De quelle formation les jeunes ont-ils besoin?

La philosophe américaine Martha Nussbaum en 2012, alors qu’elle recevait le prix Prince des Asturies dans la catégorie Sciences sociales. Selon elle, les capacités que permet de développer l’enseignement des humanités favorise une stabilité démocratique et une croissance économique qui seraient profitables à tous.
Photo: Miguel Riopa Agence France-Presse La philosophe américaine Martha Nussbaum en 2012, alors qu’elle recevait le prix Prince des Asturies dans la catégorie Sciences sociales. Selon elle, les capacités que permet de développer l’enseignement des humanités favorise une stabilité démocratique et une croissance économique qui seraient profitables à tous.
Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.​
 

Les 2 et 3 novembre derniers se déroulait à Boucherville un colloque international sur la main-d’oeuvre qualifiée. À cette occasion, M. Éric Tétrault, porte-parole de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, déclarait : « Il faut que notre système d’éducation au complet se mette au service de l’économie. » Si les entreprises veulent profiter des récentes ententes commerciales tels le Partenariat transpacifique et l’accord de libre-échange avec l’Europe, elles doivent être plus concurrentielles et la formation de la main-d’oeuvre est au coeur de l’équation, résumait Le Devoir du 3 novembre.

Le cri d’alarme de M. Tétrault rappelle celui des gens d’affaires des années 1960 qui se plaignaient de la formation déficiente de la main-d’oeuvre québécoise. Le gouvernement libéral de Jean Lesage avait répondu à cette demande en créant notamment une commission d’enquête sur l’éducation, qui aboutit au rapport Parent. Les commissaires y soutenaient qu’il fallait donner aux futurs techniciens et aux futurs étudiants universitaires la même formation générale humaniste, c’est-à-dire orientée vers le développement intégral de la personne et accordant une large place aux humanités, soit entre autres à la littérature et à la philosophie. Dans leur esprit, cette formation générale permettrait de former à la fois des citoyens éclairés et des travailleurs compétents ; elle fournirait notamment aux travailleurs l’autonomie et la polyvalence qui les rendraient aptes à s’adapter au monde du travail. S’ensuivit alors la création des cégeps, une institution d’enseignement propre au Québec.

Aujourd’hui, les cégeps dispensent chaque année à plus de 175 000 jeunes une formation générale (français, anglais, philosophie, éducation physique et deux cours complémentaires) qui représente environ 40 % de leur formation. Mais malgré le succès de la formule collégiale, cette formation générale apparaît dépassée aux yeux de certains. Les rapports du Conseil supérieur de l’éducation entonnent ce refrain depuis des années. Récemment, un rapport ministériel, le rapport Demers (2014), recommandait une meilleure adaptation de la formation générale des cégépiens aux exigences actuelles de l’économie.

Dans le contexte d’une mondialisation accélérée de l’économie et d’économies nationales qui éprouvent parfois de sérieuses difficultés, les inquiétudes du représentant des Manufacturiers et Exportateurs du Québec et de diverses instances ne sont probablement pas dénuées de fondement, mais que faut-il au juste adapter ? De quelle forme d’éducation nos jeunes ont-ils besoin ? Faut-il ou non maintenir une formation générale commune à tous les cégépiens ? Cette formation doit-elle demeurer de type humaniste ?

La réflexion de Martha Nussbaum

Une philosophe américaine, Martha Nussbaum, a longuement réfléchi à ces questions. Une vaste enquête effectuée dans plus de 100 collèges américains (Cultivating Humanity, a Classical Defense of Reform in Liberal Education, Harvard University Press, 1997) l’a amenée à conclure qu’une formation humaniste de la jeunesse était indispensable au développement même de la démocratie américaine.

Elle a par la suite exposé sa position dans un ouvrage qui plaide pour le maintien des humanités (arts, philosophie et littérature) dans la formation des citoyens : Not for Profit : Why Democracy Needs the Humanities, Princeton University Press, 2010 (Les émotions démocratiques, comment former le citoyen du XXIe siècle ?, Climats, 2011).

