Le Devoir de philo - Robert Nozick contre la fusion Bell-Astral

Dès les premières pages de son ouvrage Anarchie, État et Utopie, Nozick écrit que l’État ne doit intervenir que dans ses étroites fonctions de protection contre la force, le vol, la fraude, l’application des contrats et toute autre injustice - selon sa conception libertarienne stricte de la justice.
Photo: Illustration Tiffet Dès les premières pages de son ouvrage Anarchie, État et Utopie, Nozick écrit que l’État ne doit intervenir que dans ses étroites fonctions de protection contre la force, le vol, la fraude, l’application des contrats et toute autre injustice - selon sa conception libertarienne stricte de la justice.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Pour le philosophe américain Robert Nozick (1938-2002), la liberté est une valeur fondamentale qui ne peut faire l’objet de quelque compromis, et ce, même au profit de principes égalitaires, comme le souhaitent plusieurs libéraux partisans de l’État-providence.


C’est à partir de cette idée que le principal représentant du libertarisme défendra, dans son ouvrage Anarchie, État et Utopie, un État qui se veut minimal, gardant toutefois le droit d’intervenir pour compenser une situation injuste, qualificatif qu’aurait certainement utilisé Nozick pour décrire la concurrence déloyale dont Bell aurait fait preuve à la suite de l’acquisition d’Astral.


La pensée libertarienne n’est évidemment pas la première en philosophie politique à proposer une défense du libre marché. Les utilitaristes, par exemple, vont y être amenés pour des raisons strictement contingentes, à savoir qu’il maximise l’intérêt du plus grand nombre durant une période donnée.


Nozick se détache toutefois de ce type d’argument et fait preuve d’originalité en se basant sur les mécanismes intrinsèquement justes que procure un marché libre de restrictions.


Partant du principe que la liberté est une valeur fondamentale, combiné au fait que le fonctionnement sans entrave du marché implique une plus grande liberté, il s’ensuit que la défense du libre marché devient une nécessité morale pour préserver la liberté individuelle.


C’est précisément dans cette optique que, selon nous, Nozick se prononcerait sans aucun doute en faveur de la décision rendue dernièrement par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC), qui s’est opposé à la transaction Bell-Astral.


Bell, qui est d’ores et déjà une des plus grandes entreprises canadiennes en médias et qui détient un pouvoir commercial énorme, aurait été, si la transaction avait été approuvée et contrairement aux dires de son p.-d.g., en position de mener une concurrence déloyale à ses concurrents.


Plus précisément, Nozick, comme tout libertarien bon teint, dénoncerait le danger que des individus ne soient plus en mesure de choisir librement leurs médias à des tarifs accessibles grâce à une saine concurrence.


Par exemple, Bell détient actuellement 33,7 % des parts du marché de la télévision de langue anglaise au Canada et en aurait détenu 42,7 % après la transaction. Même dans une guerre de chiffres qui verrait ceux-ci légèrement varier, ces données dépassent de loin le seuil d’une saine concurrence aux yeux du CRTC, soit la proportion de 35 %.


C’est d’ailleurs ce même pourcentage limite que détient Québecor pour les diffusions offertes aux téléspectateurs québécois. Avec une si grande concentration des parts du marché, il serait évidemment aisé pour une entreprise de faire du dumping publicitaire aux dépens de ses concurrents.


Une autre façon d’offrir une concurrence déloyale pourrait aussi se traduire par la proposition de package deal, c’est-à-dire des forfaits qui engloberaient une panoplie de services (complètement hors d’atteinte pour les concurrents) offerts parmi l’ensemble de Bell.


On voit bien que, peu importe la stratégie marketing que l’entreprise utiliserait pour maximiser sa position dans le marché, c’est la préservation de la liberté individuelle (de choix), prémisse morale fondatrice pour les libertariens, qui serait remise en cause.


