Le Devoir de philo - Le «solidarisme» de Léon Bourgeois contre la «juste part» de Bachand

Christian Nadeau<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Christian Nadeau

Depuis plusieurs mois, comme le ministre des Finances Raymond Bachand le répète à qui veut l'entendre, le gouvernement Charest a engagé une «révolution culturelle» en matière de dépenses publiques où chacun devrait apporter sa «juste part». Dans l'expression, devenue fétiche pour le ministre, le sens du mot «juste» demeure toutefois bien flou. Les philosophes peuvent et doivent intervenir sur cet aspect particulier du programme des Bachand et compagnie. Si le ministre tient à parler de «juste part», il devrait s'intéresser de plus près au sens de la justice sociale et non simplement invoquer sans cesse cette formule comme un mantra pour éloigner les mauvais esprits de la social-démocratie.

Dans leur boîte à outils, les philosophes disposent d'une idée très importante, et malheureusement trop souvent galvaudée: la solidarité. À ce sujet, un courant inspirant et peu connu de la philosophie politique française du XIXe siècle fut le «solidarisme». Parmi ses contributeurs les plus importants, on retrouve Léon Bourgeois (1851-1925).

Léon Bourgeois et la solidarité


Intellectuel et homme politique, Bourgeois fut membre du Parlement à titre de député du Parti radical de la IIIe République. Il fut également le tout premier président de la Société des nations et reçut le prix Nobel de la paix en 1920. Grand érudit, il a occupé de nombreuses hautes fonctions au gouvernement et a sans cesse préconisé des politiques publiques fidèles à la solidarité, qu'il a défendue toute sa vie.

Bourgeois a largement inspiré les thèses du solidarisme et du mouvement politique radical. Contre le collectivisme des socialistes, mais tout autant hostile à l'atomisme social, Bourgeois fonde l'idée de solidarité sur le principe d'une responsabilité de tous à l'égard de chacun. La solidarité est ainsi entendue comme une forme de la justice comme équité, ce qui la distingue par exemple de la charité.

Cette solidarité collective s'oppose à tout effacement de l'individu au profit de la collectivité. Très critique du programme des socialistes de son époque, où les efforts et libertés des individus se voient sacrifiés sur l'autel des luttes

sociales, Bourgeois condamne également les mouvements politiques nostalgiques de l'Ancien Régime qui remettent en cause l'héritage de la Révolution. Son désaccord profond avec les socialistes ne l'empêche pas d'appeler à une dénonciation de la domination capitaliste qui favorise une aristocratie de la finance n'ayant en fait que remplacé la monarchie héréditaire.

À la différence des socialistes de leur époque, les solidaristes comme Bourgeois militent en faveur des libertés et de la propriété individuelles. Aujourd'hui, l'ensemble des gauches devrait relire leurs discours, et en particulier au Québec où le lexique des libertés et des responsabilités individuelles est essentiellement récupéré par la droite, conservatrice ou libertarienne. Les solidaristes avaient compris qu'il ne peut y avoir de liberté ni même de propriété individuelles sans l'effort de chacun pour le bien commun. On pourrait peut-être voir là une manière d'expliquer le concept de «juste part» du ministre Bachand. Sauf qu'il ne faudrait pas oublier que la solidarité s'oppose à une analyse du monde où l'individu est seul responsable ou bénéficiaire de ses gestes.

Le budget 2012 et la «juste part»

L'expression «juste part» revient à de nombreuses reprises dans le budget 2012-2013 du gouvernement Charest. Fait notable, elle ne fait plus seulement référence à l'idée négative d'une dette qu'il faut payer, mais renvoie également à la vision positive d'un bénéfice dont nous aurions raison de nous prévaloir. Aussi le ministre Bachand nous explique-t-il dans son discours au sujet de l'exploitation forestière, du Plan Nord et des grands projets miniers que, «comme tous les peuples pourvus de ressources, les Québécois veulent en tirer leur juste part». Les émetteurs de GES, dit Bachand, doivent eux aussi faire leur «juste part». Il faut lutter contre l'évasion fiscale, toujours en raison de la «juste part». Le ministre va jusqu'à user du vocabulaire de la solidarité sociale, notamment pour disserter sur notre responsabilité à l'égard des aînés.

