Les vertus morales du programme de Québec solidaire

Un des outils d’analyse du sociologue Max Weber est sa catégorisation des motifs de l’action sociale. Selon le sociologue, il existe deux types de rationalité qui se concurrencent pour définir l’action politique: l’action rationnelle en finalité et l’action rationnelle en valeur.
Illustration: Tiffet Un des outils d’analyse du sociologue Max Weber est sa catégorisation des motifs de l’action sociale. Selon le sociologue, il existe deux types de rationalité qui se concurrencent pour définir l’action politique: l’action rationnelle en finalité et l’action rationnelle en valeur.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Lors de son dernier congrès, Québec solidaire a renoncé au compromis Bouchard-Taylor dans le débat sur la laïcité et a adopté une position beaucoup plus permissive à l’égard du port de symboles religieux par les employés de l’État. Le parti rejette maintenant toute interdiction concernant le port de signes religieux par les employés de l’État, ce qui en fait le parti le plus permissif de l’Assemblée nationale à cet égard. L’article de Mylène Crête qui relate l’événement (« Québec solidaire abandonne le compromis Bouchard-Taylor », Le Devoir, 31 mars 2019) fait mention d’une intervention où une militante invitait l’assemblée à choisir cette option pour être cohérente avec les valeurs du parti. Cette recherche de cohérence et de pureté morale, qui est une constante à QS, peut être analysée sous la lorgnette du sociologue Max Weber, qui a étudié les logiques qui président aux décisions sociales et politiques.
 

Photo: Cégep Lionel-Groulx Ian de Valicourt

Max Weber est le père de la sociologie dite compréhensive. Le but de cette perspective sociologique est de comprendre les motivations éthiques, idéologiques et personnelles qui sont profondément intégrées chez les acteurs sociaux. Ces motivations intersubjectives sont constitutives des actions comprises comme des phénomènes sociaux dont il faut rendre compte. Pour la sociologie wébérienne, la société n’est pas étudiée comme un tout déterminé par des structures sociales, mais comme une collectivité qui se définit d’abord par les motivations de ses membres. Ainsi, ce sociologue offre un cadre d’analyse qui permet de jeter un éclairage nouveau sur les choix opérés par les acteurs sociaux.

Un des outils d’analyse de Weber est sa catégorisation des motifs de l’action sociale. Selon le sociologue, il existe deux types de rationalité qui se concurrencent pour définir l’action politique : l’action rationnelle en finalité et l’action rationnelle en valeur. La première est plus proche de la définition usuelle de la notion : elle recherche une adéquation entre l’objectif qui est visé et les moyens que l’on déploie pour le réaliser. En gros, les fins visées par des projets rationnels en finalité sont ici cohérentes les unes avec les autres, et les moyens d’y parvenir sont réalistes et efficaces.

Par contre, c’est la rationalité en valeur qui inspire avant tout le programme de Québec solidaire. Cette rationalité stipule que les valeurs et les idéaux comptent plus que tout autre paramètre dans l’élaboration des objectifs du parti. L’action rationnelle en valeur « est une action réfléchie ordonnée à des valeurs ou des impératifs éthiques ou religieux » envers lesquels l’individu se sent engagé. Ce qui la distingue de la précédente est l’absence de prise en compte par l’agent des conséquences envisageables », écrit la philosophe Catherine Colliot-Thélène dans son ouvrage La sociologie de Weber. Cela fait en sorte, à la rigueur, qu’une telle action peut viser divers objectifs qui sont inconciliables.