 

Non-respect des choix individuels


Si la pensée libertarienne rejette du revers de la main les idées libérales, elle reprend toutefois leur postulat conférant une autonomie à « l’agent », celui-ci étant mieux placé que quiconque pour affirmer ses préférences et faire des choix.


Par conséquent, toute situation où l’individu est contraint dans ses choix, c’est-à-dire qu’il ne peut plus exprimer librement ses préférences, sera qualifiée d’injuste. Pour Nozick, un État qui con traint ses citoyens dans l’exercice de leurs choix fait preu ve de ce qu’il nomme le paternalisme.


Ainsi, le gouvernement du Québec est paternel en obligeant les citoyens à financer le système de santé par une taxe qui ne correspond pas au choix qu’aurait fait l’ensemble des Québécois. Certains d’entre eux auraient assurément préféré utiliser cette somme d’une autre façon (en fonction des préférences propres aux individus).


Ce paternalisme, qui brime l’autonomie conférée aux agents, apparaît de façon évidente (dans le cas contraire, la droite québécoise nous le rappelle assez rapidement) lorsqu’il provient du gouvernement, mais ne viole pas moins la liberté individuelle lorsqu’il émerge du secteur privé. Notons que, dans ce cas, personne n’ose parler de « paternalisme », mais davantage de monopole…


Sans être un cas de monopole à proprement parler, la transaction de Bell-Astral s’apparente bien à cette idée de Nozick. Si le CRTC n’avait pas refusé l’offre d’achat de Bell et que l’entreprise avait obtenu la part du marché que lui aurait procurée l’acquisition d’Astral, les individus se seraient vraisemblablement vus « paternalisés » par la compagnie privée au sens où, indépendamment de leurs préférences, leur choix quant à un service médiatique aurait été contraint par la position dominante de Bell sur le marché.


Dans cette situation d’injustice, le rétablissement d’une saine compétition permettant aux autres entreprises d’être en situation de concurrence et de proposer des options multiples raisonnables apparaît, d’un point de vue libertarien, comme la seule solution envisageable. En somme, il s’agit tout simplement de revenir au libre marché, garant d’une plus grande liberté et du respect des préférences individuelles. « Regardez comment le marché se veut neutre en matière de désirs individuels », insiste Nozick.


 

État minimal, mécanisme d’intervention et paradoxe


Le philosophe se serait donc positionné en faveur de l’intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral, notamment parce que l’organisme public a permis de maintenir un libre marché sans concurrence déloyale et a préservé la liberté de choix.


Toutefois, l’intervention publique n’est évidemment pas la priorité pour un libertarien. Dès les premières pages de son ouvrage Anarchie, État et Utopie, Nozick écrit que l’État ne doit intervenir que dans ses étroites fonctions de protection contre la force, le vol, la fraude, l’application des con trats et toute autre injustice - selon sa conception libertarienne stricte de la justice.


En d’autres mots, sous aucun prétexte de quelque principe d’égalité (des chances, par exemple) l’intervention étatique n’est légitime, qui glisserait dès lors dans une forme de paternalisme. « Aucun principe de justice distributive égalitaire mis en modèle ne peut être appliqué de façon continue sans une intervention continue - paternaliste - dans la vie des gens », résume Nozick.


Par exemple, la santé et l’éducation sont des domaines qui débordent des fonctions de l’État libertarien. Collectiviser les risques en matière de santé et obliger les individus à financer le système, ce n’est rien de moins que faire preuve d’un non-respect à l’égard des préférences individuelles, de l’autonomie de l’agent, et brimer les gens dans leur liberté.


Il ne peut y avoir de compromis entre les idéaux moraux que sont la liberté et l’égalité ; on dira donc que le libertarisme se veut une théorie de la liberté, et non pas de l’égalité. La seule manière de concevoir la pensée de Nozick en termes égalitaires est par l’idée qu’aucune vie ne vaut moralement plus qu’une autre.