Tout cela serait fort honorable si cela ne masquait pas une autre réalité du budget, celle qui veut introduire dans les moeurs sociales et politiques une réforme en profondeur de notre rapport aux institutions et aux services. Le véritable sens de l'expression «juste part» chez Bachand signifie quelque chose que salueraient les économistes de droite, soit l'individualisation des coûts et des bénéfices. Qu'il s'agisse des frais d'immigration, qui grimpent de 406 $ à 750 $, de la taxe santé (de 200 $ par année), des augmentations massives des droits de scolarité ou de l'annonce des 2500 nouveaux logements communautaires, largement en deçà des besoins et des promesses de 2008, tout indique l'abandon d'une interprétation de l'État comme mode de coordination des efforts de tous pour protéger chacun.

Le budget demande toujours plus à une classe moyenne qui n'en a plus que le nom tant elle devient extensible et désigne même les revenus très modestes. Il fragilise la condition des moins nantis et les enfonce davantage dans la misère. La quête du Graal qu'est le déficit zéro nous conduit à l'impasse en raison de la suppression prévisible des services publics, sans parler d'une incapacité maintenant structurelle à soutenir toute forme de développement économique. Un exemple parmi d'autres est l'immobilisme du gouvernement dans le dossier de l'agriculture. Malheureusement pour le gouvernement libéral, les louanges de la Chambre du commerce ou celles du Conseil du patronat ne sont pas de bons indicateurs de la légitimité sociale du budget.

Liberté et solidarité

Pour la droite tout comme pour le gouvernement libéral, une conception de la justice sociale où des gestes collectifs confrontent les situations inéquitables revient à minorer l'importance des efforts individuels et, en dernière instance, à brimer les libertés individuelles. À l'encontre d'une telle vision des choses, le solidarisme de Léon Bourgeois implique une conception de la justice où le «juste» représente un équilibre dans la répartition des bénéfices et des exigences demandées à toute personne. Sans État véritablement engagé au service de ses citoyens et sous la surveillance constante de ces derniers, les libertés économiques, sociales et politiques ne disposent d'aucune garantie. La liberté individuelle devient donc l'objet chimérique et rhétorique des plus puissants, qui offrent ainsi à leur hégémonie un simulacre d'autorité morale.

Dans l'une de ses oeuvres les plus connues, L'idée de la solidarité et ses conséquences sociales, Bourgeois militait pour «une réciprocité entre les parties» et comparait l'interdépendance des organes du corps humain et les composantes d'une société, avec pour chacune sa «spécialité définie, mais convergeant toutes dans un effort commun». Selon Bourgeois, toute partie du groupe laissée à elle-même risque de péricliter et menace ainsi l'équilibre interne de l'ensemble. D'un autre côté, l'hypertrophie d'un membre peut elle aussi entraîner la perte de vitalité du corps social tout entier, d'où l'importance d'accorder des chances égales pour jouir réellement de sa liberté.

Si personne n'est contre la liberté, nous ne sommes pas tous d'accord sur ses exigences. Pour les solidaristes comme Bourgeois, pas de liberté des individus sans effort de tous. De la même façon que nous ne devrions juger aucun crime, ni aucune faute à l'aune du seul individu, nulle réussite sociale ne peut être entendue comme résultant du travail d'une seule personne. Nous nous devons tous beaucoup les uns aux autres, car personne ne peut affirmer

sérieusement qu'il s'est fait tout seul. Par exemple, un fils d'ouvrier devenu professeur d'université doit énormément à sa famille et à ses proches, mais aussi à l'ensemble des institutions sociales qui lui ont permis de devenir ce qu'il a voulu être. Sans elles, la porte de son avenir se serait refermée avant même qu'il ne puisse donner une chance à ses projets. Dès lors, il doit lui aussi participer à l'effort collectif en redonnant ce qu'il a gagné et en mettant au service des autres un talent et une volonté de travail qui seraient restés lettre morte sans appuis sociaux.

