Les sophistes et la démocratie

Patrick Daneau: «[Les sophistes sont accusés] de détourner les jeunes Athéniens de l’éducation traditionnelle par laquelle un individu de bonne famille est confié à un sage. Mais voilà, cette éducation des sages, des philosophes, est longue. À titre d’exemples, Platon a fréquenté Socrate pendant plus de huit ans et Aristote, élève de Platon, a suivi son maître pendant vingt ans. Rien de cela chez les sophistes: en quelques semaines, un jeune politicien est formé, prêt à affronter l’assemblée du peuple et à défendre tout et son contraire. »
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Patrick Daneau: «[Les sophistes sont accusés] de détourner les jeunes Athéniens de l’éducation traditionnelle par laquelle un individu de bonne famille est confié à un sage. Mais voilà, cette éducation des sages, des philosophes, est longue. À titre d’exemples, Platon a fréquenté Socrate pendant plus de huit ans et Aristote, élève de Platon, a suivi son maître pendant vingt ans. Rien de cela chez les sophistes: en quelques semaines, un jeune politicien est formé, prêt à affronter l’assemblée du peuple et à défendre tout et son contraire. »

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

«Maîtres chez nous ! » « Yes we can ! » « On se don­ne Legault ! » C’est reparti. La saison des élections est arrivée et, avec elle, les formules et boniments publicitaires. Sur les poteaux des quartiers de nos villes, le long des autoroutes ou plantés dans les champs de nos campagnes, les écriteaux affichent fièrement la bouille des candidats et le slogan de la formation qu’ils représentent. Rien de nouveau, direz-vous. Et vous aurez raison !

Car la politique des formules et des slogans est plus ancienne qu’il n’y paraît. Plus ancienne que la Révolution française, que l’invention de l’imprimerie et que la boussole. Plus ancienne même que Jules César ! Mais quand est-elle apparue ?

C’est à Athènes, au Ve siècle avant J.-C., que des individus au statut ambigu et à la réputation contestée ont pour la première fois conçu que l’image pouvait se marchander, la politique se vendre et la parole publique se monnayer. Ces individus furent appelés sophistes, et nos faiseurs d’image et spécialistes de la communication politique d’aujourd’hui sont leurs lointains descendants.

Un lieu de prédilection

« On a peine à imaginer à quel point cette cité a pu être riche et puissante », m’a un jour affirmé un archéologue, alors que je visitais l’agora d’Athè­nes avec mes élèves. Au Ve siècle avant J.-C., la jeune démocratie, après avoir vaincu l’Empire perse et s’être assuré l’hégémonie sur la mer Égée et sur une bonne partie de la Méditerranée, est une cité richissime et puissante.

Elle a fondé un empire militaire et commercial qui s’é­tend de l’Italie du Sud jusqu’à la Turquie. Et, con­trairement à d’autres cités, elle est ouverte sur le mon­de et n’a aucun scrupule à y accueillir les étrangers. 

Parmi ceux-ci, des commerçants d’un nouveau gen­re font leur apparition : ils ne vendent ni le vin, ni le blé, ni l’or. Ils vendent leur savoir et gagnent de l’argent, beaucoup d’argent.

Pourquoi s’enrichissent-ils ? Parce que les sophistes répondent à un besoin, à une demande, dirait-on aujourd’hui avec notre vocabulaire économique. Cette demande, c’est celle de la rhétorique, l’art de convaincre. Et tout naturellement, la jeune démocratie athénienne devient leur lieu de prédilection.

Il faut comprendre qu’à cette époque, la société athénienne, riche et toute-puissante, a donné naissance à une classe de citoyens instruits et aisés pour qui la carrière politique s’avère le meilleur moyen d’acquérir une grande renommée.

Or, en démocratie, il n’y a qu’une façon d’accéder au pouvoir : par la persuasion. Et pour persuader, il faut utiliser habilement la parole. Il faut donc apprendre l’art de parler devant les assemblées. Cet art, ce sont les sophistes qui l’enseignent. C’est pourquoi les portes de la cité leur sont tou­tes grandes ouvertes.