C’est en ce sens que Nozick défendra un État qu’il qualifie de « minimal ». On peut toutefois constater un certain paradoxe dans l’argumentation de l’auteur. Ce dernier légitime une action coercitive de l’État dans la mesure où elle vise à corriger une situation injuste (une concurrence déloyale, dans ce cas-ci), mais ne permet pas l’instauration de mécanismes d’intervention (com me le CRTC), de par sa conception minimale de l’État.


Il y a fort à parier qu’un gouvernement proposant de lever les impôts pour instaurer des institutions, même si elles avaient comme mission de faire appliquer des principes généralement acceptés par les libertariens, se heurterait à des critiques d’un Nozick lui reprochant de paternaliser la population.


On peut donc y voir une certaine « circularité », ou encore un paradoxe dans son argumentation, au sens où l’injustice doit être corrigée par l’intervention de l’État, mais que la conception minimale de l’État rend illégitime toute tentative de fortifier l’appareil étatique pour mieux réagir en cas d’injustice, comme ce à quoi aurait mené l’acquisition d’Astral par Bell.


***
 

Jean-François Daoust - Étudiant en science politique et en philosophie à l’Université

de Montréal

16 commentaires
  • Andrée-Ann Métivier - Inscrite 1 décembre 2012 09 h 10

    Projet de société

    "Ainsi, le gouvernement du Québec est paternel en obligeant les citoyens à financer le système de santé par une taxe qui ne correspond pas au choix qu’aurait fait l’ensemble des Québécois. Certains d’entre eux auraient assurément préféré utiliser cette somme d’une autre façon (en fonction des préférences propres aux individus)."

    Les projets sociaux, les politiques qui visent à créer un vivre ensemble plus juste ou la constitution de la société tout court ne devraient, selon vous, relever que du choix personnel? Le choix individuel, finalement, prime sur le choix social, qui lui est perçu comme une contrainte? Croyez-vous vraiment qu'il faille attendre qu'individuellement se dessine un projet de société pour qu'il soit légitime de le faire advenir? Et d'ailleurs, pourquoi opposer de la sorte l'individuel et l'État (qui représente le collectif), comme si l'un n'était pas déjà l'autre.
    Cela me semble assez curieux, d'autant plus que cela suppose que le choix individuel, sans prétendue contrainte extérieure, représente vraiment un choix plus libre...comme si l'individu n'était pas déjà "pris" dans le social et déterminé dans ses choix.
    Aussi, vous donner au paternalisme un statut d'injustice qui va même au-delà de l'injustice des inégalités sociales (ce que vous dîtes explicitement il me semble) risquant de ce fait un égoïsme (ou un je-m'en-foutisme), vous m'en excuserez, assez fort. "Financer le système de santé ne fait pas partie de mes préférences, veuillez donc ne pas brimer ma liberté": tel est grossièrement l'attitude dont vous dressez le portrait dans votre texte.
    Peut-être faudrait-il penser une liberté moins négative (absence de contraintes). Ou peut-être faudrait-il d'abord commencer par définir ce que vous entendez par là, comme si la notion allait de soi et comme si tous avaient le même sentiment que la liberté se trouve là où nous sommes face au plus grand nombre possible de choix.
    Merci de préciser ce qui relève peut-être de l'incompréhension.

    • Michel Mongeau - Abonné 1 décembre 2012 12 h 36

      Madame Métivier,
      Monsieur Daoust n'expose pas, dans ce texte, sa propre pensée. Il propose une ''application'' de la pensée de Nozick à ce problème spécifique auquel a fait face récemment le CRTC. Deux niveaux de discours!

    • Andrée-Ann Métivier - Inscrite 1 décembre 2012 16 h 45

      C'est tout de même M. Daoust qui a décider de prendre cet auteur pour soutenir un propos. Il est impossible de séparer les deux à ce point, puisque de toutes façons ce n'est pas la pensée de Nozick qui est ici présentée, mais bien son interprétation par l'auteur de l'article. Aussi, je ne peux m'adresser à Nozick, mais qu'à M. Daoust dans ce commentaire. Et j'y essaie non pas de savoir ce que pense précisément l'auteur, mais tout simplement de voir les implications que soulèvent son texte, texte dont il en demeure l'auteur.

