Le Devoir de philo - Martha Nussbaum aurait-elle signé le manifeste des Janette?

Martha C. Nussbaum prononce un discours après avoir reçu le prix des sciences sociales Prince des Asturies lors d’une cérémonie à Ovideo, en Espagne, le 26 octobre 2012.
Photo: Agence France-Presse (photo) Miguel Riopa Martha C. Nussbaum prononce un discours après avoir reçu le prix des sciences sociales Prince des Asturies lors d’une cérémonie à Ovideo, en Espagne, le 26 octobre 2012.

Depuis la publication du manifeste de Janette Bertrand, cosigné par un ensemble de célébrités féminines, le mouvement des Janette a pris une ampleur si importante que les défenseurs du projet de loi 60 misent désormais sur une justification féministe de l’interdiction des signes religieux ostentatoires, explicitement ciblée à l’endroit des femmes musulmanes voilées, pour convaincre l’ensemble des citoyens du bien-fondé de la charte de la laïcité. 


Une division profonde au sein de la communauté féministe est apparue sur la place publi­que au sujet de l’instrumentalisation politique et/ou de la juste compréhension des enjeux féministes dans le contexte de ce débat. Il est sans doute pertinent de rappeler que la question de l’égalité des sexes, en con­texte de diversité culturelle, n’est pas inédite dans la littérature philosophique.


Susan Moller Okin, une grande philosophe féministe décédée en 2004, avait écrit un article important, publié dans le Boston Review of Books en 1999, au titre saisissant : « Le multiculturalisme nuit-il aux femmes ? » Dans ce texte précédant la vague d’islamophobie ayant déferlé en Occident après les attentats du 11-Septembre, Okin soulève des questions légitimes et critique le modèle libéral du multiculturalisme tel que développé par le philosophe canadien Will Kymlicka. 


Selon Okin, la protection des droits collectifs des minorités culturelles au nom du multiculturalisme met en péril la protection des droits individuels des femmes, qui risquent d’être soumises à des schèmes culturels les assujettissant au sein de communautés fermées, reléguées à la sphère privée, échappant ainsi à la vigilance et aux politiques de l’État dans le domaine public. 


Ce à quoi Kymlicka lui répondit, en soulignant sa dette intellectuelle envers le féminisme, qu’au sein d’une démocratie libérale, les protections externes des droits collectifs de certaines minorités doivent être reconnues, mais que cela n’empêche pas l’État libéral de devoir rejeter certaines restrictions internes imposées au sein de ces communautés allant à l’encontre de l’exercice de l’autonomie et des libertés individuelles de leurs membres (et notamment de leur droit d’exit, c’est-à-dire leur droit de sortir de ces communautés d’origine). 


L’essai d’Okin suscita de nombreuses réactions de la part des penseurs les plus estimés de la communauté universitaire internationale (dont Charles Taylor).


Parmi les philosophes ayant réagi aux propos d’Okin, on retrouve la contribution de Martha Nussbaum, auteure d’une œuvre philosophique prolifique. Martha Craven, née à New York en 1947, s’est convertie au judaïsme peu avant d’épouser Alan Nussbaum, dont elle conservera le nom après leur divorce. Titulaire d’une chaire à l’Université de Chicago, Nussbaum a également enseigné à Harvard, à Brown et à Oxford. 


Pendant ses années de service à l’Université des Nations unies, elle fait la rencontre d’Amartya Sen (lauréat du prix Nobel d’économie 1998), avec qui elle développera l’approche des capabilités dans le champ de la philosophie politique et dans une perspective féministe.
 

Nussbaum répond à Okin en 1999, et plus tard dans d’autres écrits, que les démocraties libérales contemporai­nes doivent promouvoir et se limiter à une conception politi­que du libéralisme sans chercher à imposer une doctrine compréhensive du libéralisme (ce qu’elle reproche à Okin de faire). 

 

En d’autres ter­mes, depuis la séparation de l’Église et de l’État, le rôle de ce dernier ne con­siste pas à imposer de manière coercitive une certaine doctrine occidentale du libéralisme (comportant un ensemble de croyances métaphysiques au sujet du bien moral), mais plutôt à honorer son devoir de neutralité en s’assurant que tous les citoyens se traitent en égaux dans le contexte d’une diversité impossible à nier et à rendre invisible. 