Le dynamisme et la vitalité des sociétés se vérifient à l'aune de l'accomplissement des individus et de la totalité du groupe social. Il n'y a pas à choisir entre une séparation artificielle des individus et une homogénéisation de ces derniers à l'intérieur d'un groupe lui-même hostile à toute forme de pluralisme. Aux plaideurs contemporains d'un nationalisme conservateur qui critiquent le progressisme et le pluralisme auxquels ils reprochent une conception désincarnée et déracinée du citoyen, le solidariste voit dans les rapports sociaux et la recherche de l'avantage mutuel le tissu organique de la communauté politique. Ces mêmes rapports sociaux possèdent une histoire, comme on peut le voir en nous remémorant les nombreuses luttes syndicales du Québec et les acquis de la Révolution tranquille. Ce que nous nous devons les uns les autres se fait sentir ici et maintenant, mais cela traverse également les générations. Pour Alfred Fouillée, contemporain de Bourgeois et défenseur du solidarisme, «celui qui a inventé la charrue laboure, invisible, à côté du laboureur».

Léon Bourgeois, sans risquer de tomber dans un nouvel aristotélisme politique, considère les humains comme des êtres sociaux. Il s'agit pour lui d'une donnée à la fois descriptive et normative. Descriptive, car nous ne pouvons nier notre interdépendance mutuelle. Contester cette réalité sociale reviendrait à imaginer des murs ou des prisons enfermant chacun d'entre nous sans possibilité de communication avec autrui. Or, même l'isolement ou — inversement— l'ostracisme sont des gestes «sociaux»: ils ont toujours lieu par rapport aux autres. Normative, car aller à l'encontre du lien social serait non seulement contreproductif, cela empêcherait aussi toute institutionnalisation des échanges.

En ce sens, la solidarité au service de la justice implique une «dette sociale», laquelle est aux antipodes du concept de «juste part» clamé sur tous les fronts par le gouvernement libéral actuel.

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Christian Nadeau - Professeur au Département de philosophie de l'Université de Montréal. Il a entre autres publié Justice et démocratie. Une introduction à la philosophie politique (PUM, 2007) et Contre Harper (Boréal, 2011).

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16 commentaires
  • Patrick González - Inscrit 24 mars 2012 10 h 20

    Bachand est sauf

    Voici un texte très intéressant qui me fait découvrir un auteur. Mais il n'y a pas de quoi dénoncer le ministre Bachand. La plupart des politiciens, comme la plupart des gens, ne sont pas des philosophes patentés. Comme tout le monde, M. Bachand a une conception vague de la justice qu'il exprime comme il peut en évoquant la « juste part ». Comment juger si cette conception se rapproche ou non de celle de M. Bourgeois ? Certainement pas en écoutant ce qu'il dit puisqu'il ne tient pas un discours philosophique. Et c'est un exercice délicat que de juger des motivations de quelqu'un sur la base de ce qu'il fait : il faut comprendre les contraintes qui limitent ses actions. Ma petite expérience d'économiste avec les philosophes m'a appris que ceux-ci sont le plus souvent bien ignorants de la nature de ces contraintes et encore plus de la variété des phénomènes qu'elles peuvent engendrer (l'examen de ces contraintes se résume platement ici à l'évocation de « l'individualisation des coûts et bénéfices »). Bien sûr, les philosophes eux-mêmes sont trop souvent mal compris. Mais il demeure que M. Bachand peut très bien se réclamer de ce texte, remercier son auteur pour avoir si bien exprimé sa conception jusqu'alors très vague de la justice, et l'assurer qu'elle a guidé toutes les décisions qu'il a prises jusqu'à maintenant. Et on ne pourra probablement que lui donner raison.