    • Michel Mongeau - Abonné 2 décembre 2012 09 h 56

      Madame Métivier,Bis
      J'ai écrit des textes sur nombre d'auteurs dont je ne partageais point la perspective. Entre un auteur et son ''objet'', il y a souvent un intérêt, une curiosité, un désir de préciser certaines thèses et parfois même un antagonisme qui pousse à vouloir mieux connaitre ce à quoi on s'oppose. Alors, svp, tenons compte de ce pluralisme de motivations.

    • Christian Méthot - Inscrit 2 décembre 2012 11 h 33

      Mme Métivier, il faut savoir que les libertariens n'admettent pas l'idée de contrainte extérieure ou de contrainte sociale. Le libertarisme n'est pas fondé sur des arguements scientifiques, mais sur des arguments idéologiques.
      Toutes les actions sont uniquement le fait de celui qui les pose et celui-ci en porte l'entière responsabilité.
      Quant M. Daoust parle du paternalisme de l'État qui force tout le monde à contribuer à un système de santé universel, il ne fait qu'utiliser un exemple bien connu chez les libertariens.
      Je pense toutefois que les libertariens ont le mérite de nous rappeler qu'avec la notion de liberté, vient aussi la notion de responsabilité, que l'on a souvent tendance à éluder de nos jours.

  • Serge Grenier - Inscrit 1 décembre 2012 09 h 50

    La liberté de quoi ?

    La liberté fondamentale, c'est pas celle de choisir entre plusieurs fournisseurs de produits et services, c'est celle d'avoir une place dans la société et de pouvoir l'assumer pleinement. En fait, l'amour est plus fondamental que la liberté, surtout que la liberté offerte sur le «marché».

    Pour une personne qui vit seule sur une île déserte, la notion de liberté n'a aucun sens. La liberté n'a de sens que dans le rapport d'un individu avec les autres. Or, dans le vision de Robert Nozick, telle que rapportée par Jean-François Daoust, l'individu est considéré seul en relation avec le marché. On ignore complètement toute la dimension humaine de la relation avec la communauté et de la participation citoyenne au bien commun.

    Limiter la liberté fondamentale à la possibilité de changer de poste, c'est avoir une bien piètre opinion de la place de l'être humain dans l'univers.

    • Christian Méthot - Inscrit 2 décembre 2012 11 h 49

      C'est peut-être que vous et les libertariens ne partagez pas la même vision de la liberté.
      La liberté prônée par les libertariens n'est pas seulement celle de pouvoir acheter, vendre, etc. sur un marché libre, mais aussi de pouvoir prendre les décisions qui nous regardent sur une foule d'aspects : religion, consommation d'alcool et de drogues, orientation sexuelle, choix de la langue, etc.
      Les libertariens ne croient tout simplement pas que l'État soit apte à prendre les bonnes décisions pour le bien commun : au contraire, ses interventions ne font que nuire à tous, en limitant l'initiative individuelle, la créativité, etc.
      Mais au fait, qu'est-ce exactement que la liberté fondamentale ?
      Je pose cette question en toute modestie et seulement pour stimuler le débat, je ne suis pas libertarien...

  • Michel Mongeau - Abonné 1 décembre 2012 10 h 40

    Le CRTC, pour un nozickien, serait-il légitime?