Selon cette conception politique du libéralisme qui ne doit pas outrepasser les limites légitimes des principes de la justice dans le contexte du pluralisme culturel, la reconnaissance des libertés individuelles fondamentales et l’égalité de tous les citoyens constituent les socles des sociétés libérales. 


Parmi ces libertés individuelles, la reconnaissance de la liberté de conscience est au cœur du principe de tolérance permettant l’expression des libertés religieuses dans les limites justes et raisonnables de la coexistence démocratique.


La position philosophique de Martha Nussbaum découle notamment de l’approche des capabilités qu’elle a contribué à développer dans le sillage des travaux pionniers de son collègue, le penseur indien Amartya Sen. Selon Nussbaum, l’accès formel à des biens sociaux premiers ne peut suffire en l’absence d’une compréhension plus riche des capabilités réelles dont les individus ont besoin en vue d’exercer leur véritable liberté et d’accomplir des fonctionnements effectifs. 

 

Le Nobel des pauvres
 

La notion de capabilité désigne, par exemple, la capacité réelle de pouvoir se déplacer jusqu’à une clinique médicale, ce qu’un droit purement formel à des soins médicaux de base ne suffit pas à garantir. Cet exemple d’une capabilité con­crète peut sembler trivial pour nous, mais devient extrêmement éloquent lorsqu’on applique l’approche des capabilités en contexte de pauvreté mondiale, comme ce fut le cas des travaux de l’économiste Amartya Sen, affectueusement surnommé le Nobel des pauvres, qui ont profondément influencé les critères de mesure des inégalités internationales et de la qualité de vie au sein du Programme des Nations unies pour le développement.


C’est d’ailleurs dans le cadre d’un ouvrage intitulé Femmes et développement humain (Cambridge University Press, 2000) que Nussbaum développe sa théorie politique et l’angle féministe de son approche en ponctuant son argumentation philosophique des récits de vie de femmes indiennes qu’elle a interviewées. Dans sa liste des dix capabilités centrales qu’elle propose en vue d’orienter à la fois les principes de la coopération internationale et les approches constitutionnelles au sein des pays, Nussbaum introduit la capabilité de l’affiliation qui implique la nécessité de protéger les institutions qui constituent et nourrissent de telles formes d’interactions sociales avec autrui, ainsi que la liberté d’assemblée et de discours politique. 


Pour Nussbaum, la capabilité d’affiliation implique aussi : « Avoir les bases sociales pour le respect de soi-même et l’absence d’humiliation ; avoir les moyens d’être considéré comme un être plein de dignité dont la valeur est égale à celle des autres. Ce qui implique au minimum d’ê­tre protégé contre la discrimination fondée sur la race, le sexe, l’orientation sexuelle, la religion, la caste, l’appartenance ethnique ou l’origine nationale. » (Femmes et développement humain. L’approche des capabilités, Paris, Des femmes, 2008)


Dans cet ouvrage, Nussbaum défend l’universalisme moral de l’approche des capabilités dans le contexte de la diversité culturelle à l’échelle mondiale. Sans complaisance relativiste face au fait du pluralisme, elle s’attaque notamment, dans une perspective féministe, au problème fascinant des préférences adaptatives, c’est-à-dire ces préférences que les individus adoptent dans des contextes de choix tellement appauvris qu’el­les ne témoignent que des formes d’aliénation (comme lorsque des femmes « préfèrent » ne pas aller à l’école parce qu’el­les « préfèrent » ne pas prendre le risque de se faire asperger d’acide). 


Mais le problème des préférences adaptatives ne nous autorise pas pour autant à les amalgamer de manière irresponsable à des désirs authentiques qui émanent d’individus autonomes dans des contextes de choix culturellement différents.  Bien que Nussbaum s’inscrive d’emblée dans un féminisme libéral plutôt que postcolonialiste, elle s’oppose à toute forme de paternalisme occidentaliste à l’égard des fem­mes et des populations qui partagent d’autres horizons culturels. 


Dans tous les cas de figure où une société relativement juste offre en arrière-fond une véritable gamme d’options, protège l’égalité d’opportunités et garantit les capabilités universelles de base, le choix libre des individus d’exercer leurs capabilités comme ils l’entendent exige notre respect le plus fondamental. En effet, la notion de capabilité recouvre fondamentalement la notion de liberté de choix dans la pensée de Nussbaum.