Idéal inclusif

Mais pourquoi avançons-nous que Québec solidaire est avant tout inspiré par cette rationalité en valeur ? Constatons d’abord que certains des objectifs de Québec solidaire sont difficilement conciliables. Ses membres viennent de se doter du projet politique le plus permissif en ce qui a trait au port des signes religieux par les employés de l’État. Cette position, vertueuse pour certains, est certes cohérente avec l’idéal inclusif du parti, mais elle est loin d’attirer la sympathie d’un électorat largement gagné à la conception plus ferme de lalaïcité défendue par la Coalition avenir Québec et le Parti québécois. Si ce n’était que cela le problème, le parti pourrait effectivement se targuer d’être vertueux et de ne pas sombrer dans de basses considérations électoralistes, mais le problème est que, par ailleurs, le programme dit vouloir mettre en avant une « démocratie participative et inclusive » en remettant à la population québécoise ses pleins pouvoirs dans l’élaboration de la Constitution du pays du Québec, par exemple. Il apparaît difficile de défendre avec autant de conviction une démocratie quasiment directe dans l’élaboration d’un texte de loi fondateur tout en énonçant une politique sur la laïcité qui va à l’encontre de l’opinion de deux tiers des Québécois. Bref, la conception de laïcité permissive et ouverte de QS se concilie très mal avec son idéal démocratique. Ces idéaux incarnent, pour ses membres, une haute valeur morale, mais les chemins pour les accomplir sont tortueux, voire contradictoires.

Il en va de même pour le volet économique de ce parti aux velléités socialistes. Sa plateforme électorale promettait la nationalisation de compagnies de transport en commun, de l’énergie éolienne et des mines de lithium. En plus, son programme avance la possibilité de nationaliser les grandes entreprises forestières et l’industrie minière. Outre le coût extravagant de ces nationalisations, on saisit mal comment l’État pourrait financer l’achat d’un secteur aussi polluant que les mines tout en nous assurant, de l’autre main, qu’il fera tout pour diminuer l’empreinte écologique des Québécois. Pour honorer les lourds emprunts liés à une telle nationalisation, il faudrait assurer à ces mines un haut niveau de production, voire un accroissement de leurs activités, un peu comme on l’a fait avec Hydro-Québec. C’est un peu comme si René Lévesque avait voulu convaincre les citoyens des mérites de la nationalisation des compagnies d’électricité en prévenant qu’Hydro-Québec diminuerait la production. Risquons ce dilemme qui n’est qu’à moitié faux : soit les engagements les plus importants de QS ne sont que des paroles en l’air impossibles à concrétiser, soit ils conduiraient à la faillite de l’État québécois, ce qui allégerait effectivement notre bilan d’émissions de gaz à effet de serre. Bref, on peut encore ici se demander si ces nobles idéaux sont conciliables et réalisables.

Cohérence

Comment expliquer que ce programme politique suscite l’engouement d’une partie non négligeable de l’élite intellectuelle ? C’est que, pour Weber, l’action rationnelle en valeur se définit comme la « croyance en la valeur intrinsèque inconditionnelle — d’ordre éthique, esthétique, religieux ou autre — d’un comportement déterminé qui vaut pour lui-même et indépendamment de son résultat ». Il s’agit ici d’un mobile de l’action sociale qui est rationnel dans la mesure où l’acteur social cherche avant tout la cohérence entre sa prise de position et son idéal. Ainsi, on peut comprendre que des citoyens votent pour ce parti avant tout en raison de ses grands idéaux.

Il faut accorder que cette rationalité en valeur qui motive les militants de QS est alimentée par une critique pertinente du néolibéralisme. Après toutes les dérives qu’on peut associer au capitalisme globalisé, il est compréhensible que des citoyens éclairés remettent en question la rationalité instrumentale pure qui est à l’oeuvre dans ce mode de production économique. Les crises passées, présentes et à venir peuvent justifier cet attachement aux idéaux solidaires.

Le problème toutefois est que la rationalité en valeur, à l’oeuvre dans cette éthique de la conviction, est comparée par Max Weber à une forme de pensée magique : « Le chrétien fait son devoir et, en ce qui concerne le résultat de son action, il s’en remet à Dieu. » À cet égard, il n’y a qu’un pas à faire entre le cas de figure de ce chrétien puriste décrit par Weber et le rejet de l’entente électorale ponctuelle avec le PQ, sous prétexte que ce parti était néolibéral et raciste. Les militants de cette assemblée souveraine étaient sans doute si convaincus de la pureté de leurs valeurs qu’ils ne voulaient les souiller sous aucun prétexte. Il faut noter qu’au moment même de ce congrès, un sondage créditait l’option politique d’une alliance QS-PQ de 39 % des voix. Cette alliance permettait d’espérer l’élection d’un gouvernement certainement plus équitable et environnementaliste que celui de la CAQ, considérée aujourd’hui par les porte-parole de QS comme une menace pour la planète. Comme quoi, parfois, la pureté morale est un obstacle à l’intérêt général.