    Monsieur Daoust,
    En raison du paradoxe que vous présentez à juste titre, je pense que nous pourrions raisonnablement douter, à la place d'un nozickien de stricte obédience, de la légitimité d'un organisme gouvernemental tel que le CRTC. Entre l'impératif de l'État minimal, au nom de la liberté, et celui d'une intervention étatique minimale dans le but de préserver cette même liberté fondatrice, nous pouvons nous demander s'il n'appartiendrait pas plutôt aux usagers de déterminer par leurs choix, leur accord ou désaccord avec l'évidente concentration des pouvoirs d'une chaine médiatique comme BCE. La concurrence qu'acceptent les partisans de Nozick, n'implique t-elle pas la possibilité que se constituent des puissances financières plus fortes que leur concurrence? Enfin, j'imagine qu'il y aurait matière à débat entre membres de cette famille politico-économique.

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 décembre 2012 12 h 18

    Je ne suis pas d'accord avec votre analyse

    Je crois que les libertariens ne se préoccupent pas beaucoup des clients, à moins qu'ils ne soient forcés d'acheter, comme dans le cas des contribuables et de l'État. Or, personne n'est forcé de regarder la télé ou d'acheter de la pub. Par contre, si on interdisait à MM. Greenberg et aux autres actionnaires d'Astral de faire ce qu'ils veulent de leur bien, là, ce serait grave. Par conséquent, je crois que M. Nozick serait contre l'existence même du CRTC, sauf peut-être pour gérer l'attribution des fréquences radio sur un marché libre. Et si les grandes chaînes ne veulent pas desservir certaines communautés, tant pis pour elles.

  • Pierre-Alexandre Cardinal - Inscrit 1 décembre 2012 17 h 33

    L'erreur critique et fondamental des libertaires...

    ... est leur acceptation sans aucune retenue, de façon quasi-orthodoxe du système monétaire. Par l'acceptation du marché et de son médium d'intermédiation des relations, l'argent, le libertarisme à la Nozick ébranle toute la structure de son argumentation. En positionnant l'État en tant que régulateur des «fautes» ou défaillances du système, on ne pose pas un regard critique sur le système; on ne fait qu'en accepter les défauts. En fait, l'État libertaire se retrouve à être un tout petit «plaster» sur un bras coupé - la blessure ne se soignera pas ainsi.

    En fait, pour en revenir à un mot employé plus tôt, et au commentaire de M. Grenier, le problème fondamental, le fléau du libertarisme est son acceptation de la médiation des relations humaines par le médium de l'argent. L'utilisation de l'argent dans un système instaure dès sa création une relation d'oppression entre le créateur, celui qui décide de la valeur du médium, et celui qui l'utilise; le second se soumet au bon vouloir et aux bonnes graces du premier. Ainsi, que le «créateur» soit l'État ou un autre, le problème demeure; le «réparateur» pour Nozick, l'État, se doit de venir réparer les dommages et réinstaurer une pseudo-liberté qui en fait n'existe pas, vu l'existence de l'argent et de sa médiation oppressive, avec des moyens que l'on a sabré, pour conserver la liberté d'un acteur qui, je le repète encore, n'éxiste pas.

    Donc, le libertarisme à la Nozick, si prisé par la droite contemporaine comme instrument de légitimité pour l'austérité et leurs autres pratiques douteuses, est pris dans son propre guet-apens, qui, à mon avis, ressemble beaucoup à un biais idéologique menant à une faille intellctuelle ayant des répercussions réelles importantes.

    Pour revenir au commentaire de M. Grenier, l'Amour (sur lequel je vous renvois à une conférence très intéressante donnée par Michael Hardt - voir sur youtube) est un moyen de médiation bien plus adapté que le système monétaire sur lequel s'appuie Nozick.

    • Patrick González - Inscrit 2 décembre 2012 10 h 07

      La monnaie est employée depuis au moins 600 ans avant Jésus-Christ. Si c'était toxique, cela se saurait. Le libertarisme a bien des flancs ouverts à la critique mais "la médiation des relations humaines par le médium de l'argent" n'en est pas un. Toutes les relations humaines impersonnelles sont arbitrées par l'argent. On peut rêver d'autre chose mais alors on écrit des scénari pour Star Trek.