    • JinYe - Inscrit 24 mars 2012 12 h 03

      Cette ignorance du sens profond des mots et le décalage entre conception et réalisation dont nous faisons tous les frais tant au niveau personnel que collectif, ne serait-ce pas là la cause du discours démagogique et le terrain fertile à son succès?

      Profitons de l'intensité de ces débats pour condamner tout de même "fermement et sans ambigüité" la démagogie qui règne en ce moment au Québec. De la même manière que Martineau exhortait le représentant de la FECQ à condamner les manifestations qui débordaient sur les autoroutes...
      Les étudiants seraient-ils de même excusables parce que devant composer face à l'immédiat avec le fait qu'une masse humaine a un QI inférieur?

      Je ne prétends pas vous réfuter, M. Gonzalez... mais j'aimerais bien que vous soyez plus clair quant aux contraintes que vous évoquez...
      Non, on ne peut pas tous être spécialistes en tout, mais tout le monde peut faire exercice de son jugement!

    • France Marcotte - Abonnée 24 mars 2012 15 h 05

      Monsieur Bachand n'est peut-être pas philosophe mais il prend bel et bien des décisions philosophiques.
      Autant les prendre en toute conscience.

      D'ailleurs, un politicien ne devrait-il pas toujours avoir au moins quelques notions de philosophie?

      Sinon quoi, il entend gouverner sans y avoir réfléchi? Il sert une idéologie sans savoir ce qu'elle implique au plan des idées?

    • Patrick González - Inscrit 24 mars 2012 15 h 22

      Je suis 100% d'accord pour condamner fermement et sans ambiguïté toute démagogie ; c'est pour cela que j'apprécie cette rubrique du Devoir. Je ne sais pas pourquoi les discours aux accents démagogiques sont si populaires et je ne sais pas non plus s'ils ont vraiment du succès. Un anthropologue pourrait peut-être nous éclairer à ce sujet.

      Je fait simplement référence aux innombrables contraintes économiques, financières, sociales, politiques, géographiques et tutti quanti (sans ordre d'importance !) qui déterminent nos choix privés et collectifs. Le gouvernement libéral est certainement responsable des décisions qu'il a prises : les mesures particulières du budget, la décision d'aller de l'avant l'an dernier avec la hausse des frais de scolarité, son attitude face à la contestation des étudiants, etc ; mais ils ne sont pas "responsables" de ce que nous sommes aujourd'hui et des défis qui nous attendent. Les décisions qu'ils prennent reflètent les intérêts et les perceptions de leur électorat ; elles ne signalent pas un changements fondamental de leurs convictions. (suite...)

    • Patrick González - Inscrit 24 mars 2012 15 h 23

      (… suite) On le voit bien lorsqu'on réalise que le Parti Québécois aurait très bien pu mener, par exemple, la même politique de hausse des frais de scolarité. Clairement, Québec solidaire aurait fait des choix différents mais ce parti ne représente les vues que d'une petite frange de la population. Rien n'a changé depuis trente ans dans la perception général du bien public de nos gouvernants, ni dans celle de la population. Et les différences idéologiques entre le Parti Québécois et les Libéraux ont toujours été très minces. Les circonstances, par contre, changent tout le temps.

      Discuter philosophie, c'est très bien et c'est bon pour la santé mentale, mais c'est une erreur de penser que les virages à gauche et à droite de nos institutions reflètent une évolution des convictions philosophiques des personnes qui les gouvernent. Prendre une question de politique publique et l'analyser sur le terrain de la philosophie est un exercice intéressant mais gardons en tête que c'est la dimension la plus stable et la moins susceptible d'expliquer l'émergence de nouvelles discordes. Par exemple, les intellectuels en faveur de la décision du gouvernement de hausser les frais de scolarité ne sont pas des libertariens issus d'une génération spontanée ou d'obscurs conservateurs issus d'une cinquième colonne dormante.

