Simone de Beauvoir souhaiterait une décriminalisation de la prostitution

Photo: Illustration: Christian Tiffet

La prostitution au Canada fait les manchettes des journaux ces temps-ci puisqu’un cas présentement devant la Cour suprême en soulève l’aspect juridique et social. Que dirait la philosophe féministe Simone de Beauvoir (1908-1986) sur cette question ?

Pourquoi et comment est-il pertinent non seulement de considérer la philosophie, mais plus précisément une philosophe féministe en analysant la prostitution ? Osons la philosophie avec notre chère Simone de Beauvoir et considérons ce qu’elle dirait à l’égard des lois canadiennes sur la prostitution.

Il y a un débat sur la prostitution actuellement chez les féministes. Certaines prônent une position dite abolitionniste, voyant dans la prostitution l’exploitation de la femme et un symbole primordial de son oppression ; elles visent son interdiction totale.

S’opposent à ces abolitionnistes d’autres féministes (oui, il y a plusieurs types de féministes !), qui, elles, revendiquent les concepts clés d’autonomie corporelle et le droit au libre-choix afin de fonder une position qui défend le droit de pratiquer le travail du sexe. En ce moment, l’encadrement juridique de la prostitution se pose devant la Cour suprême.

Rappelons qu’au Canada, l’échange de services sexuels contre de l’argent est une activité tout à fait légale. En revanche, presque toutes les activités entourant la prostitution sont criminalisées : tenir une maison de débauche, vivre des fruits de la prostitution ou communiquer dans le but de faire de la prostitution.

Trois militantes - Terry Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott - contestent ces lois et avancent l’argument selon lequel celles-ci violent leurs droits fondamentaux, notamment le droit de la sécurité de la personne inscrit dans la Chartre canadienne. La Cour suprême entend évaluer la constitutionnalité de ces lois.

Quelle forme de féminisme Simone de Beauvoir aurait-elle défendue ? Quelle analyse peut-on faire sur le sujet à partir de sa pensée ?

Les savoirs engagés

Premièrement, Simone de Beauvoir s’introduirait-elle dans ce débat ? Si l’on se fie à ses écrits, mais aussi à ses engagements, c’est évident. À plusieurs reprises, notre philosophe a pris position publiquement afin d’intervenir dans les affaires politiques et juridiques.

Dans une cause célèbre, elle a rédigé la préface d’un livre de l’avocate Gisèle Halimi à l’égard de Djamila Boupacha, une jeune Algérienne torturée pendant la guerre d’Algérie. Dans un autre registre, en 1971, elle a rédigé un texte, Le manifeste des 343 salopes, qui comprenait les noms de 343 femmes avouant avoir avorté. À l’époque, l’avortement était illégal en France et le texte en revendiquait un accès libre, tout comme pour la contraception.

On voit bien que Simone de Beauvoir a fait des revendications politiques. En effet, sa production écrite critiquait des lois qui mettaient en danger la sécurité des femmes. L’écriture et la production du savoir sont mobilisées chez elle pour contrer les violences de l’État.

Le livre le plus connu de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949), constitue un survol impressionnant de la philosophie, de la littérature, de l’histoire et de la mythologie.

Cela conduit la philosophe à développer la thèse selon laquelle la femme est l’« Autre », celle qui n’est jamais considérée à part entière comme égale à l’homme. Qu’on parle de l’histoire, de la philosophie ou même de la biologie, Beauvoir démontre dans quel le mesure les fondements philosophiques de la science ne prennent en compte que la situation matérielle des hommes.

En bonne philosophe, elle met en relief le fait que la production du savoir est elle-même « contrainte ». Le premier tome présente les théories biologiques, anthropologiques, historiques et culturelles.

Dans le deuxième, l’auteure analyse les conditions actuelles d’existence des femmes (leur formation, leur situation et les justifications de leur position inférieure), avant de proposer sa théorie de la libération de la femme.

Cette oeuvre comprend un chapitre sur le sujet qui nous occupe ici : la prostitution. Rappelons que, dans la philosophie existentialiste, on ne s’arrête pas sur l’essence des personnes mais plutôt sur les conditions actuelles dans lesquelles elles vivent.