L’helléniste française Jacqueline de Romilly : « Pour les Athéniens du Ve siècle avant J.-C., être habile à parler ou savoir bien parler était un mérite essentiel à acquérir : l’individu, en ce temps-là, pouvait se faire entendre directement et toutes les grandes décisions résultaient de débats publics ; la parole était un moyen d’action privilégié. Rien d’étonnant donc à ce que cet art d’être orateur, cette rhétorique, ait été parmi les premiers buts revendiqués par l’enseignement des sophistes. »

On l’aura compris, les sophistes sont des spécialistes de la communication publique. Leurs compétences se déclinent de multiples façons. Certains agissent à titre d’ambassadeur pour le compte des cités grecques : ils négocient des con­trats ou bien participent à la rédaction des constitutions, des accords commerciaux ou des traités de paix.

D’autres sont des logographes : ils rédigent des plaidoiries pour les citoyens traînés devant les tribunaux. Ils sont à cet égard l’équivalent de nos avocats modernes. Enfin, nombre d’entre eux enseignent la rhétorique et, contre rémunération, forment de futurs politiciens.

Et l’activité est lucrative ! Les plus doués s’enrichissent et acquièrent une fortune plus qu’honorable. Citons le sophiste Hippias, dans le dialogue platonicien du même nom : « Si tu voyais seulement l’argent que j’ai amassé, moi, tu serais étonné. […] Revenant dans ma patrie en portant cet argent, je le donnai à mon père pour que celui-ci et tous les autres de la cité soient étonnés et frappés de stupeur. Je ne suis pas loin de penser que j’ai gagné plus d’argent que toute autre paire de sophistes. »

Deux visions de l’éducation

Nul n’a mieux décrit l’activité des sophistes que Platon. Et aucun n’a critiqué et détesté les sophistes autant que Platon. Pas moins de sept dialogues platoniciens traitent directement de l’influence, à ses yeux néfaste, des sophistes.

Mais que leur reproche-t-il ? Essentiellement de corrompre la politique en faisant croire aux jeunes ambitieux qu’il est possible d’acquérir la sagesse politique en peu de temps. Également de détourner les jeunes Athéniens de l’éducation traditionnelle par laquelle un individu de bonne famille est confié à un sage.

Mais voilà, cette éducation des sages, des philosophes, est longue. À titre d’exemples, Platon a fréquenté Socrate pendant plus de huit ans et Aristote, élève de Platon, a suivi son maître pendant vingt ans.

En quoi consiste cette lon­gue et pénible éducation que Socrate compare aux douleurs de l’accouchement ? Elle vise à forger l’âme du jeune homme par la fréquentation des poètes et des citoyens honorables de la cité. Accompagné de son maître sage et érudit, il s’initie à la vie intellectuelle et toute son éducation est tournée vers la recherche du beau, du bien et du vrai.

Rien de tout cela avec les sophistes : en quelques semaines, voilà qu’un jeune politicien est formé, prêt à affronter l’assemblée du peuple et à défendre tout et son contraire. Le sophis­te Hippias avise ses jeunes élèves « qu’aucun être humain n’aura le pouvoir de les réfuter ».

Ce lucratif commerce de la connaissance heurte de front l’éducation traditionnelle offerte à la jeunesse fortunée de la cité qui, jusqu’alors, était instruite par les sages. 

La fréquentation des sophistes n’a qu’un but : permettre à leurs auditeurs d’affronter toutes les questions et par conséquent de faire une brillante carrière politique, laquelle procure les honneurs, le pouvoir, la renommée et la fortune.

Ainsi, tout l’art des sophis­tes consiste à former des individus capables de persuader, de convaincre, d’user adroitement de la parole et de capter l’attention des foules.

Récapitulons : dans la cité démocratique d’Athènes, au Ve siècle avant J.-C., deux visions de l’éducation et de la politique s’affrontent : d’un côté, l’éducation traditionnelle assurée par les sages, tournée vers la recherche de la vérité. De l’autre, celle des sophis­tes, brève et onéreuse, dont le seul but est l’obtention des honneurs et du succès politique.

Un legs ambigu

On l’a vu, les sophistes ne font pas l’unanimité. Aristote remarquait que tous les régimes peuvent se corrompre : la monarchie peut se transformer en tyrannie (le pouvoir d’un seul individu autocratique) et l’aristocratie peut se métamorphoser en oligarchie (le contrôle de l’État par un petit nombre mal intentionné).

Quelle est la forme corrompue de la démocratie, selon Aristote ? La démagogie, c’est-à-dire le pouvoir des grands parleurs, des rhéteurs et des sophistes, lesquels flattent le peuple et orientent, grâce à l’usage de la rhétorique, la politique.

