Le Devoir de philo - Derek Parfit porterait le carré vert

Le boycottage actuel des étudiants ne porte pas tant sur la seule hausse des droits de scolarité que sur la question plus large de la justice sociale qui, aux yeux des boycotteurs du moins, exige l’égalité économique.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le boycottage actuel des étudiants ne porte pas tant sur la seule hausse des droits de scolarité que sur la question plus large de la justice sociale qui, aux yeux des boycotteurs du moins, exige l’égalité économique.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d'histoire et d'histoire des idées le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur marquant. Cette semaine: un philosophe surtout connu dans le monde anglosaxon, Derek Parfit, dont l'ouvrage principal est Raisons et personnes, paru en 1984.

Si l'on me demande pourquoi je porte un carré vert, je réponds qu'au feu vert, on avance et qu'au rouge, on s'immobilise. Qui veut immobiliser le Québec? Les «anti-hausse» feraient-ils régresser la société québécoise? Selon nous, le philosophe britannique Derek Parfit (1942-) aurait tendance à le penser.

À l'évidence, l'enjeu du boycottage étudiant est beaucoup plus large que la simple hausse des droits de scolarité que projette le gouvernement Charest. Il concerne en effet ce qu'en philosophie politique on désigne par «justice sociale», plus précisément l'«éthique distributive»: comment l'État doit-il répartir les biens et services entre tous les citoyens? Voilà la question de fond.

Il y en a pour qui les inégalités sociales et de revenus sont intolérables; il faut donc tout faire pour les éliminer. Ce sont les partisans de l'«égalitarisme». Au contraire, ceux qui s'opposent à toute redistribution égalitaire en forçant les gens à payer des impôts sont qualifiés de «libertariens».

Il est clair que les étudiants contestant leurs cours appartiennent au clan égalitariste. L'argument précédent l'évoque: l'éducation est un bien public (en réalité, un service) et l'État doit le répartir également. D'où l'idée d'un «droit à l'éducation» universel à tous les niveaux d'étude que scandent les étudiants contestataires; pas seulement au primaire et au secondaire, mais aussi au collégial et à l'université.

Les libertariens rétorquent que ce soi-disant droit à l'éducation constitue un coût exorbitant pour les contribuables, qui sont déjà lourdement imposés. Surtout lorsqu'on songe que près de 45 % de la population québécoise ne paie pas d'impôts. Il y a là une question de «justice sociale». De quel droit peut-on contraindre les gens à payer pour les autres?

La pensée dominante au Québec rejette le libertarisme — assimilé à un conservatisme — et privilégie nettement l'égalitarisme. De leur côté, les libéraux de Jean Charest jugent normal, étant donné les coûts importants que représente l'éducation, que les étudiants souhaitant poursuivre des études supérieures assument une partie — minime, d'ailleurs — des coûts entraînéspar l'éducation.

Le Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec (MESRQ) est également de cet avis et accepte la hausse envisagée, qu'il considère relever de la responsabilité citoyenne. Les membres du MESRQ arborent donc le petit carré vert.

Distinguer égalitarisme et prioritarisme


Si une majorité de Québécois optent pour l'égalitarisme, comment expliquer la différence existant entre les libéraux, le MERSQ et les étudiants qui luttent, au fond, pour l'abolition des inégalités sociales et de revenu?

C'est ici que les lumières de Derek Parfit peuvent nous aider à y voir plus clair. Dans un essai retentissant, Égalité ou priorité?, malheureusement peu connu du public francophone et qui est devenu une sorte de classique quant au traitement philosophique réservé à l'égalité, Parfit distingue l'égalitarisme de ce qu'il qualifie de «prioritarisme».

Selon lui, les gens qui se disent égalitaristes ne sont souvent, en réalité, que prioritaristes, et à ses yeux, les étudiants contestataires ainsi que leurs supporteurs tomberaient dans cette catégorie. Cette distinction a son importance puisqu'elle les confronte à l'objection fatale du nivellement par le bas.

Pourquoi nous, au Québec, chérissons tant l'égalité? Nous croyons qu'il faut à tout prix rechercher l'égalité parce que l'iné-galité est mauvaise en soi; cela signifie par conséquent que l'égalité est bonne en soi. Si l'égalité est bonne en soi, c'est parce qu'elle améliore la société ou qu'elle rend les gens heureux.

Nous croyons par exemple que l'égalité économique est de loin préférable aux inégalités vertigineuses entre riches et pauvres, de sorte que c'est en soi une très mauvaise chose que des gens soient plus défavorisés que d'autres.

Supposons que les membres de la société puissent être (A) également favorisés ou (B) également défavorisés. Comme égalitariste, laquelle des deux situations préférerions-nous? Les deux sociétés étant «égalitaires», nous devrions logiquement choisir l'une et l'autre. Évidemment, nous préférons la société A à la société B.