À ses yeux, il va de soi qu’au sein d’une démocratie libérale, les principes de justice confor­mes au respect des libertés individuelles et de la laïcité exigent la neutralité de l’État devant le pluralisme et au nom du principe de tolérance qui constitue la vertu cardinale du libéralisme politique découlant de la séparation de l’Église et de l’État. 


Si le combat féministe à l’encontre des intégrismes religieux qui existent dans le monde justifie notre mobilisation et notre critique la plus virulente, cela n’entraîne aucunement la violation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse des femmes au sein d’une démocratie libérale, selon Nussbaum. 
 

Au contraire, le véritable combat féministe à l’encontre de toute forme d’intégrisme est, en somme, une lutte pour les capabilités de base afin que les femmes puissent exercer leur liberté et décider par et pour elles-mêmes ce qu’elles feront de leur vie. Il serait paradoxal et insoutenable que le combat féministe se convertisse en croisade idéologique pour dicter aux individus, et en particulier aux femmes, quoi faire de leur capabilité en leur imposant des interdictions au nom de leur émancipation.

 

La liberté de conscience
 

Dans son plus récent ouvrage intitulé The New Religious Intolerance. Overcoming the Politics of Fear in an Anxious Age (Harvard University Press, 2012), Nussbaum impute les nouvelles formes d’intolérance religieuse à la montée de l’islamophobie depuis les attentats du World Trade Center. 


Pour contrer cette politique irrationnelle de la peur et du « malaise », Nussbaum présente un plaidoyer philosophique en faveur du respect universel de la liberté de conscience, qu’elle considère comme le moteur du développement moderne et contemporain de la démocratie et du combat contre toute forme d’intégrisme (même laïque). 


Elle tente de promouvoir une nouvelle éthique de la décence et de l’amitié civique pouvant cultiver notre faculté d’empathie et notre capacité de nous intéresser à autrui afin de surmonter les diverses formes de xénophobie, qu’elle dénonce dans son examen attentif des politiques et débats publics qui ont eu lieu en Europe comme aux États-Unis, au sujet de la diversité religieuse (et en particulier au sujet de l’islam). 


Il y a tout lieu de croire que Nussbaum serait favorable aux approches intersectionnelles qui, loin de diluer le combat féministe, caractérisent les développements les plus pertinents du féminisme contemporain en tenant compte de l’expérience entrecroisée des multiples for­mes de marginalisation que les femmes peuvent subir, à la fois en tant que femmes et membres de groupes sociaux particulièrement vulnérables.


Enfin, non seulement Martha Nussbaum s’opposerait catégoriquement au manifeste des Janette en raison de ses convictions féministes, de son approche des capabilités et de sa conception de la démocratie libérale, mais force est de constater qu’elle se désolerait du manque d’empathie et d’amitié civique qui caractérise malheureusement la tournure actuelle du débat au sujet du projet de loi 60.



Ryoa Chung - Professeure agrégée au Département de philosophie de l’Université de Montréal

50 commentaires
  • Serge Manzhos - Inscrit 16 novembre 2013 09 h 05

    etrange

    elle est toujours vivante, pourqouoi ne pas la demander directemment si elle est poir ou contre la charte?

    • Émile Essent - Inscrit 16 novembre 2013 14 h 56

      Probablement parce que l'idée de cet (excellent) texte n'est pas tant de deviner ce qu'une personne (Nussbaum) mais plutôt d'utiliser ses écrits pour éclairer la situation actuelle. Il s'agit donc plus de faire parler les écrits de Nussbaum que de faire parler la personne elle-même ce qui, comme vous le faites remarquer, serait également envisageable (on ne peut pas écarter que Martha Nussbaum ne s'exprime directement si elle le souhaite). Lorsqu'un intellectuel écrit un texte à portée théorique, comme c'est le cas ici, le texte peut être repris dans un contexte concret. C'est l'exercice que fait ici Ryoa Chung.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 novembre 2013 10 h 46

      Cet article m'apparait plutôt comme l'instrumentalisation d'un texte de quelqu'un pour mousser une position personnelle.