Beaucoup plus tard, en 1790, le philosophe et parlementaire britannique Edmund Burke (1729-1797) s’inquiétait de la disparition des idéaux de l’Ancien Régime et anticipait avec inquiétude la nouvelle démocratie naissante.

Dans ses brillantes Réflexions sur la révolution de France, il remarquait que « le temps des chevaliers est révolu. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé ». N’y a-t-il pas une leçon à en tirer ? Il semble qu’à partir du moment où naît une démocratie, les spécialistes de la communication publi­que et les faiseurs d’image font leur apparition. 

L’activité des sophistes serait-elle intimement liée à cette forme politique unique qu’est la démocratie ? Cette dernière peut-elle se passer d’eux ?

Sans doute a-t-on exagéré les vertus de l’éducation des sages. Sans doute a-t-on amplifié la bassesse des sophistes. Néanmoins, je persiste à croi­re que la vie politique de nos démocraties est prise en otage par les faiseurs d’image et leurs slogans laconiques. La rhétorique et les énoncés vides m’irritent. 

J’ai peine à prendre au sérieux un politicien, par ailleurs instruit et intelligent, lorsqu’il affirme « s’occuper des vraies affaires ». Ne pouvait-on trouver mieux ? N’aurait-il pas gagné à s’entourer de sages au lieu des sophistes habituels ? À mes yeux, tout cela sonne faux.

Le philosophe Michel de Montaigne utilisait une jolie formule pour peindre les sophistes : « C’est un cordonnier qui sait vendre de gros souliers à de petits pieds. » Et Montaigne de poursuivre : « On lui eut fait donner le fouet à Spar­te, de faire un art pipeur et mensonger. »

La campagne électorale 

Dans quelques jours, bien enfoncés dans nos fauteuils, nous assisterons au traditionnel débat des chefs, moment fort de toute campagne électorale en régime démocratique. Il y a fort à parier que les maîtres des principales formations auront été formés par nos sophistes modernes.

Nous aurons droit, à n’en pas douter, à des attaques calculées, à des slogans répétés et à des formules lapidaires. Je fais le vœu bien naïf que nos politiciens fassent fi des con­seils de ces sophistes et qu’a­vant de se présenter devant nous, dans le silence de la réflexion, ils écoutent leur voix intérieure et parlent avec sincérité dans les mots qui sont les leurs. Mais je crains d’être déçu.


L'auteur est professeur de philosophie au cégep Garneau de Québec
20 commentaires
  • Pierre Couture - Inscrit 15 mars 2014 06 h 12

    L'incertain statut de la vérité

    Les Grecs de l'antiquité se sont de tout temps montrés fiers de leur intellect et déjà dans l'Iliade et surtout dans l'Odyssée - au 8e siècle avant notre ère - la ruse était grandement valorisée.

    Les sophistes entraient de plain-pied dans cette valorisation, mais en montrant que la vérité - si elle existe - est fragile et ne peut guère être atteinte par le raisonnement. Ils mettaient en effet en évidence que le simple raisonnement peut aisément démontrer tout et son contraire.

    Vous avez raison de souligner la parenté entre ces sophistes et nos avocats et nos publicitaires de maintenant.

    Il y a en effet quelque chose de révulsant dans leur simplisme, mais en même temps les orateurs - ceux qui sont vraiment habiles - nous évitent aussi beaucoup d'affrontements violents. La rhétorique peut calmer les moeurs.

    Et si on revient au 5e siècle de l'antiquité grecque, ne peut-on voir que ce qui était reproché avant tout aux sophistes c'était de permettre à quiconque d'accéder à la puissance de la parole, puissance réservée jusque là à la petite coterie au pouvoir?

    • Daniel Gagnon - Abonné 15 mars 2014 21 h 53

      Chez les Grecs, Socrate critiquait les sophistes et ils n'avaient pas si bonne presse.

      Aujourd'hui, en effet, la pensée des sophistes est partout.

      Monsieur Harper a dépensé pendant ses mandats comme Premier ministre plus de deux milliards de dollars pour des 'consultants'... qui l'ont aidé à déployer de la fausse information, qui ont prêté leur talent et leur habileté à perfectionner une image séduisante, que ce soit pour les pétrolières ou l'avortement, ou encore pour fermer le Parlement, ce qui est très grave.