Ici, ce qui importe, ce sont les conséquences néfastes et déplorables des inégalités. De sorte que la société A paraît de loin préférable à l'autre. Parfit qualifie de «conséquentialiste» la conception de l'égalité voulant que les conséquences bénéfiques pour la société dans son ensemble soient préférables à celles engendrées par les inégalités.

Sur quoi fondons-nous notre préférence pour la première situation? Sur le fait qu'elle sous-tend une conception conséquentialiste de l'égalité. C'est parce que l'égalité vise en bout de piste le partage et la solidarité que nous la valorisons.

L'égalité pour elle-même ne nous intéresse pas; c'est même grotesque. Aucune société ne souhaite vraiment que ses membres soient tous également défavorisés! C'est ce que Parfit appelle une conception «déontologique» de l'égalité sans tenir compte des conséquences.

Bref, il importe toujours de préciser quel type d'égalité nous défendons. Parmi les étudiants contestataires, certains défendent une conception déontologique, d'autres optent pour une égalité conséquentialiste.

D'autres revendiquent à la fois un droit égal à l'éducation (égalité déontologique) afin de permettre l'accessibilité universelle aux études supérieures (égalité conséquentialiste).

C'est d'ailleurs pourquoi le boycottage actuel ne porte pas tant sur la seule hausse des droits de scolarité que sur la question plus large de la justice sociale qui, aux yeux des boycotteurs du moins, exige l'égalité économique.

Dans son essai, Parfit écrit: «Le prioritarisme, tel que je le définis ici, n'est pas une croyance en l'égalité. Nous donnons la priorité aux personnes défavorisées, non pas parce que cela réduira les inégalités, mais pour d'autres raisons. C'est ce qui distingue cette position de l'égalitarisme.»

Un cas ficitif

Examinons un cas fictif. Des parents doivent prendre une décision difficile, lourde de conséquences. Ils ont deux enfants, dont l'un est en santé et tout à fait heureux, alors que l'autre souffre d'un douloureux handicap. En raison d'un changement professionnel, les parents se voient offrir de déménager en ville.

Or, là-bas, le second enfant recevra un traitement médical crucial. Toutefois, le niveau de vie de la famille baissera et le voisinage s'annonce désagréable, voire dangereux, surtout pour le premier enfant.

Autre option: rester en banlieue semi-rurale et agréable où le premier enfant, qui s'intéresse particulièrement aux sports et à la nature, pourra vivre librement et s'épanouir, mais où l'accès au traitement médical pour le second serait impossible.

La plupart d'entre nous choisiraient la première option de déménager en ville afin d'aider l'enfant le plus défavorisé — même si nous savons pertinemment que le premier enfant pourrait en souffrir. C'est que nous donnons priorité aux plus défavorisés, même si nous savons pertinemment que nous affectons le bien-être des autres. Nous continuerons peut-être à parler d'égalité, voire d'équité.

Or, il ne s'agira plus d'égalité à proprement parler puisque, prima facie, on se trouverait à désavantager nettement le premier enfant. «Il est plus urgent, répondrions-nous, d'avantager le second enfant, même si le bénéfice que nous donnerions au premier serait moindre. Une amélioration de sa situation est plus importante qu'une amélioration égale ou quelque peu plus grande par rapport au premier.»

Nous cessons dès lors d'être égalitariste et prenons l'habit du prioritariste. L'égalité stricto sensu nous importe moins. Ce qui nous préoccupe désormais, c'est la personne défavorisée elle-même. Si on est un égalitariste conséquentialiste, comme on l'a vu, les inégalités sont intolérables en raison des conséquences néfastes qu'elles engendrent pour la vie sociale.

Au contraire, pour un prioritariste, il est urgent d'aider les plus démunis, non pas parce qu'ils sont défavorisés par rapport à d'autres mais parce qu'ils sont, en un sens absolu, moins bien lotis.

La notion d'accessibilité aux études supérieures invoquée dans l'argumentaire des étudiants est typiquement prioritariste. À leurs yeux, il est urgent que les jeunes qui ne peuvent pas se payer comme les autres des études supérieures soient aidés — tout comme le second enfant du cas fictif précédent —, même si cela implique que d'autres seront désavantagés, tel le premier enfant.

Supposons que tous les étudiants soient également démunis. Aux yeux de ces étudiants prioritaristes, il demeurerait urgent de les aider, même si l'État n'a pas les sous pour le faire. Un prioritariste ne compare pas les personnes. Pour un prioritariste, comme le disait Nietzsche de façon mordante, «l'égalité consiste à trancher ce qui dépasse».