La philosophe n’y oppose pas les humanités aux sciences et aux sciences sociales ; elle considère au contraire ces dernières comme essentielles. Lorsqu’elles sont pratiquées sous leur meilleur jour, dit-elle, ces disciplines sont imprégnées de « l’esprit des humanités », ce qui comprend « la pensée critique, une imagination audacieuse, une compréhension empathique des expériences humaines dans toute leur diversité, et une compréhension de la complexité du monde dans lequel nous vivons ».

L’éducation scientifique, insiste-t-elle, est une alliée des humanités, car elle se concentre sur le développement de la pensée critique, de l’analyse logique et de l’imagination. Les sciences et les sciences sociales, même si elles perdent parfois du terrain, dit-elle, ne sont généralement pas remises en question dans les démocraties. Par contre, la philosophie, la littérature et les arts, eux, font partout l’objet d’amputations sévères, du primaire à l’université. Ce faisant, considère Nussbaum, les États se privent d’atouts indispensables à la survie des démocraties. Nous traversons actuellement, soutient-elle, « une crise mondiale de l’éducation ».

Nous vivons, évalue la philosophe, dans une époque d’angoisse : angoisse religieuse, angoisse économique, angoisse environnementale. Des enjeux complexes traversent nos sociétés contemporaines et les défis qui se posent nous paraissent parfois insurmontables ; un pluralisme d’opinions et de visions du monde, religieuses ou séculières, prévaut dorénavant. Dans un tel contexte, comment répondre aux défis de façon créative ? Comment garantir les droits de tous, y compris des minorités ? Comment créer les conditions — économiques et sociales — pour que ces droits puissent s’exercer réellement et que chacun puisse s’accomplir librement ? Comment favoriser une stabilité démocratique et une croissance économique qui seraient profitables à tous ?

Pour Martha Nussbaum, les capacités que permet de développer l’enseignement des humanités font partie de la solution : nommons entre autres les capacités de raisonner adéquatement, de porter un jugement critique sur les décideurs politiques, de penser au bien du pays, de voir son propre pays comme une fraction d’un ordre mondial complexe. Tout aussi importante : la capacité d’être sensible à la situation des autres, c’est-à-dire « la capacité à imaginer l’effet que cela fait d’être à la place d’un autre, à interpréter intelligemment l’histoire de cette personne, à comprendre les émotions, les souhaits et les désirs qu’elle peut avoir ». Cette dernière capacité, Nussbaum l’appelle « l’imagination narrative ». La danse, la musique, la poésie, la littérature, les arts, le jeu sont tous des pratiques qui permettent de cultiver cette disposition capitale. Mais ce sont de telles disciplines, tout comme la philosophie, que plusieurs dirigeants considèrent comme futiles et qu’il faudrait, selon eux, abolir (ou qu’ils ont déjà abolies !).

Et au Québec ?

Les capacités mises de l’avant par la philosophe américaine rappellent en partie celles inscrites dans la formation collégiale des jeunes au Québec. La première visée du profil de la formation générale insiste par exemple sur l’importance de former la personne à vivre en société de façon responsable. À la fin de ses études collégiales, le cégépien devrait faire preuve d’autonomie et de créativité, d’une pensée rationnelle, critique et éthique et il devrait être en mesure d’assumer ses responsabilités sociales.

Dans un ouvrage paru en mai dernier, L’enseignement de la philosophie au cégep. Histoire et débats (PUL, 2015), nous avons soutenu la nécessité de sauvegarder l’héritage humaniste de la formation générale collégiale mise en place dans la foulée du rapport Parent. Un humanisme renouvelé qui doit toutefois prendre acte de l’évolution qu’a connue notre société depuis la Révolution tranquille. La philosophie et la littérature demeurent des outils éducatifs de premier plan pour former les futurs citoyens, mais pour ce faire, elles doivent s’enraciner dans une culture publique commune et manifester constamment leur pertinence.