      La tromperie du raisonnement sophiste n'est pas toujours aussi évidente que dans le raisonnement comique suivant: le voleur avait un camion rouge / je t'ai vu au volant d'un camion rouge/ tu es donc un voleur...

      Mais parfois, le raisonnement des politiciens est très gros et très évident : certains des raccourcis « logiques » chez eux sont de purs sophismes et de pures tromperies, et on peut reconnaître très souvent leurs raisonnements « sophistiqués », qui ne sont que menteries, contrevérités et mystifications.

      Pensons à l'affaire Arthur Porter, ami de Philippe Couillard... voilà une bonne raison de parler d'une vraie affaire... Par une sorte de retournement sophiste, le Parti libéral arrive à occulter les multiples vraies affaires (corrompues ) de l'ère Charest...

  • Régis Proulx - Abonné 15 mars 2014 08 h 10

    Vous avez peine à prendre au sérieux un politicien ... lorsqu’il affirme « s’occuper des vraies affaires ».

    Et que penser de la politicienne "déterminée" qui affirme : "il n’y a pas d’engagement à tenir un référendum, mais il n’y a pas non plus d’engagement à ne pas en tenir" ?

    • THOMAS MAXWELL - Inscrit 15 mars 2014 12 h 10

      Je suis ravi M. Proulx que vous fassiez allusion à cette phrase qui bizarrement n'a pas fait l'objet d'une analyse plus approfondie. Sur la forme elle est inintelligible. Sur le fond elle sous-tend l'incroyable flou entourant la question du référendum et l'incapacité du PQ à prendre une position claire sur ce sujet par peur du rejet dans l'opinion publique. Elle traduit également (cette phrase) le statu-quo qui n'est pas propre au PQ mais au discours politique qui n'existe que dans l'imaginaire rhétorique sans trouver de résonnance concrète sur le terrain. Ironiquement, Mme Marois parle d'engagement sans en comprendre l'étendue théorique qui passe plus par les actes effectifs et imputables à celui qui les réalise que par des arguments sophistiques malhonnêtes et creux.

    • Paul Ruest - Inscrit 15 mars 2014 14 h 23

      Philosophie = amour de la sagesse = amour de la vérité

      La "VRAIE AFFAIRE" fondamentale du PQ, c'est, semble-t-il, d'abord la souveraineté...
      Or Mme Marois ne veut pas en parler tout de suite de cette "vraie affaire".
      Elle préfère la recouvrir d'une voile blanc, en disant que c'est un gouvernement que l'on a à élire présentement... et non pas un référendum à faire.

      Mais si on élit un gouvernement souverainiste, celui-ci voudra sûrement faire la souveraineté et se donner un pays, à un moment donné.
      N'est-ce pas???

      Outre le problème du passeport, des frontières ou du dollar, une "VRAIE INQUIÉTUDE", alors, pour une personne âgée de 65 ans et plus, sera probablement :
      Qu'arrivera-t-il de la SV (Sécurité de la vieillesse)? Va-t-on continuer à la recevoir?
      Et il faudra lui donner de "vraies" réponses... n'est-ce pas?

      Pour un peu plus de clarté, la "VRAIE QUESTION" ostentatoire de la présente campagne électorale ne pourrait-elle pas être formulée ainsi :

      "Voulez-vous être gouverné par un parti politique souverainiste? Oui ou non?
      Si... OUI, votez PQ ou QS.
      Si... NON, votez PLQ ou CAQ.

    • Serges Tanguay - Inscrit 15 mars 2014 23 h 21

      Il y a beaucoup d'embrouille ici. D'un côté les fédéralistes qui parlent du projet d'indépendance du P.Q. depuis plus de 40 ans,en le démonisant le plus possible bien qu'il soit clair et légitime. D'un autre côté, le P.Q. qui répète qu'il aimerait mieux discuter de la question d'un référendum après les élections bien que plusieurs citoyens s'en montrent inquiets. Ça me semble être tout simplement de la politique telle qu'on la pratique dans nos sociétés dites démocratiques et, pour ce que j'en connais, occidentales. Y a-t'il vraiment de quoi fouetter un chat?