    • Pierre-Alexandre Cardinal - Inscrit 2 décembre 2012 23 h 34

      Parce que tout est nécessairement de notoriété public et qu'il n'y qu'une seule lecture possible de l'histoire!?!

      L'argent existe depuis bien plus longtemps...

      Toutes les relations humaines impersonelles... sont elles humaines ou impersonnelles? Pourquoi ne sommes-nous pas capable de ne tout simplement pas "arbitrer" nos relations, et de simplement les vivres, en tant qu'êtres humains, d'un être à un autre?

      C'est de vivre avec la médiation en prenant pour acquis l'être humain qui se cache derrière (ou en le voyant tout simplement pas) et en vivant ainsi au dessus de nos moyens qui relève du «scénario Star Trek» selon moi, si je comprends bien la référence.

    • Patrick González - Inscrit 3 décembre 2012 10 h 10

      Les plus anciennes pièces de monnaie jamais trouvées ont été frappées par les rois lydiens à cette époque (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Gygès). Si vous déneigez l'entrée de votre voisin pour lui rendre service et qu'il tond votre gazon l'été suivant par réciprocité, vous avez là une relation personnelle qui ne commande pas le recours à la monnaie. Mais lorsque vous vous procurez un téléphone cellulaire, il est impossible pour vous de faire preuve de réciprocité envers toutes les personnes qui vous ont permis d'acquérir ce bien, depuis le concepteur de l'appareil au détaillant du centre d'achat dans sa guérite, en passant par le grossistes et la dame qui a assemblé l'appareil dans une manufacture au Vietnam. C'est la monnaie qui vous permet d'être en relation (impersonnelle) avec tous ces gens. Il est difficile d'imaginer un monde sans monnaie mais ceux qui s'y essaient formulent le plus souvent un système qui trouve sa place dans Star Trek : une espèce de banque hypercentralisée qui garderait le compte de toutes les transactions humaines. Ce système différerait de la monnaie parce qu'il ne serait pas anonyme (l'argent y aurait une odeur).

    • Pierre-Alexandre Cardinal - Inscrit 5 décembre 2012 09 h 15

      À mon avis, la relation médiée par l'argent ne fait que conserver les structures oppressives, plus ou moins existantes dans les premiers rapports décrits, selon notre point de vue, mais qui existent fondamentalement lorsque l'on prend en compte l'extraterritorialisation vers d'autres pays. La socialisation par un habitus culturel comme le capitalisme, le système de marché, ou l'argent, laisse, à mon avis, se développer un cynisme fondamental qui prend "l'argent" (ou ses ramifications symboliques de puissance sociale, renommée, ou autress) pour acquis en tant que fin et non comme moyen.

      C'est pour cela que je crois que l'intermédiation doit être ré-humanisée et dé-monétarisée.

    • Patrick González - Inscrit 5 décembre 2012 18 h 47

      Vous devez distinguer les relations personnelles des relations impersonnelles. Vous connaissez les premières, les secondes vous sont étrangères par définition. Vous ne pouvez les appréhender que par des statistiques. Avez-vous écouté le discours d'Obama qui a suscité tant de controverse sur les entrepreneurs (You didn't build that - Wikipedia, the free encyclopedia) ? Il évoquait des relations impersonnelles et ses opposants l'ont pris personnel… Je n'ai rien à dire contre vos théories sur les ramifications symboliques de l'argent dans les relations humaines mais elles doivent nécessairement concerner des relations personnelles. Ré-humanisez, démonétarisez tant que cela vous chante, cela ne pourra jamais concerner que les personnes avec qui vous êtes en relation, i.e. pas grand monde par rapport aux milliers d'individus avec qui vous êtes lié sans le savoir. L'argent est essentiel pour gérer vos relations avec ces milliers de gens que vous ne connaissez pas et sans qui vous seriez mort de faim depuis longtemps.