      Si nous tentons de comprendre nos divergences de vue sur une question de politique publique, nos conceptions philosophiques et religieuses devraient toujours être les dernières explications que nous devrions considérer.

    • France Marcotte - Abonnée 24 mars 2012 17 h 04

      Dommage M.Gonzalez que c'est dans les passages de votre intervention où on aurait le plus besoin que votre pensée soit précise qu'elle est le plus confuse.

    • Patrick González - Inscrit 24 mars 2012 19 h 46

      Confuse ? J'ai dû mal m'exprimer. Je dis que cet un exercice délicat d'inférer ce que les gens pensent à partir de ce qu'ils font. J'appuie la hausse des frais de scolarité mais cela ne fait pas de moi un élitiste ou un libertarien. La plupart des partisans de la hausse que je connais changeraient d'avis si cette hausse entraînait une désaffectation des jeunes vers les études universitaires et je suis convaincu que c'est l'opinion du gouvernement.

      Mme Marcotte prétend que M. Bachand prend des décisions philosophiques. Je prétends qu'il réagit à des contraintes économique qu'il ne contrôle pas en suivant une philosophie vaguement utilitariste bien traditionnelle dans laquelle la plupart des Québécois se reconnaissent ; i.e. qu'ils prendraient les mêmes décisions s'ils étaient à sa place.

      Revenons à notre auteur de la semaine. Il nous dit : « Nous nous devons tous beaucoup les uns aux autres, car personne ne peut affirmer sérieusement qu'il s'est fait tout seul. » Qui, au Québec, n'est pas d'accord avec cela ? Robert Lepage ? Céline Dion ? Quel politicien au Québec refuserait de « participer à l'effort collectif en redonnant ce qu'il a gagné et en mettant au service des autres un talent et une volonté de travail qui seraient restés lettre morte sans appuis sociaux » ? Ils vont tous vous dire que c'est ce qu'ils font chaque jour au prix parfois de leur vie de famille. (suite…)

    • Patrick González - Inscrit 24 mars 2012 19 h 46

      (…suite) Notre auteur attribue à M. Bachand « une analyse du monde où l'individu est seul responsable ou bénéficiaire de ses gestes » et il en trouve la preuve dans « l'individualisation des coûts et des bénéfices » que salueraient les économistes de droite (dont je fais vraisemblablement partie). Je me souviens très bien l'époque où Mme Marois répétait comme un mantra la « vérité des coûts » et je ne pense pas caricaturer personne en incluant les partisans de la CAQ dans le lot. Donc, c'est Québec solidaire vs tous les autres. Compte tenu du faible appui de Québec solidaire dans la population, on a ici une controverse marginale.

      Quand M. Nadeau écrit « Le budget demande toujours plus à une classe moyenne qui n'en a plus que le nom tant elle devient extensible et désigne même les revenus très modestes. Il fragilise la condition des moins nantis et les enfonce davantage dans la misère. », il est hors de sa zone de confort disciplinaire. Quand il ajoute « La quête du Graal qu'est le déficit zéro nous conduit à l'impasse en raison de la suppression prévisible des services publics, sans parler d'une incapacité maintenant structurelle à soutenir toute forme de développement économique. », il parle d'économie.

      Je n'ai évidemment rien contre à ce que l'on discute d'économie mais on ne s'en tiendra pas alors aux catégories des philosophes.

    • Darwin666 - Abonné 24 mars 2012 23 h 55

      «Si nous tentons de comprendre nos divergences de vue sur une question de politique publique, nos conceptions philosophiques et religieuses devraient toujours être les dernières explications que nous devrions considérer.