Nussbaum, rappelons-le, prône l’enseignement des humanités du primaire à l’université. Au Québec, l’enseignement de la philosophie pourrait favoriser une meilleure cohérence entre certains programmes de l’enseignement primaire et secondaire, d’une part, et la formation générale collégiale, d’autre part. Le développement de la réflexion éthique et politique, de même que la pratique du dialogue (comme promus par exemple dans le programme Éthique et culture religieuse enseigné au primaire et au secondaire) nous apparaissent essentiels dans ce contexte. La philosophie peut ainsi contribuer à développer l’une des libertés essentielles que met de l’avant Martha Nussbaum dans un autre de ses ouvrages (paru en français sous le titre Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste, Climats, 2012), libertés indispensables au développement d’un monde plus juste : être capable d’utiliser ses sens, d’imaginer, de penser, de raisonner et de faire tout cela d’une manière « vraiment humaine », une manière informée et cultivée par une éducation adéquate (y compris, mais pas seulement, une éducation de base en humanités, mathématiques et sciences).

Pour certains dirigeants, ce sont d’abord et avant tout, sur le plan de l’éducation, des qualifications technologiques poussées qui permettront aux sociétés d’accroître leur productivité et leur compétitivité. Nussbaum démontre qu’une telle orientation de l’éducation, une vision utilitariste axée uniquement sur la recherche du profit, ne peut avoir que des effets néfastes sur tous les plans. Certes, au Québec, des changements peuvent être nécessaires dans le système d’éducation, que ce soit dans la formation professionnelle donnée au secondaire ou dans les secteurs professionnels ou préuniversitaire du collégial. Mais sabrer les humanités ne ferait qu’appauvrir — dans tous les sens — la société. Car la pensée critique, l’imagination et la créativité sont indispensables à des démocraties vivantes et dynamiques.

 

Des commentaires ? Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.com

Pourquoi la philo?

En cette veille de la Journée mondiale de la philosophie (19 novembre), l’UNESCO aussi nous rappelle pourquoi l’enseignement de cette discipline est indispensable : « Dans la mesure où elle construit les outils intellectuels nécessaires pour pouvoir analyser et comprendre des concepts essentiels comme la justice, la dignité et la liberté, dans la mesure où elle aide à développer des capacités de réflexion et de jugement indépendants et où elle stimule les facultés critiques indispensables pour comprendre le monde et s’interroger sur les problèmes qu’il pose, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une “école de liberté » (Stratégie intersectorielle de l’UNESCO concernant la philosophie, 2005).
Pierre Després est du groupe Philosophie, éducation et société.
10 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 novembre 2015 07 h 24

    … capables de conscience !

    « Nussbaum, rappelons-le, prône l’enseignement des humanités du primaire à l’université. Au Québec » (Pierre Després, groupe Philosophie, éducation et société)

    Du temps de Duplessis-Léger (A), et depuis l’après Rapport Parent, notamment du sein du « retard mental » (« déficience intellectuelle »), l’enseignement des « humanités » demeurait inaccessible car on ne pensait pas que ces « retardés », institutionnalisés ou pas, et comme d’éternels enfants sans conscience ?, pouvaient apprendre quelque chose d’intelligent susceptible de les éveiller-épauler à la vie active, citoyenne et démocratique !

    Cependant, et tenant compte des milieux de la recherche-action et de l’intervention, et également depuis l’émergence des Mouvements des Personnes d’Abord, le principe de la « capabilité », y apparaissant, étonne des enjeux-défis insoupçonnés capables d’intégration et de participation sociales éclairées, ouvertes d’expériences, de découvertes, et d’humanités !

    De ce qui précède, on-dit, de ces personnes, qu’elles sont, maintenant plutôt qu’autrefois-hier, capables d’autonomie-autodétermination, et …

    … capables de conscience ! - 14 nov 2015 –

    A : l’auteur, relevant du décret 1198-2006, provient de l’Enfance de Duplessis-Léger et aime comme « philosopher », du moins réfléchir un peu !

    • Yves Corbeil - Inscrit 14 novembre 2015 11 h 24

      Merci de forcer une réflexion sur ce qui doit être fait pour ne pas même penser à un recul de ces acquis pour notre peuple. Cette grande noirceur, notre holocauste à nous ne doit pas être oublié et tout doit être mis en oeuvre pour que le droit d'existé et de s'exprimé avec les meilleurs dispositions académiques soit préservé pour tous nos citoyens.