Raison d’être

Max Weber ne renie pas pour autant la rationalité en valeur. Celle-ci donneune raison d’être au politicien, mais elle doit être conciliable avec un pragmatisme certain. Les plus grands hommes politiques sont ceux qui peuvent prêter allégeance à une cause plus grande qu’eux : « Engageant par ses choix le devenir de la nation, [l’homme d’État] prend une responsabilité dont il est comptable devant ses contemporains, et plus encore envers les générations à venir », écrit le sociologue. Il importe de formuler des projets collectifs certes inspirants, mais aussi réalisables et responsables.

En guise de conclusion, on doit se réjouir que François Legault et son parti aient accepté de mettre en oeuvre un projet de réforme électorale. Avec une représentation plus proportionnelle de nos élus, un parti de convictions comme QS pourrait s’allier à d’autres partis pour contrer le capitalisme sauvage ; avec le Parti libéral, QS pourrait défendre les droits de minorités qu’il juge opprimées. Mais il faudrait que dans ce futur hypothétique, il accepte de tisser des alliances avec des partis qui, moins candides que lui, sont susceptibles de faire avancer la nation vers des objectifs réalisables et non contradictoires. Autrement, on voit mal comment ce programme pourrait en être un de gouvernement.

Des suggestions ? Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com

55 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 11 mai 2019 01 h 21

    Une première!

    C'est à ma connaissance la première fois qu'un devoir de philosophie s'attaque à un parti politique. Il est bien sûr rempli d'opinions et de constats discutables comme de prétendre que des nationalisations peuvent mener à la faillite d'un État, alors que des achats par des entreprises privées ne mène pas nécessairement à leur faillite, car les emprunts effectués sont compensées par des actifs.

    L'auteur a bien sûr droit à son opinion et peut bien préférer le PQ à QS, mais d'énoncer cette opinion et cette préférence ainsi sous un voile de rationnalité philosophique est immensément discutable et tout à fait malhonnête. Le devoir de philosophie nous a habitué à davantage de rigueur.

    • Ian de Valicourt - Abonné 11 mai 2019 08 h 21

      À la défense du Devoir, j’avais soumis cette analyse critique pour les élections de 2018. Il n’a pas été publié à ce moment (peut être par soucis de neutralité?). Après il me semble que la plupart les devoirs de philo analysent des phénomènes sociaux et qu’un programme politique en est un très intéressant. Finalement n’est il pas légitime de débattre franchement des questions politiques fondamentales dans l’espace public ? Les chroniqueurs s’interessent trop souvent aux effets électoraux de telle ou telle mesure, sans qu’on discute du contenu des propositions.
      Pour le reste, vos critiques sur le contenu sont civilisées, mais je laisse aux lecteurs le loisirs de prendre connaissance des autres arguments qui permettent de mieux comprendre en quoi la nationalisation des mines m’apparait impossible à rentabiliser.

    • Mario Jodoin - Abonné 11 mai 2019 15 h 23

      Sur les nationalisations minières (où QS parle en premier lieu d'une «participation majoritaire de l’État en envisageant, au besoin,
      la nationalisation complète»), il faut tenir compte de la situation actuelle où l'État défraie la majorité des dépenses pour construire des infrastructures (routes, voies ferrées, etc.), subventionne certaines mines (Stornoway, Ariane, Nemaska, etc.) et assure la grande majorité des dépenses de restauration en récoltant des sommes minimes en redevances (taux environ deux fois moins élevé que la moyenne canadienne qui n'est pas si élevée), sans rien récolter directement des profits. Et prendre une participation majoritaire de ces mines le mettrait en faillite? Cela demanderait une démonstration plutôt qu'une affirmation.