Comme Beauvoir l’écrit dans son essai Pour une morale de l’ambiguïté : « C’est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu’il nous faut puiser la force de vivre et les raisons d’agir. »

Examinant les conditions du travail des prostituées, Simone de Beauvoir met l’accent sur la stigmatisation profonde dont elles sont victimes, privées qu’elles sont des droits de la personne et du respect accordé aux autres femmes. Pourtant, elle ne condamne pas celles qui travaillent comme prostituées.

Reconnaissant leurs conditions matérielles, elle écrit : « Ce n’est pas leur situation morale et psychologique qui rend pénible l’existence des prostituées. C’est leur condition matérielle qui est dans la plupart des cas déplorable. »

La solidarité

Refusant le discours qui « psychologise » les victimes de la prostitution, Simone de Beauvoir souligne également la solidarité qui existe entre elles, soutenant que ces femmes construisent un « contre-univers » dans lequel elles retrouvent la dignité humaine. Elle constate que la plupart des prostituées sont « intégrées à une société qui réclame leurs services ».

Ici, le choix du langage n’est pas innocent : Beauvoir qualifie le travail des prostituées de « service » - et ce, des décennies avant le discours féministe qui désignera les « travailleuses du sexe », une expression qui commencera à être utilisée au cours des années 1980. Le recours à ce concept de service sexuel indique que, pour Beauvoir, les prostituées travaillent comme les autres femmes.

À cet égard, on peut imaginer que Simone de Beauvoir refuserait la position abolitionniste féministe sur la prostitution. Au contraire, elle revendiquerait le droit des femmes à travailler en toute liberté.

De plus, sa valorisation de leur solidarité la conduirait à critiquer des lois, comme celle sur les maisons de débauche, qui empêchent plusieurs fem mes de travailler ensemble, dans la même maison, afin d’accroître leur sécurité.

Beauvoir dénoncerait en définitive tout cadre juridique (tel que celui en place au Canada) exigeant que les « travailleuses du sexe » se retrouvent à exercer leur métier de manière isolée.

Son acceptation de la prostitution comme « service » ne signifie pas qu’elle tolérerait les injustices qui accablent ces femmes. Cela ne l’a pas empêchée, en son temps, de dénoncer le fait que la « basse prostitution » soit « soumise à l’arbitraire de la police ». Solidaire des femmes les plus pauvres et les plus visibles - celles qui travaillent dans la rue -, Simone de Beauvoir reconnaît que le cadre juridique les criminalise et les expose à la violence et au mépris de la part des autorités policières.

 

Données impressionnantes

En tenant compte de cette fine compréhension des rapports entre prostituées et policiers et devant la situation actuelle de la prostitution de rue au Canada, Simone de Beauvoir prônerait la mise en place d’un nouveau contexte juridique dans lequel les femmes n’hésiteraient plus à se confier à la police, chose impossible si les activités liées à la prostitution (telles que les communications) restent considérées comme criminelles.

De plus, comme scientifi que, chercheuse et philosophe existentialiste, Simone de Beauvoir plongerait dans le dossier présenté devant le tribunal dans le cas R. v. Bedford. L’ampleur des données est impressionnante : 25 000 pages comprenant des expertises, des témoignages de groupes communautaires ainsi que de prostituées de rue.

Lorsque l’affaire a été entendue en Cour supérieure de l’Ontario, la juge Himel a évalué toute cette documentation, concluant que les lois actuelles créent des conditions risquées pour les femmes, qui se retrouvent vulnérables devant la violence.

Nos lois sur les maisons de débauche interdisent à plusieurs femmes de travailler ensemble, les forçant à l’isolement ; celles sur la communication nuisent au bon dépistage des clients puisque les travailleuses sont limitées dans leurs communications.

Enfin, la législation sur les tierces parties empêche les travailleuses d’embaucher un chauffeur (puisqu’il serait considéré comme un proxénète). Cela aussi favorise l’isolement des travailleuses. Beauvoir apprécierait la quantité de l’information colligée, mais aussi sa qualité, car, ainsi, on peut mieux comprendre « les conditions d’existence » de ces femmes.