      Je ne sais pas ce qu'on vous a enseigné dans vos cours d'économie, mais vous devriez savoir que toutes les théories économiques reposent sur des courants philosophiques : utilitaristes, pragmatistes, libertariens, etc. L'erreur est pour moi justement l'inverse, ne pas voir l'idéologie à l'origine de toute décision économique.

      «Je fait simplement référence aux innombrables contraintes économiques, financières, sociales, politiques, géographiques et tutti quanti (sans ordre d'importance !) qui déterminent nos choix privés et collectifs.»

      Des contraintes ne déterminent aucune décision, elles ne font que limiter le spectre des choix. Or, les contraintes que vous mentionnez laissent place à drôlement plus de choix que vous ne le prétendez. En quoi ces contraintes amènent-elles inéluctablement le gouvernement actuel à choisir la hausse des taxes et des tarifs (à la base du slogan «juste part») pour compenser les baisses d'impôts octroyées au cours des 15 dernières années? Il s'agit d'un choix philosophique (ou idéologique) et non d'une obligation comme vous semblez le prétendre. (suite…)

    • Darwin666 - Abonné 24 mars 2012 23 h 56

      (suite) «qu'il ne contrôle pas en suivant une philosophie vaguement utilitariste bien traditionnelle»

      Et là, vous reconnaissez que c'est une philosophie qui est à la base des ces décisions, tout en reprochant à Mme Marcotte de dire que «M. Bachand prend des décisions philosophiques »! Et vous prétendez ne pas être confus?

      «Donc, c'est Québec solidaire vs tous les autres. »

      Pensez-vous que tous ceux qui s'opposent à la «révolution culturelle» (que j'appelle plutôt révolution tarifaire) appuient QS? Ouf! Et pensez-vous que le gouvernement du Québec qui subventionne davantage les entreprises qu'elles ne paient d'impôts directs n'a aucun choix? S'il n'y a aucun choix, pourquoi ne pas «nommer» comme premiers ministres des technocrates comme l'ont faits les Grecs et les Italiens? Et la démocratie? Inutile, puisque tous les choix sont contraints!

      Je trouve dommage que nous devions réagir à vos interventions sans grand intérêt plutôt que du texte intéressant que le Devoir nous a présenté.

    • France Marcotte - Abonnée 25 mars 2012 06 h 10

      En tout cas, on n'a jamais vu le Parti libéral au Québec jongler avec l'idée d'un référendum sur la souveraineté nationale ni le Parti québécois appuyer au fédéral l'application de la loi des mesures de guerre en temps de paix.
      Et le rôle des gouvernements n'est pas uniquement de servir les intérêts des électeurs qui les ont élus, ils sont là pour faire évoluer la population, la faire tendre vers des projets qui la rende collectivement plus forte, meilleure.

  • Gaétan Sirois - Abonné 24 mars 2012 13 h 32

    La solidarité

    J'aime beaucoup le principe de la solidarité, principe cher aux personnes qui acceptent de redistribuer le trop plein de leur richesse aux autres moins bien nantis. Et si les milliardaires de notre monde donnaient leur juste part ? S'ils payaient 40% d'impôt sur leur fortune, comme les salariés sur leur salaire ? Notre société pourrait redistribuer la richesse et donner à chaqun la chance de faire des études, de s'accomplir en tant qu'être humain. Alors, changeons de paradigme, partageons.

    Estelle

  • Patrick González - Inscrit 25 mars 2012 13 h 20

    @ France Marcotte

    Clairement les partis politiques au Québec ont des positions bien différentes en ce qui concerne la constitution. Mais les thèses philosophiques qui concernent la définition du bien commun, égalitarisme, utilitarisme, etc, sont le plus souvent présentées dans le contexte de la distribution de la richesse. En tout cas, c'est dans ce cadre là que j'en connais plus les enjeux. Et, à cet égard, les circonstances économiques et politiques changent pas mal plus vite que les fondements philosophiques qui orientent les politiques de l'État en général, et des politiciens en particulier. Si les contraintes financières de l'État québécois n'étaient pas aussi serrantes, les libéraux se seraient bien gardés d'ouvrir la boîte de Pandore étudiante. Il n'y a pas de changement de cap philosophique là-dedans. Au plaisir.