      Mon point ici était simplement de montrer que plusieurs affirmations de ce devoir de philosophie relèvent plus de l'opinion que des faits. En ce sens, comme un autre commentateur le dit plus loin, ce texte aurait davantage eu sa place dans la section «libre opinion», mais cette section est aujourd'hui consacrée à une autre opinion contre QS (contre la présentation de Manon Massé)...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 mai 2019 16 h 13

      @ I de V ...Il faut être "naïf"... ou, à tout le moins ..."candide" (ça passe mieux (sic)), pour dire: "...Il n'a pas été publié à ce moment...(PEUT-ÊTRE PAR SOUCI DE NEUTRALITÉ)". Franchement !

    • Raymond Labelle - Abonné 11 mai 2019 23 h 18

      "taux environ deux fois moins élevé que la moyenne canadienne qui n'est pas si élevée" - juridiction exclusivement provinciale - de même que le sous-sol de façon générale. Souveraineté non nécessaire pour mieux agir - le méchant fédéral pas à blâmer pour ça.

      Quant au "slow mining" - la dynamique qui mène la planète à sa perte est la suivante: exploiter le maximum de ressources non renouvelables le plus vite possible jusqu'à épuisement. Aller dans l'autre direction est peut-être une bonne idée.

      Ce qui est arrivé avec la morue au Canada - pourrait arriver avec le poisson et le pétrole, à l'échelle mondiale. On le sait et pas de changement sérieux.

      Les matériaux qui servent à la fabrication des appareils électroniques (ordis, cellulaires, etc.) pourraient être épuisés d'ici 30 ans. Or, toute la mise en marché et l'obsolescence programmées incitent à l'épuisement des ressources en cause (coltran, etc.).

      Nationalisation des mines de lithium: cohérence avec la production d'électricité - le lithium est une composante des batteries rechargeables.

      Bon, on pourrait continuer longtemps.

      Les considérations ci-dessus ne relèvent pas nécessairement d'un idéalisme puriste et irréaliste, mais bien plutôt d'un regard lucide (mot dont on abuse quelquefois) sur notre monde actuel. C'est penser qu'on peut continuer comme ça et s'en tirer plutôt bien quand même qui relève de la pensée magique.

      Ou peut-être qu'en effet on est cuits de toute façon à cause du poids des courants socio-politico-économiques - mais on est obligés de faire comme si ça n'était pas le cas et essayer quand même.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 12 mai 2019 09 h 23

      M. Jodoin, vous écrivez que: «Le "Devoir de philosophie" nous a habitué à davantage de rigueur… Mon point ici était simplement de montrer que plusieurs affirmations de ce devoir de philosophie relèvent plus de l'opinion que des faits.»

      Le "Devoir de philosophie" est avant tout le droit et le devoir de l’utilisation du doute et de la critique à partir d'un auteur ou d'un texte, en d’autres mots: une opinion individuelle s’apparentant, en vraiment plus succinct, à l’essai comme genre littéraire.

      Refléchissez plutôt aux propos de l’homme de Normand Baillargeon lorsqu’il dit : «Aujourd’hui, la gauche, souvent, est le lieu d’origine de ces interdictions de parole, de ces indignations morales au nom desquelles on somme des gens de se taire».
      https://www.ledevoir.com/societe/education/546716/cachez-ces-mots-que-nous-ne-saurions

    • Mario Jodoin - Abonné 12 mai 2019 15 h 57

      Autre chose. L'auteur ne mentionne pas d'autres articles de la plateforme ou du programme qui évite certaines des contradictions qu'il soulève. Par exemple, voir l'article 1.4 de la plateforme :