L’enjeu intellectuel, ici, est d’analyser « les conditions authentiques de notre vie ». Ces données nous font comprendre comment les lois canadiennes créent des conditions où les femmes sont à risque et comment leurs droits à la sécurité de la personne sont, en somme, bafoués.

La logique s’apparente à l’argumentation développée par Simone de Beauvoir dans le cas de l’avortement, où, en se fondant sur les données empiriques documentant les conditions de vie quotidiennes, elle dénoncerait un cadre légal stigmatisant les femmes et les privant de leurs droits fondamentaux.

Qui est l’«Autre»?

Outre ses propos en appui à la liberté des femmes - ce qui comprend celle des travailleuses du sexe -, le cadre théorique développé par Simone de Beauvoir soulève des questions fondamentales en ce qui a trait à la subjectivité humaine. Analysant les conditions existentielles des femmes, la philosophe cons tate dans quel le mesure elles sont positionnées com me étant l’« Autre » de l’hom me. Ce souci théorique apparaît également dans les débats féministes actuels sur la prostitution.

En effet, Beauvoir nous fait comprendre qu’une position féministe ne considérant la prostitution que sous l’angle de l’exploitation entretient la division - peut-être involontairement, certes - entre les féministes et les travailleuses du sexe.

La volonté de certaines féministes d’abolir la prostitution positionne-t-elle les travailleuses du sexe comme étant « Autres » ? Autrement dit des travailleuses à part, incapables de donner leur consentement aux relations sexuelles (rémunérées ou pas), simples victimes de l’idéologie patriarcale ?

Beauvoir nous oblige à nous interroger sur le sujet, à mieux comprendre le fondement implicite et théorique de l’« Autre » et à mieux cerner la cons truction épistémologique du « nous ».

La Cour suprême se penche actuellement sur la constitutionnalité des lois canadien nes sur la prostitution. Grâce aux thèses de Simone de Beauvoir, nous sommes mieux en mesure de saisir la discrimination vécue par les travailleuses du sexe.

Sa pensée nous encourage aussi à considérer la construction de l’« Autre » dans nos lois, nos systèmes politiques, nos mythes et nos histoires.

En somme, pour cette gran de philosophe, l’abolition des lois soumettant les fem mes à la violence représente un pas important pour leur libération, ce passage essentiel d’un « Autre » vers un sujet pleinement reconnu devant le droit et la société.


Viviane Namaste
Professeure titulaire, Institut Simone de Beauvoir, Université Concordia


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12 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 15 juin 2013 07 h 22

    Pas à moitié

    Est-ce parce que «dans la philosophie existentialiste, on ne s’arrête pas sur l’essence des personnes mais plutôt sur les conditions actuelles dans lesquelles elles vivent» qu'on ne s'interroge pas ici sur l'existence même du phénomène de la prostitution?

    Un peu comme si on ne s'était préoccupé que des conditions dans lesquelles vivaient les esclaves plutôt que de lutter pour l'abolition de l'esclavage...

    Des femmes de tous les milieux rêvent-elles, enfants, de devenir des «travaillleuses du sexe»?

    Si oui, qu'attend-on pour ouvrir des programmes de formation de ce métier dans les écoles avec un vrai titre (comme péripatechnicienne, mettons) et une corporation pour en protéger les intérêts?

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 juin 2013 15 h 59

      Votre comparaison est boiteuse. Le problème de l'esclave, c'est qu'il n'a pas de personnalité juridique. La femme qui se prostitue en a une. L'esclave ne se définit que par son travail, alors qu'on interdit à la prostituée de faire ce qu'elle considère comme son travail.

    • Gilles Landry - Inscrit 17 juin 2013 00 h 56

      @Sylvain Auclair

      Je trouve très appropriée cette comparaison avec l'esclavage. Qui définit l'esclave que par son travail? Son maître bien sûr! Qui définit la prostituée que par son travail? Son "agent" (pimp) bien sûr! Pour les "freelancers", son maître c'est aussi le client.