    • Charbel Hanna - Inscrit 16 mars 2014 02 h 16

      M. Ruest

      Je m'arrête sur les deux dernièr lignes de votre commentaire pour y ajouter un bémol : le clivage gauche-droite. Si on le considère, on obtient :

      à droite : le PQ, le PLQ, la CAQ
      à gauche : QS

      Comprendre la politique québécoise comme le seul clivage national, ou comme le seul clivage social, c'est mal la comprendre.

    • Pierre Sabourin - Inscrit 16 mars 2014 10 h 37

      Il y a apparence de sophisme et ce serait un If-by-whiskey où l'emméteur prend les deux positions.
      Mais ce n'est pas un sophisme dans la phrase:
      "il n’y a pas d’engagement à tenir un référendum, mais il n’y a pas non plus d’engagement à ne pas en tenir" ?
      puisque c'est vrai qu'il n'ont pas pris d'engagement. Par contre ils font appel au sens de ce sophisme qui est la tromperie quand même et dans l'art de convaincre... et non de l'argumentation, même si ce n'est pas une erreur syllogistique, c'est quand même faire appel au deux position de la dichotomie pour convaincre le plus grand nombre de personne comme dans le If-by-whiskey.

      Pierre Sabourin, Ottawa

      http://en.wikipedia.org/wiki/If-by-whiskey

    • Claude Lafontaine - Abonné 16 mars 2014 19 h 03

      Si c'est bien le coin des philosophes ici, ce que je viens de lire me déçoit parce que ça m'indique que même parmis eux ils s'en trouve pout jouer à l'autruche !

      1) C'est par référendum que les québécois décideront oui ou non que le Québec devienne un pays, le PQ le dit depuis qu'il existe, ça ne se fera pas autrement, c'est donc clair le PQ va lancer un jour référendum c'est ce que dit madame Marois.

      2) Maintenant le QUAND; pas besoin d'être très fort en logique pour comprendre que le PQ ne lancera pas ce référendum sans être convaincu qu'il a un maximum de chances de le remporter et ce n'est pas lorsque les sondages donnent 40% pour et 60% contre qu'il faut le faire, il y a clairement un travail à faire (ou refaire parce qu'en 1995 50% étaient pour) avant pour convaincre les québécois et le PQ. C'est clair et y'a rien de tordu ou de mal honnête là-dedans.

      3) Je vous entends dire : Les québécois se sont déjà prononcé là-dessus, pourquoi y revenir à répétition ? Parce qu'un nombre minimum et important de québécois (40%) croient toujours en l'indépendance du Québec et soutiennent cette option, parce qu'il y a 3 partis sur 5 au Québec qui sont officiellement indépendantistes (PQ, ON, QS) même le chef de la CAQ en est un par conviction mais a décidé de l'oublier quelques années, et enfin parce que je considère tant qu'il y aura des partis politiques convaincus que l'indépendance est la meilleure solution pour le Québec et ses citoyens ils ont l'obligation d'en parler, de l'expliquer, d'en faire la promotion, de revenir s'il le faut, le contraire serait défaitiste et ne serait pas dans l'intérêt du Québec.

      En philosophie, existe-t-il un mot pour qualifier ceux qui jouent à l'autruche devant des évidences ?

    • Jean-Guy Henley - Inscrit 16 mars 2014 19 h 49

      L'exemple de "s’occuper des vraies affaires" est quand même bien choisi puisque tout le monde s'en est servi à un moment ou à un autre depuis des années, il est loin d'être exclusif aux libéraux. Cette expression a tellement été utilisée qu'elle est presque aussi usée que "changer les choses" qu'on entend depuis des décennies. Et non, ce n'est pas une attaque contre la CAQ pour leur slogan de la dernière élection.

      Un comme l'autre, ces slogans du genre "one liner" à cinq cents, ainsi que bien d'autres d'ailleurs, sont utilisés dans le but de nous influencer de façon émotionnelle car c'est plus facile de manipuler la population par les émotions. C'est surtout moins risqué car une population bien informée et qui prend le temps d'analyser et de réfléchir devient de plus en plus critique et pose encore plus de questions embarrassantes en exigeant des réponses avec plus d'insistance.

      C'est pour ça que les politiciens s’affairent beaucoup plus à provoquer la controverse en salissant leurs ennemis politiques (ça fait longtemps que le terme de simple adversaire n'est plus adéquat) que d'expliquer honnêtement et clairement les choses. C'est aussi pour ça qu'ils font toujours un blitz dans les derniers jours d'une campagne électorale, pour nous faire voter impulsivement! Une fois que c'est fait, on a beau se dire qu'on a voté trop vite et que si on y avait pensé un peu plus à tête reposée au lieu de céder à la pression des "pitch de vente" des politiciens, on aurait peut-être choisi autrement, c'est trop tard.