      Ne laissons personne mettre en périls ces acquis et continuons le combat pour maintenir et améliorer notre système d'éducation, toujours, toujours. Mme Nussbaum a raison sur toute la ligne.

      Merci beaucoup, M.Blais

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 novembre 2015 04 h 43

      « Cette grande noirceur, notre holocauste à nous ne doit pas être oublié » (Yves Corbeil)

      En effet, tout en ne l’oubliant pas, cette « grande noirceur » donne à être connue par l’enseignement de l’histoire et de la philosophie, et ce, afin de ne pas la reproduire, socialiser ni politiser d’élans-relents totalitaires !

      Cependant, de cette « noirceur » et pendant que nous la vivions, notre libération a débuté au moment où, à tous les soirs, au dortoir, on lisait les images des Tintin-Spirou et écoutait le récit du Le Petit Prince, peu avant de s’en dormir !

      Grands mercis, M Corbeil, pour votre honorable …

      … inspiration ! - 15 nov 2015 -

  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2015 08 h 37

    Les enfants roi les tyrans de demain

    Oh, quelle question complexe, j'ai des amis interpelés par ces questions, s'il fut un temps ou nous avions des certitudes, peut être ce sont-ils évanouis , le monde n'est- il pas fait de grand cycles, combien de civilisations sont disparus sans que les populations y peuvent vraiment quelque chose, peut etre faut-il penser que les années fastes sont derrière nous , peut etre que notre avenir va consister a rechercher des boucs émissaires, les derniers événements de paris nous indiquent que les nouveaux terroristes sont des jeunes de moins de vingt ans et ceci il ne faut pas l'oublier que les enfants rois sont peut etre en train de devenir les tyrans de demain, je sais, je sais, vous ne voulez pas l'entendre

  • Robert Bernier - Abonné 14 novembre 2015 10 h 32

    D'accord mais évitons les solitudes des deux cultures

    Je ne puis qu'abonder dans la direction indiquée par l'auteur et par la philosophe. Ayant moi-même (eu) un pied dans chacun des deux mondes, celui de l'entreprise privée en haute technologie et celui de l'enseignement de la physique dans un cegep, je ne puis que confirmer l'absolue nécessité d'une formation générale pour TOUS nos étudiants(es). Ma carrière en entreprise privée de haute technologie m'a souvent confronté à des choix de nature éthique. Il ne suffit pas de maîtriser les compétences scientifiques et technologiques de son domaine. Il faut à l'occasion avoir du "caractère", et ceci ne se développe qu'au contact de la voix des grands penseurs de l'humanité.

    Mais mon intérêt permanent envers le discours philosophique a aussi fait en sorte que j'y suis demeuré attentif tout au long des décennies et n'ai pas toujours été convaincu. Plus d'une fois j'ai vu ce glissement facile vers des phrases du genre de celle placée par l'auteur:"des qualifications technologiques poussées qui permettront aux sociétés d’accroître leur productivité et leur compétitivité. Nussbaum démontre qu’une telle orientation de l’éducation, une vision utilitariste axée uniquement sur la recherche du profit,".

    Comme si, pour être humain (humaniste, diront-ils), il fallait regarder de haut toute l'activité économique et ses exigences. On assiste encore à ce spectacle désolant des deux cultures dénoncé par C.P. Snow. On ne doit pas mépriser un jeune étudiant parce qu'il se responsabilise face à une préparation pour une carrière. On doit l'accompagner et, à cet égard, oui, une culture "humaniste" pour laquelle "rien de ce qui est humain n'est étranger" (incluant les sciences, les technologies et, oui, une vie économique), oui, une telle culture large est un atout important. Mais méfions-nous de ces philosophes et sociologues qui, quand ils parlent sciences, commencent toujours par vous rappeler la bombe atomique et le pétrole.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Jacques de Guise - Abonné 14 novembre 2015 12 h 07