      Esclavage, très certainement! Une prostituée est dans presque tous les cas esclave d'elle-même par les nombreuses intoxications (addictions) liées à la pratique de la vente de son corps :
      -- esclave d'une décision initiale qu'elle finit tôt ou tard par regretter
      -- esclave de l'accès immediat à des sommes importantes d'argent, au mépris du besoin de s'appartenir en toute liberté et dignité, socialement.
      -- esclave de sa propre sexualité débridée, souvent déviante ou perverse
      -- esclave de la perpétuelle reconstitution des abus sexuels qu'elle a vécus durant son enfance
      -- esclave des perversions des clients
      -- esclave du milieu corrompu dans lequel elle devient inévitablement impliquée
      -- esclave de la dose quotidienne de drogue et qu'elle doit se payer, coûte que coûte, au mépris d'une détérioration progressive mais permanente de sa santé
      -- esclave du sentiment intérieurement enfoui de la honte liée aux actes souvent morbides qui finissent tôt ou tard par hanter son esprit.

      Comparaison boîteuse? Non. Lorsqu'une prostituée entre dans la chambre à coucher avec un (ou une) dépravé(e), sa "personnalité juridique", comme vous dites, n'a d'importance que pour ceux qui ne connaissent pas toute la souffrance et la condamnation que ce "métier sans corporation" peut apporter.

      @France Marcotte
      Je trouve votre commentaire tout à fait clair, approprié et même rassurant parce que simplement, c'est le GBS (gros bon sens) qui finit par s'exprimer par vos paroles . Pour Mme. de Beauvoir, on repassera. Merci!

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 juin 2013 13 h 47

      Non, monsieur Landry. Le rapport maître-esclave et celui entre un employé et un employeur, ou entre un contractuel et son donneur d'ordres ou client, ce n'est pas du tout la même chose. Et c'est la loi qui le dit. Et je crois, comme l'aurait, selon l'auteure de l'article, fait Mme de Beauvoir, que ce sont surtout les conditions dans lesquelles se passe la prostitution qui causent la plus grande part de la misère de ces filles (et de ces garçons, aussi: à ne pas oublier).

      Un esclave bien vêtu et bien nourri n'a pas plus de liberté qu'un autre. Une prostituée dans un milieu qu'elle contrôle et dont elle peut sortir sans risquer sa peau n'aura pas besoin de craindre pour sa vie (parce qu'il y a surveillance), de craindre la police (où elle peut aller se plaindre sans risquer de se faire coffrer) ou de se droguer.

      Si on avait dit aux mineurs du XIXe siècle ce qu'est aujourd'hui le travail dans une mine d'un pays développé, ils en seraient morts de frustration.

      En fait, si la prostitution s'apparente aujourd'hui à de l'esclavage, c'est parce qu'il est interdit et ne peut donc être que le fait du crime organisé.

      (Note: on écrit boiter et boiteux sans accent; le circonflexe n'est que sur le mot boîte [de carton, par exemple]).

    • Gilles Landry - Inscrit 17 juin 2013 22 h 57

      @ Sylvain Auclair

      En autorisant l’ouverture de bordel, les nouveaux entrepreneurs de l’industrie du sexe, pour utiliser leur langage, vont vouloir engager de la «viande fraîche» pour satisfaire leurs clients. Par «viande fraîche» on pense à des personnes de 18 à 23 ans en santé. Pour la majorité des personnes se prostituant dans la rue, l’entrée dans ces bordels leur sera refusée et elles devront continuer à exercer dans la rue. Dans les faits, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans!

      Pire, après un certain nombre d’années, lorsque les premières personnes ayant travaillé dans ces bordels commenceront à vieillir, les entrepreneurs qui veulent bien traiter leurs clients vont remplacer leurs personnels par des plus jeunes. Il y aura donc encore plus de personnes exerçant la prostitution dans les rues. Ceci se vérifie par les expériences des pays ayant légalisé la prostitution, depuis une dizaine d’années et qui se retrouvent avec 3 à 10 fois plus de prostitués de rue qu’avant la légalisation (Australie, Pays-Bas, Allemagne…).
      http://raymondviger.wordpress.com/2007/12/20/avons

      (Note: Je vous remercie pour votre petit cours de français. Vous êtes bien bon! J'en rougis encore : vous avez vraiment réussi à me mettre en boâte [de carton, par exemple]).

