«L’âme de la France appelle votre secours»

Le général Charles de Gaulle passe en revue les forces de la France libre au cours d’un défilé militaire tenu à l’occasion de la fête nationale de la France, le 14 juillet 1940, à Londres.
Photo: Agence France-Presse Le général Charles de Gaulle passe en revue les forces de la France libre au cours d’un défilé militaire tenu à l’occasion de la fête nationale de la France, le 14 juillet 1940, à Londres.

Le 1er août 1940, soit il y a 80 ans cette année, le général de Gaulle adressait, depuis Londres où il avait trouvé refuge, un message enjoignant aux Canadiens français, au nom d’un passé commun et d’un avenir partagé menacé, de soutenir les forces de la France libre pour libérer l’Hexagone du joug du totalitarisme nazi.

Au micro de la BBC, relayé par celui de la CBC, Charles de Gaulle débute ainsi : « Si loin que vous soyez de moi, je n’éprouve aucun embarras à vous parler. Je veux vous parler de la France. Et personne au monde ne peut comprendre la chose française mieux que les Canadiens français. »

« Il n’est pas embarrassé », explique le spécialiste Roger Barrette, auteur d’un livre consacré à de Gaulle et à ses relations avec le Québec, « parce que depuis bien avant 1914 il achète des livres qui sont consacrés » à ce qu’est devenue la Nouvelle-France. Ces livres, de Gaulle les fait d’ailleurs relier de manière à les distinguer très nettement des autres dans sa bibliothèque personnelle, note M. Barrette à la suite d’un séjour d’étude au cœur de la bibliothèque personnelle du Général.

Dans son appel de 1940, de Gaulle affirme que « l’âme de la France cherche et appelle votre secours, parce qu’elle trouve dans votre exemple de quoi ranimer son espérance en l’avenir. Puisque, par vous, un rameau de la vieille souche française est devenu un arbre magnifique. La France, après ses grandes douleurs, la France, après la grande victoire, saura vouloir et saura croire ».

Il invite l’Amérique à s’engager dans le conflit. Tout cela en affirmant que le destin fait en sorte qu’il se retrouve pour l’instant seul à parler au nom de la France, ce qui invite certains à le prendre pour une graine de dictateur en puissance. « Canadiens français, recevez le salut confiant d’un soldat français, à qui, pour l’instant, incombe le grand devoir de parler seul au nom de la France. »

Le lendemain, les journaux de la Belle Province font état de ce message. À la une de son édition du 2 août 1940, Le Devoir choisit plutôt de signaler qu’en France le général de Gaulle est « condamné à mort ».

Les Québécois se souviennent davantage du « Vive le Québec libre ! » du même général, lancé en 1967 depuis le balcon de l’hôtel de ville de Montréal. Mais l’appel d’août 1940 est loin de tomber dans le vide. Pas moins de 80 « Comités de la France libre » verront le jour sur les rives du Saint-Laurent. « De Gaulle a envoyé sa secrétaire, Élisabeth de Miribel, qui va passer plusieurs mois à Montréal. Il s’informe aussi des effets de son appel. De Gaulle va aussi envoyer au Québec, pour structurer les choses, le commandant d’Argenlieu. »

Néanmoins, une partie de la population se montre méfiante à l’égard du général de Gaulle. La sympathie de plusieurs nationalistes va plutôt au gouvernement de Vichy et au maréchal Pétain.

Lorsque le cours de la guerre change radicalement à l’été 1944, de Gaulle se rend au Québec. Le 12 juillet, il se retrouve pour la première fois dans la ville de Québec, après une suite de visites diplomatiques où il consolide ses appuis du côté des États-Unis. Quelques nationalistes attachés à la figure de Pétain et qui se méfient de l’impérialisme vont rechigner sur son passage dans la Vieille Capitale. Il se rend ensuite à Montréal. Ce sera à Ottawa qu’on lui fera le meilleur accueil.

En mémoire de l’appel du général au Canada français, la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC) tient une cérémonie le 1er août, à compter de 9 h 30, devant l’hôtel Le Concorde à Québec, où se trouve une statue du général Montcalm. Au cours de la cérémonie, on fera entendre l’enregistrement original de cet appel qui reste peu connu. « Peu de gens ont entendu le document original », souligne Roger Barrette, un des organisateurs de l’événement.

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