      Peut-être aurait-il fallu citer les slogans de tous les partis pour ne froisser personne. :)
      Sérieusement, si cet article n'avait vraiment visé que les libéraux, il y aurait eu bien plus de références que cette seule phrase qui n'a servie que d'exemple.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 15 mars 2014 09 h 31

    Je n'achète pas

    Entre vendre un objet quelconque et vendre un parti politique, il n'existe aucune différence. On en voit la preuve dans une jolie expression employée pour signifier que l'on n'est pas convaincu: Je n'achète pas (an anglais: I don't buy it). Je n'achète pas ton idée, ton opinion. Il fut un temps où l'on répondait: je ne te crois pas.

    Comme quoi les idées ne sont plus à évaluer mais à vendre.

    Desrosiers
    Val David

  • Gilbert Talbot - Abonné 15 mars 2014 10 h 49

    Protagoras : «l'homme est la mesure de toute chose»

    Vous ne mentionnez pas l'un des plus grands de ces sophistes Protagoras qui formula en ces termes la base philosophique de leur action : «l'homme est la mesure de toute chose». C'est surtout ça que Platon reprochait aux sophistes: il n'y a pas de vérité en dehors de la pensée humaine. C'est l'homme qui donne sens au monde par sa pensée et son agir. C'est ce que reprennent les politiciens d'aujourd'hui: croyez-moi, c'est moi qui ai la réponse à vos maux. Et c'est ce que leur reproche les philosophes d'aujourd'hui encore: la vérité est non pas dans la pensée humaine uniquement, mais dans sa relation au monde.

    • Ginette Durand - Inscrite 15 mars 2014 15 h 33

      Bien dit Monsieur Talbot... J'aimerais avoir dit cela... Tiens cela me rappelle un trait de Jules Renard: une belle action d'un autre et notre vie nous paraît sans saveur. Même chose pour une "belle réflexion" comme la vôtre ci-dessus!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2014 12 h 36

    Une opposition factice

    Ainsi, les Sages seraient gardiens et dépositaires d'un legs civilisationnel - Le vrai, le juste et le beau - transmis de génération en génération au prix d'une longue et exigeante initiation, alors que les Sophistes s'inscriraient d'emblée dans l'aire du faux et de la facilité.

    L'étiquette de «sophiste» peut ainsi servir de repoussoir à quiconque préfère trouver des poux à un adversaire plutôt que de justifier sa position, qui n'en a pas besoin, elle, tant elle se réclame d'une noble origine. Le choix de l'auteur d'évoquer le maître-sophisme (supposé) de la campagne libérale est assez typique de ce genre «d'argumentaire».

    Le fond de l'affaire, avec les sophistes, ce n'est pourtant pas qu'ils feraient un usage instrumental du discours, sans égard au vrai, alors que le philosophe aurait la capacité de nous en défendre, par la pratique d'une vertu que l'autre méprise. Ce qu'ils disent, pour autant qu'on ne regroupe pas sous ce vocable toutes sortes de pratiques qui n'ont souvent qu'un rapport assez éloigné avec eux, c'est que l'être humain est, à chaque fois, la mesure de toutes choses, de celles qui sont, de celles qui ne sont pas.

    On a appelé cela du relativisme... alors que la leçon, c'est que nous n'appréhendons jamais les choses sans les dessiner en quelque mesure avec le discours qui nous sert à les penser. La critique sophiste est une protestation contre une appropriation institutionnelle de l'administration de la vérité figée en dogmes immuables et non une attitude «cynique» à l'endroit du vrai. Je ne suis pas sûr qu'il faille tant regretter que Platon n'ai pas pu mettre les philosophes au pouvoir et nous délivrer des aléas de l'imparfaite conversation démocratique.

    J'aime bien le trait de monsieur Couture. La rhétorique (et la sophistique), c'est comme la musique, ça adoucit les moeurs... et ça n'a rien à voir avec le bruit de bottes que font souvent entendre ceux qui brandissent la bannière du Vrai, du Juste et du Bien. Je trinque à votre santé