  • Ginette Cartier - Abonnée 16 novembre 2013 09 h 27

    Une argumentation à la conclusion érronée

    Curieux votre conclusion Mme Chung... À moins d'avoir mal compris les éléments de votre argumentaire, j'en tirerais plutôt la conclusion contraire: Mme Nuusbaum aurait marché avec les Janette. Je reprends ici quelques éléments de votre texte soutenant ma conclusion:

    "Selon Okin, la protection des droits collectifs des minorités culturelles au nom du multiculturalisme met en péril la protection des droits individuels des femmes, qui risquent d’être soumises à des schèmes culturels les assujettissant au sein de communautés fermées, reléguées à la sphère privée, échappant ainsi à la vigilance et aux politiques de l’État dans le domaine public."

    "À ses yeux [Nuusbaum], il va de soi qu’au sein d’une démocratie libérale, les principes de justice confor­mes au respect des libertés individuelles et de la laïcité exigent la neutralité de l’État devant le pluralisme et au nom du principe de tolérance qui constitue la vertu cardinale du libéralisme politique découlant de la séparation de l’Église et de l’État."

    • Marc Lacroix - Abonné 16 novembre 2013 13 h 48

      Mme Cartier, je suis tout à fait de votre avis; la phrase qui à mon sens parait déterminante dans ce processus est la suivante:

      "[...] une lutte pour les capabilités de base afin que les femmes puissent exercer leur liberté et décider par et pour elles-mêmes ce qu’elles feront de leur vie."

      Imaginons quelques instants qu'une femme philosophe dans l'âme, mais qui tend vers une religion quelconque plutôt intégriste:
      - cette femme peut effectivement décider que pour elle le choix religieux correspond bien à sa volonté;
      - toutefois cette philosophe se posera la question suivante:"quel est le choix que l'état devrait faire qui laissera ouvert les "plus grandes capabilités, pour moi, mes filles, ou toute autre femme ?";
      - de se retrouver dans un milieu intégriste ne partageant aucunement l'amour de la philosophie de cette femme aboutirait à des choix très restreints, pour elle, ses proches, et aussi pour la société qui accepte les choix plus radicaux (accepter l'intolérance au nom de la tolérance aboutie à une aporie, un paradoxe);
      - assurément, les deux cheminements, soit conserver la possibilité de l'adoption "d'une voie intégriste" ou la limitation du "choix de la voie intégriste" aboutissent à certaines restrictions, mais entre deux choix difficiles, il est préférable de choisir "le moins pire";
      - elle devrait choisir la voie qui exige de l'état qu'il soit neutre devant le pluralisme, quitte à imposer certaines limitations aux individus.

      Je ne suis pas philosophe, mais je ne peux comprendre pourquoi Mme Chung en arrive à s'opposer au choix des Janette ! On peut penser que l'acceptation du voile n'est pas encore celui de la "burqa", toutefois nous tombons dans une évaluation de "degré d'intégrisme" et le problème devient autre.

    • Denis Therrien - Inscrit 16 novembre 2013 16 h 52

      Madame Cartier, je crois que vous n'avez pas la même conception de la neutralité de l'État que madame Chung de même que Martha Nussbaum d'après ma lecture.

      Le texte de madame Chung me laisse croire que Martha Nussbaum jugerais la charte du PQ comme étant paternaliste. Vous n'êtes pas obligée d'être d'accord avec elle.

      Un ouvrage de madame Nussbaum au lien suivant :

      http://lectures.revues.org/12530

      'Martha Nussbaum, philosophe américaine célèbre notamment pour son travail sur le concept de capabilité1, défend dans son dernier ouvrage une liberté religieuse proche du modèle américain contre un modèle européen moins ouvert à la diversité et parfois liberticide.''

      C'est sûr que l'on peut avoir deux personnes se réclamant de la neutralité de l'État et de la séparation de l'Église et de l'État avec des opinions complètement opposées. à mon avis, madame Chung et Nussbaum ont à peu près la même opinion et c'est tout.

