel pourrait, selon toi, être l’auteur de sa disparition ? Choisis le concept qui aurait pu commettre ce crime, puis offre des raisons pour expliquer et justifier ton choix.

Pour tester tes idées, écris et illustre l’histoire de cette disparition sous la forme d’un récit policier. Imagine d’abord la scène du crime. Où se trouvait l’optimisme au moment de sa disparition ? Quels indices le concept criminel a-t-il laissés derrière lui ? Comment ceux-ci te permettent-ils de l’identifier ? Puis, envisage les conséquences d’une telle disparition. À quoi ressemble un monde où l’optimisme a disparu ? En quoi est-il semblable au nôtre ou différent de lui ? Aimerais-tu vivre dans un monde où l’optimisme a disparu ? Pourquoi ?

Tente de trouver des aspects négatifs et positifs à cette disparition. Puis, réponds aux questions suivantes : faut-il toujours être optimiste ? Devrait-on penser que « ça va bien aller » ? Peut-on être trop optimiste ? L’optimisme est-il une force… ou peut-il être une forme de naïveté ?

Cette activité est adaptée des QuêtesPhilo, une plateforme de réflexion créative de l’Institut Philosophie Citoyenneté Jeunesse.