      1.4 RESSOURCES NATURELLES

      Pour que le Québec redevienne maître de ses ressources, Québec solidaire :
      (...)
      c. Éliminera la suprématie de la Loi sur les mines et accordera aux collectivités concernées un droit de veto sur les permis miniers;
      d. Imposera une évaluation environnementale et une consultation publique avant d’accorder tout permis d’exploration ou d’exploitation minière;
      e. Au début de tout projet minier, exigera la création d’une réserve financière adéquate pour restaurer les sites d’extraction;
      f. Assurera la restauration des sites miniers orphelins, financée par l’industrie minière;
      g. Mettra en œuvre l’aménagement écosystémique de la forêt pour maintenir la biodiversité;
      h. Planifiera les coupes forestières pour qu’elles soient compatibles avec les autres usages de la forêt.
      (...)

      Ce n'est qu'après ces étapes qu'un gouvernement QS exigerait une «participation majoritaire de l’État en envisageant, au besoin, la nationalisation complète». En passant, cet article sur la participation majoritaire de l’État est dans le programme, pas dans la plateforme, alors que les exigences environnementales sont dans la plateforme. Cela ne serait en force que dans un mandat subséquent.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 mai 2019 04 h 33

    … philosopher !

    « L'auteur a bien sûr droit à son opinion et peut bien préférer le PQ à QS, mais d'énoncer » (Mario Jodoin)

    Effectivement, ce texte aurait dû paraître dans la Section « Libre opinion », et ce, avec un titre différent et approprié !

    De cet « effectivement », on-dirait que l’auteur a, comme hélas ?!?, failli …

    … philosopher ! - 11 mai 2019 –

  • Réal Boivin - Abonné 11 mai 2019 06 h 43

    Résumons...

    Le programme de Québec Solidaire est une utopie qui n'existe que dans la tête de leurs membres.
    C'est le chant des sirènes qui noierait le Québec dans les profondeurs abyssales.
    C'est l'illusion d'une société humaine comme celle de Carl Marx.
    C'est le charme sur papier et le désastre dans la réalité.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 mai 2019 09 h 16

      "Le programme de Québec Solidaire est une utopie qui n'existe que dans la tête de leurs membres."

      - Alors pourquoi le PQ a-t-il passé la moitié de sa campagne électorale à singer QS?

      - Que ceux et celles qui veulent savoir à quoi s'en tenir et se mettre à jour sur le parti, lisent la platefome électorale de Québec solidaire 2018 et la jugent en leur âme et conscience:

      https://cdn.quebecsolidaire.net/QS-Plateforme-E%CC%81lectorale.pdf

  • Jean Duchesneau - Abonné 11 mai 2019 07 h 48

    Détestable puritanisme

    Tel que proposé par Karl Gustav Jung, les conflits dans la psychée individuelle et collective peuvent être résolus par le processus d’individuation qui fait une synthèse entre le côté sombre et le côté lumineux. Le choix de la vertue, refoule dans l’ombre les pulsions qui viennent hanter l’individu et produire un conflit névrotique. Peut-on n’être que solidaire? La question se pose autant au niveau individuel que collectif. Le programme de QS est intéressant à cet égard en ce qui a trait à sa vision économique qui pousse dans l’ombre le désir d’enrichissement individuel à la base de l’entreprenariat.

    « 3.2.1 Rapports entre les différents secteurs de l’économie
    a) Considérant ce qui précède, Québec solidaire vise, à long terme, la socialisation des activités économiques. Ce processus de transformation sociale reposera, notamment, sur une économie publique forte (secteur des services publics, société d’État et nationalisation de grandes entreprises dans certains secteurs stratégiques) et sur une économie sociale à promouvoir et à développer (coopérative, secteur communautaire, entreprise d’économie sociale). Une certaine place au secteur privé sera maintenue, particulièrement en ce qui a trait aux PME.« 

    Ainsi, consent-on du bout des lèvres à une « certaine » place à l’entreprenariat. L’histoire de l’URSS, de la Chine maoiste, du chavisme vénézuélien nous a clairement démontré que refouler le désir d’enrichissement personnel a résulté en marché noir, en structures de pouvoir rempli de favoritisme, bref en un conflit intérieur entre solidarité et égoisme.