      L'opinion d'une philosophe, son intelligence, ses arguments cela ne veut pas dire pour autant qu'elle a nécessairement raison.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 novembre 2013 13 h 10

      @ Denis Therrien

      « Martha Nussbaum, philosophe américaine célèbre notamment pour son travail sur le concept de capabilité, défend dans son dernier ouvrage une liberté religieuse proche du modèle américain contre un modèle européen moins ouvert à la diversité et parfois liberticide. »

      Le problème est que le « mur de Jefferson », soit la séparation du pouvoir religieux de celui de l'État n'existe plus aux États-Unis. Petit à petit, ce qui constituait une murale entre l’Église et l’État et qui était la norme nationale a été éradiquée de la sphère étatique américaine par les intégristes religieux de tout acabit. On ne reconnaît plus cette république de Thomas Jefferson, de Benjamin Franklin, de John Adams, de Thomas Paine, de James Madison et des autres artisans de la constitution américaine, mais plutôt celle des fondamentalistes comme Georges W. Bush et compagnie. Curieux tout de même, on pourrait même affirmer que le déclin de l'empire américain coïncide avec la montée de l'intégriste religieux aux États-Unis. Et lorsque la pensée rationnelle fait place à des amis imaginaires qui délimitent les droits des femmes au niveau sociétal afin de satisfaire une morale religieuse, l'émancipation féminine au niveau individuel et collectif est réduite à néant.

      Alors, quoi de plus normal que d'entendre ce discours de Mme Nussbaum puisque qu'il ne découle pas d'une expression de neutralité citoyenne, mais plutôt teinté de religiosité dogmatique et doctrinaire.

    • Denis Therrien - Inscrit 17 novembre 2013 16 h 59

      @Cyril Dionne

      Le lien que je propose est un compte rendu de lecture par Ygaël Attali, j'ai choisi un extrait du début de l'article car il me semble bien résumer l'esprit de cet ouvrage.

      Par contre, vous pouvez continuer la lecture et vous voyez qu'Attali est aussi critique face à l'ouvrage de Nussbaum et pose des questions pertinentes.

      Alors Attali marcherait avec les Janette, il serait en faveur de la charte ? Là cela devient un jeu de deviner les positions politiques des auteurs mais on peut deviner qu'il est plus près des Janette que madame Nussbaum ou madame Chung. Et après ?

      La thèse de doctorat d'Attali semble aussi intéressante : '' Sa thèse porte sur les rapports à la fois complémentaires et antagonistes entre le multiculturalisme et l’interculturalité.''

  • Christian Méthot - Inscrit 16 novembre 2013 10 h 20

    Les notions intéressantes

    Merci beaucoup Mme Chung pour ce très intéressant devoir de philo.

    J'avoue que j'ai beaucoup de difficulté à comprendre en quoi la charte de la laïcité protégera les femmes et disons le (parce que ce sont elles que la charte vise), les femmes voilées de confession musulmane. Il me semble que cette charte sera au contraire un obstacle à leur intégration et favorisera la ghettoïsation, en leur fermant les portes du secteur public et para-public, où elles peuvent avoir un emploi intéressant, valorisant et socialement utile.

    Je ne comprends pas non plus en quoi la charte permettra de défendre des femmes opprimées dans leur milieu social d'origine. Si on ferme les portes de la fonction publique à ces femmes, on réduit justement leur "capabilité", (pour renprendre le concept que vous mettez de l'avant), et on les place alors dans une situation de "préférences adapatatives appauvries", ce qui est contraire à l'esprit du libéralisme. Je crois qu'elles ont alors moins de chance de pouvoir se sortir de leur milieu social d'origine, si celui-ci les opprime.

    Bref, merci de nous avoir donné les notions qui nous permettent de mieux réfléchir aux conséquences de l'application de la charte.

    • Georges LeSueur - Inscrit 16 novembre 2013 14 h 06

      Le voile est facteur de ghettoïsation en désignant celles qui se veulent différentes des autres, comme il l'est pour celles qui préféreront (ou seront poussées à...) perdre leur emploi pour garder leur hijab.

    • Hubert Collin - Inscrit 16 novembre 2013 15 h 37

      La charte ne vise pas à défendre les femmes opprimées dans leurs vies privées. Ce n'est pas l'objectif du gouvernement et une telle visée ne fait pas partie du discours gouvernemental entourant la charte. Seul les gens qui cherchent des arguments contre la charte imaginent cette supposée vélléité pour ensuite faire l'hypothèse qu'elle ne fonctionnera pas.