    • Gilles Landry - Inscrit 17 juin 2013 23 h 20

      @Sylvain Auclair

      Je ne saisis pas vraiment ce que vous voulez dire par : "Et je crois, comme l'aurait, selon l'auteure de l'article, fait Mme de Beauvoir, que ce sont surtout les conditions dans lesquelles se passe la prostitution qui causent la plus grande part de la misère de ces filles"

      Peut-être vouliez-vous dire: "Et je crois, comme l'aurait fait Mme de Beauvoir et selon l'auteure de l'article, que ce sont surtout les conditions dans lesquelles se passe la prostitution qui causent la plus grande part de la misère de ces filles."

      Mais si vous utilisez le verbe (commun) "faire" je ne suis plus certain de quel acte il s'agit. Syntaxe pour le moins ardue.

      N'empêche que vous rêvez si vous croyez que la légalisation changera les "conditions de travail" des prostitués...

  • France Marcotte - Abonnée 15 juin 2013 09 h 48

    Pas plus folles qu'un autre...

    Et pourquoi voir si petit?

    Je propose que le travail du sexe soit reconnu comme n'étant qu'une part d'un complexe plus grand qu'on pourrait appeler l'Industrie de la femme.

    Regrouper sous un même chapiteau tous les commerces de la séduction, des cosmétiques aux produits de beauté à la publicité pour la bière et les chars en passant par la lingerie fine, etc. etc...

    Des gens se rendent millionnaires sur notre peau. Si on ne peut rien y changer (le service social du sexe étant un service essentiel après tout), profitons-en nous-mêmes!

    Y'a une petite fortune à faire, les filles!

    On pourra toutes envoyer nos enfants à l'université, peu importe les hausses de droits de scolarité!

  • Johanne St-Amour - Abonnée 15 juin 2013 10 h 15

    Aller chercher les arguments dont on a besoin!

    Je suis d'accord avec vous Mme Marcotte.

    Mais aussi, Mme Namaste, de toute évidence a repris les revendications des personnes qui désirent la décriminalisation pour "accoler" des propos de Mme de Beauvoir afin de justifier sa position!!! Dérisoire! Et pas tellement critique!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 juin 2013 07 h 42

    Etrange !

    « Cela conduit la philosophe à développer la thèse selon laquelle la femme est l’« Autre », celle qui n’est jamais considérée à part entière comme égale à l’homme. » (Viviane Namaste, professeur titulaire, UC)

    Bien que cette auteure pourrait ou non dénoncer tout cadre juridique relatif aux activités des « travailleuses du sexe », il est difficile de comprendre que, de ce fait, la femme serait ou continue d’être « Autre » que l’homme (autrement l’égale de l’homme ?) ; « Autre », une expression habituellement associée au monde de l’absolu !

    Etrange ! - 17 juin 2013 -

  • Johanne St-Amour - Abonnée 17 juin 2013 21 h 02

    "Nous vivons toutes dans un monde patriarcal"

    Mme Namasté, vous auriez eu intérêt à lire cette critique de Marie-Victoire Louis sur les propos de Simone de Beauvoir :

    "Le féminisme de Simone de Beauvoir, comme processus collectif de libération des femmes, s’est donc construit sur cette impasse, à savoir que sa critique de la sexualité masculine s’est globalement maintenue dans le cadre même de ses manifestations socialement et sexuellement dominantes.

    Elle n’a donc pas pu remettre en cause la prostitution comme « un droit de l’homme ».

    Elle n’a donc pas pu penser un féminisme qui concernerait toutes les femmes sans exception.

    À l’inverse, en distinguant les femmes dites honnêtes des femmes dites prostituées, et parmi les personnes prostituées, en les distinguant les unes des autres, sans vouloir voir ce qui unit toutes les femmes, à savoir que nous vivons toutes dans un monde patriarcal dont le système prostitutionnel est le fondement, Simone de Beauvoir a ouvert la voie aux analyses qui aujourd’hui peuvent s’affirmer féministes tout en cautionnant le bien-fondé du système prostitutionnel."

    Ici: http://sisyphe.org/spip.php?article2029