    À mon avis, la social démocratie scandinave et celle du PQ, offrent un équilibre entre l’entreprenariat et une mission sociale. Toutefois, pour préserver cet équilibre, l’État doit s’adapter aux aléas économiques ce qui littéralement pue aux puristes. Par pureté idéologique, QS reproche encore au PQ d’avoir fait des coupes budgétaires en période difficile.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 mai 2019 10 h 59

      @Jean Duchesneau,

      "À mon avis, la social démocratie scandinave et celle du PQ, offrent un équilibre entre l’entreprenariat et une mission sociale," - Jean Duchesneau

      La sociale-démocratie scandinave du PQ ?

      - Faites-moi rire.

      Le PQ a accordé plus de 10 milliards par année en subventions, congés fiscaux, réduction de tarifs de toutes sorte pendant qu'il laissait crever de misère les plus pauvres de la société avec 500$ par mois d'aide sociale.

      10 milliards par année !

      Soit l'équivalent de la dette nationale sur 20 ans et sur laquelle autant le PQ que le PLQ ont basé leur politiques néolibérales d'austérité pour détruire nos services publics et privatiser le système public.

    • Jean Duchesneau - Abonné 11 mai 2019 16 h 07

      Effectivement, la richesse il faut la créer avant de la distribuer. Au Venezuella, la doctrine chaviste, donc celle de QS, on a misé uniquement sur le pétrole pour financer de généreux programmes sociaux. Le cours du pétrole a chuté, l’économie ne s’est pas diversifiée par horreur de l’entreprenariat, mais les programmes sociaux on les a gardé par pureté idéologique. Résultat: l’économie s’est effondrée avec une inflation de l’ordre de 3000% par année et la fuite de millions de Vénézuéliens. Au même moment, en Norvège, avec les ressources pétrolières, on a créé un fonds des génération et on a diversifié l’économie. Il y a une maturité politique dans les pays scandinaves qui a fait évoluer la social démocratie en s’accomodant du capitalisme car, EUX, ils ont appris de l’utopie marxiste de leur voisin en URSS. La Chine a aussi compris la même leçon que le moteur de l’économie est dans l’entreprenariat. On ne sauvera pas la planète avec de bonnes intentions. On la sauvera d’une part avec des chercheurs motivés et des entrepreneurs qui y verront la bonne affaire, et d’autre part, avec des états qui imposent des règles tout en supportant les entrepreneurs. Ceux qui ne comprennent pas cela, prêchent la vertu comme les anciens curés, empochent de beaux salaires de députés, font la leçon de morale, mais d’arriveront JAMAIS au pouvoir. D’ailleurs qu’en feraient-ils? Puisqu’il faut préserver sa pureté à tout prix!

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 mai 2019 17 h 46

      @Jean Duchesneau,

      "La doctrine chaviste, donc celle de QS, on a misé uniquement sur le pétrole pour financer de généreux programmes sociaux." - Jean Duchesneau

      Pure foutaise.

      Jamais QS n'a prôné une économie non diversifiée.

      À croire que vous n'avez jamais lu le programme.

  • Danielle Brossard - Abonnée 11 mai 2019 09 h 04

    Désolée, mais personnellement je ne vois rien de discutable ou malhonnête à soulever les incohérences qui sous-tend la philosophie d'un parti politique, bien au contraire. L'analyse de ce professeur de philosophie peut même faire avancer ce parti, qui s'est écarté en chemin depuis sa fondation. À vouloir courir après plusieurs lièvres à la fois, il risque de sombrer dans le néant ce qui serait bien dommage. Pour survivre, il devra faire preuve d'ouverture à la critique non seulement de ses membres, mais aussi à celle de son peuple qui a bâti le Québec. La censure de cet article que vous semblez préconiser me parait antidémocratique et je ne peux que souligner le mérite du quotidien Le Devoir d'offrir à ces passionnés de philosophie et d'histoire cette possibilité de leur donner une voix sur une question d'actualité.