      Le gouvernement n'a pas à se mêleer de la vie privée des gens. Ce qu'il peut faire, toutefois, et ce qu'il doit faire, c'est envoyer un message clair à la population actuelle et aux nouveaux arrivants via les lois votées démocratiquement. Ce message est fort simple: "Toute discrimination fondée sur le sexe, sur l'orientation sexuelle, etc. ne peut être tolérée ni cautionnée par l'État. Vous pouvez travaillez pour la fonction publique si vous le voulez, mais vous ne pouvez pas porter des signes ostentatoires dont la signification symbolique pointe est problématique à ce chapitre."

    • Claude Bernard - Abonné 16 novembre 2013 18 h 51

      @ M. Hubert Collin,

      On ne peut faire abstraction des conséquences de la Charte et le gouvernement à bel et bien le devoir de défendre les femmes opprimées. La Charte fait éxactement le contraire.
      Cette Charte n'est justifiée que si un plus grand bien en résulte ou si une injustice est corrigée qui serait plus importants que ses effets négatifs (qui restent à mesurer), sur les capacités des musulmanes à s'intégrer par le travail.
      La Charte s'appliquant à toutes les religions, le message n'est pas ce que vous croyez. (voir par exemple la calotte ou le turban ou le col romain).

    • Christian Méthot - Inscrit 16 novembre 2013 19 h 13

      M. Collin, je ne comprends pas ce que la discrimation fondée sur le sexe ou sur l'oriention ajoute à votre argumentation. La charte des valeurs porte sur les symboles religieux ostentatoires.

      D'autre part, il faut savoir que l'intention de la loi et l'effet de la loi sont deux choses bien différentes. Par exemple, lorsque la ville vote une loi (démocratiquement) pour donner des amendes aux gens qui dorment sur des bancs de parc, on sait que cette mesure cible spécifiquement les itinérants. La charte des valeurs, même si elle veut se donner un caractère général, affectera dans les faits la charte des valeurs. Vous dites que le gouvernement n'a pas à se mêler de la vie privée des gens : mais c'est précisément ce qu'il fait.

      Ceci amène une autre réflexion : ce n'est pas parce qu'une loi est adoptée démocratiquement qu'elle est constitutionnelle. Autrement dit, les citoyens ont des droits et la majorité ne peut pas leur retirer même si elle le désire et le vote. On ne pourrait pas par exemple déposséder quelqu'un de sa maison ou de sa vie parce que la majorité l'a décidé ainsi.

      Cette charte est ridicule et sera rejetée par les tribunaux.

  • Monique St-Amand - Abonnée 16 novembre 2013 10 h 23

    sincères remerciements

    Merci beaucoup pour cette réflexion très éclairante sur le féminisme moderne.
    Celui qui peut tenir compte des différences sans faire de compromis. Celui qui évite le néo-colinialisme et autres "paternaismes". Celui qui ouvre ses yeux et son coeur pour apprendre des autres. Votre article m'offre une grande bouffée d'optimisme.

  • François Doyon - Inscrit 16 novembre 2013 11 h 32

    Une insulte pour Nussbaum

    Nussbaum est une auteur viavante et on se permet de parler à sa place! Ce texte dégouline d'arrogance. Je pourrais facilement partir des prémisses de Nussbaum et en déduire qu'elle devrait signer le manifeste des Janette... Mais je crois qu'on ne doit pas mettre des paroles dans la bouche des autres sans leur demander.

    • Louis Saint-Just - Inscrit 16 novembre 2013 17 h 04

      «Ce texte dégouline d'arrogance.»

      C'est facile à écrire, c'est percutant et cela vous donne un air déterminé et convaincant, Monsieur. Cependant, pouvez-vous faire la démonstration que ce texte dégouline bel et bien d'arrogance, et ce, posément ?

      En vous remerciant cordialement.

    • Nicole Bernier - Inscrite 16 novembre 2013 23 h 46

      M. Doyon... pour un lecteur du Devoir, c'est étonnant que vous remettiez en question tout travail spécifique de la classe des intellectuels... Nous sommes la civilisation qui dévalorise le plus les commentaires oraux pour valoriser les textes écrits... et nous ne pourrions plus faire des analyses à partir des théoriciens du social.

      Incroyable le niveau d'analyse de ces commentaires...