    Ce que l'école devrait enseigner

    Le problème est justement dans la sempiternelle solution proposée, cette fois-ci, par Messieurs Després et Tétrault ainsi que par Martha Nussbaum, soit respectivement, pour faire court, un peu plus de philosophie, un peu plus d’économie et un peu plus d’humanités. Or le problème il est là. Il faut arrêter d’envisager toute réforme sous l’angle des disciplines et de, plutôt, s’interroger sur ce qu’il faudrait enseigner. Il n’est plus possible d’introduire à l’école l’enseignement de nouveaux savoirs liés à l’évolution naturelle des connaissances humaines puisque le terrain est occupé, je dirais même BLOQUÉ, par les disciplines existantes avec son cortège de corps de professeurs, de manuels, de cases dans l’emploi du temps, d’examens, de bulletins, etc.
    Ces disciplines sacralisées ne sont jamais pensées et présentées aux élèves comme des constructions humaines. Ce n’est pourtant qu’un mode d’organisation établi pour atteindre un certain rendement d’enseignement. Ainsi conçu, ce savoir risque, je dirais même, devient facilement détaché de son contexte de culture humaine. L’élève s’approprie ainsi des connaissances sans prise sur le réel, etc., etc., etc. Cette structuration scientifique des savoirs humains doit être problématisée, sinon elle crée un enfermement disciplinaire quasi autistique. Chaque champ disciplinaire doit effectuer la revue complète de ce qui l’a conduit à son état actuel pour se libérer des ornements inutiles à la construction identitaire des élèves et pour se focaliser sur l’élaboration des questions réelles qu’il permet de clarifier et auxquelles il permet concrètement de répondre.
    Au lieu de penser en termes disciplinaires réifiées et objectivées, il y aurait peut-être lieu de penser le savoir humain comme un apprentissage de ce qui nous affecte et de ce qui nous arrive, comme un savoir qui s’acquiert dans la façon que l’on a de répondre à ce qui nous arrive tout au long de la vie et qui va modeler au fur et à mesure ce que l’on est.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 14 novembre 2015 12 h 10

    Incompatibilités?

    "Comment favoriser une stabilité démocratique et une croissance économique qui seraient profitables à tous?" La croissance économique ne fait qu'aggraver les écarts de la richesse entre les humains, l'oublier c'est méconnaître la nature même du système économique comme de penser qu'il permettra une "stabilité" de la démocratie? Incompatibilité donc. D'ailleurs est-il souhaitable de stabiliser la démocratie? Ne faut-il pas plutôt l'élargir pour, qu'à une pseudo-démocratie politique, corresponde une réelle démocratie sociale et économique? Je souscris à la thèse selon laquelle il ne faut pas réduire la formation scolaire à une formation scientifique et technique et la culture humaniste souhaitée par Nussbaum, rien d'original à son propos, est impérative. Cependant, je ne ferais certes pas l'éloge de son leitmotiv, hérité de la culture judéo-chrétienne, car, s'il est impératif de comprendre les motivations de l'autre, il est opportun de le faire avec esprit critique. De ce point de vue, le cours "Éthique et culture religieuse" est tout sauf critique, qui n'inclut même pas l'athéisme à son programme! Malgré les bons sentiments auxquels nous convie Nussbaum, il est des dialogues impossibles. Comment puis-je accepter qu'un jeune refuse de me donner la main parce que je suis une femme? Cela m'est arrivé. Comment accepter que des religieux attendent que je sorte d'une pièce pour y entrer? Cela m'est aussi arrivé. Comment accepter que l'Organisation des états islamiques n'ont de cesse à l'ONU de vouloir interdire la critique des religions? Comment dialoguer avec une Église qui refuse le mariage pour tous? Où sont les valeurs communes? Ce genre de bons sentiments avaient conduit là ministre de l'Ontario à accepter que des litiges familiaux se règlent selon la charia! Ne nous laissons pas berner, certaines croyances conduisent à brimer la liberté d'autres humains, contrevenant au principe de l'égalité en droits de tous et de toutes, fondement de la démocratie. Irène Doiron