  • Marc Bourdeau - Abonné 25 mars 2012 17 h 49

    Une parole claire et profonde

    De Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com

    Le philosophe, assis sur son petit cube rouge..., donne une 'dimension' supplémentaire au carré rouge des grévistes et supporteurs... Il nous parle, ENFIN, de la solidarité gage de gain pour tous.

    Il est grand temps qu'on nous parle de solidarité! Pour une petite société comme la nôtre, c'est la seule attitude qui nous permettra de survivre avec le modèle qu'on aimerait appeler le «Québec Inc.» si toutefois le terme 'Inc' ne faisait pas trop référence à une entreprise.

    La solidarité commencerait-elle à l'école? le sens du collectif aussi, du nôtre, du 'nous' finalement, que je n'en serais nullement étonné.

    Il serait temps qu'on oriente l'éducation sur des idées simples et porteuses d'avenir. Les grands principes d'humanité à la clé. La solidarité, i.e. l'humanité est un des ces principes.

    Et quand j'entend le rabâchage gouvernemental, et ce qu'il faut bien appeler des âneries, tel le «juste prix», tel «c'est la classe moyenne qui paye», je sors mon révolver comme on dit.

    Ce même gouvernement nous a aussi dit que le retour d'impôt collectif d'Ottawa, suite à une décision de Harper il y a quelques années, devait revenir à 80% aux 20% des contribuables les plus fortunés, car ils payent, tiens tiens, 80% des impôts. Ce 20% ne forme pas une partie de la classe moyenne que je sache... Sont-ils si taxés que cela? On me permettra d'en douter. Un peu de cohérence ne nuirait pas...

    Et puis, nous parle-t-on du juste prix dans les travaux publics avec toute la corruption & concussion qu'on y connaît; des taxes que tout un chacun réussit à économiser dans des réparations non déclarées; de la gabegie des administrations universitaires pléthoriques?

    Allons donc, un peu de décence, messieurs-dames du gouvernement!

    On se demande bien s'ils ont été à bonne école, tous ces ministres et libéraux de tout poil, celle où les mots clés sont «Libertas, humanitas, felicitas», c'étai

    • Marc Bourdeau - Abonné 26 mars 2012 16 h 28

      De Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com

      Dommage que mon commentaire ait été tronqué. En voici la fin, qui commence au dernier paragraphe publié.

      On se demande bien s'ils ont été à bonne école, tous ces ministres et libéraux, celle où les mots clés sont «Libertas, humanitas, felicitas», c'était la devise de l'empereur romain Hadrien. L'éducation devrait s'inscrire dans cette triade. Notre société aussi.

      Monsieur Nadeau nous rappelle que la solidarité, nous sommes dans l'«humanitas» de Hadrien, ça commence ici et maintenant. Qu’elle est essentielle à notre société comme aux autres.

      Les étudiants ne sont pas des anarchistes, moi non plus, pas d'anarchistes parmi nous, des indignés, de plus en plus. Comme bon nombre des 200000 manifestants jeudi dernier.


      Il est temps maintenant d'élever le débat. Monsieur Nadeau y contribue.

      Pour avoir un petit calcul qui montre que la rentabilité collective des augmentations des frais de scolarité ne se réduit pas au gain à court terme des universités, mais est probablement perdante à long terme, contreproductive pour notre société:
      http://wikistat.polymtl.ca/tiki-download_file.php?

  • DjumboDjett - Inscrit 26 mars 2012 17 h 38

    Enfin

    Merci à Christian Nadeau pour ce texte lumineux. Il n'y aura pas de liberté sans solidarité, il n'y aura rien sans solidarité.