Les Parent


D'après Parfit, le prioritarisme est confronté à l'objection sérieuse du «nivellement vers le bas» (Levelling Down Objection). Considérons un autre cas fictif. Les Parent, de la télésérie bien connue, vont acheter leurs cadeaux de Noël pour leurs trois fils. Ils avaient prévu dépenser 100 $ pour chacun. Arrivés au magasin, ils trouvent ce qui suit: pour chacun, une console de jeu vidéo de poche EnJeu à 100 $.

Cependant, au moment où ils se rendent aux caisses, le père, Louis-Paul, remarque une offre spéciale. À l'achat de deux des nouvelles consoles haut de gamme EnJeuPlus à 150 $ chacune, on offre une console EnJeu à 100 $ gratuite.

Pour la même somme, ils peuvent obtenir des articles ayant une grande valeur. Natalie, la mère, n'est pas d'accord. Elle trouve la solution non équitable car l'un des trois garçons — Zach, sans doute — aurait une console moins évoluée que les deux autres, Oli et Thomas. Le père réplique qu'il n'en est rien car aucun des trois n'aurait un cadeau de moins de 100 $.

De plus, sur les trois, deux disposeraient d'une console de qualité supérieure. Enfin, si on ne profite pas de cette promotion, deux des garçons seront moins favorisés que dans l'autre scénario. «Je refuse qu'il y ait inégalité entre les trois», répond Natalie. «Même si ça veut dire qu'ils auront moins?», rétorque Louis-Paul.

Il y a quelque chose d'irrationnel dans le fait de chercher l'égalité au prix du nivellement par le bas. Dans ce scénario, aucun des enfants ne se trouve avantagé.

Supposons que le plus défavorisé — Zach, disons — se trouve parfaitement satisfait avec la console à 100 $. Si la mère refuse toujours l'offre spéciale, il y aura là quelque chose d'obstinément irrationnel, non?

Il est possible de rendre tout le monde égal simplement en rendant chacun aussi pauvre que l'individu le plus pauvre de la société. Une telle idée paraît évidemment absurde car personne n'y gagne: le plus pauvre resterait aussi pauvre et tous les autres subiraient un préjudice.

D'après Parfit, donc, et aussi étonnant que cela puisse paraître, en priorisant systématiquement les plus défavorisés pour eux-mêmes, on n'aide personne. Le prioritarisme conduit la société à une perte sèche de bien-être. Parce que je les considère comme prioritaristes, je crois qu'on devrait refuser les revendications des étudiants contestataires.

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Jean Laberge - Professeur de philosophie au Collège du Vieux-Montréal, l'auteur a publié en 2009 En quête de sens (Éditions Logiques).

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Des suggestions, des commentaires? Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d'histoire: http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo
49 commentaires
  • Louis Lapointe - Abonné 17 mars 2012 09 h 22

    On a toujours besoin d'un plus petit que soi

    Si on y porte le moindrement attention et qu'on sait lire entre les lignes, deux articles dans le Devoir de ce matin contredisent la thèse de M. Laberge. En voici des extraits:

    Jean Bédard - Écrire les mystiques - http://www.ledevoir.com/culture/livres/345237/jean

    «En 1306, Guion de Cressonaert est secrétaire juridique. Il écrit, à la façon d'un greffier, les aveux que l'Inquisition obtient sous la torture. «Ceux qui prêchaient Dieu brûlaient des femmes et des hommes, pourchassaient les pauvres jusque dans les montagnes reculées. Clément V avait même déclaré hérétiques ceux qui, comme les dolciniens, défendaient l'idée que Jésus avait été pauvre. Jusqu'au général des franciscains qui avait dû fuir en Bohême pour défendre la pauvreté que les évêques avaient déplacée de la colonne des vertus vers la colonne des vices. L'Église enseignait désormais que Jésus avait possédé une bourse bien garnie», dira Guion de son époque, sous la plume de Jean Bédard.

    Après des jours à voir les êtres aux supplices, sur la roue et sous les fers, Guion craque. Recueilli et soigné, malade d'esprit et de peau, par les béguines, il y découvrira un monde autre, pensé par les femmes autour des récoltes, des naissances et de l'accueil des malades, loin de l'obéissance aux «impératifs de la géographie des forces». Un monde libre, mené par la pensée de Marguerite Porète, humaniste, féministe avant l'époque, avant même le mot. Guion la suivra.(...)

    L'auteur poursuit: «Au médiéval, l'effroi des hommes face aux femmes est gigantesque. La misogynie arrive de partout, du christianisme comme des manuscrits de médecine arabe. Ainsi qu'on traite les femmes, on a souvent une vision similaire du paysage, de la nature, du désir, du corps. Dans les rapports paysans, on trouve une misogynie beaucoup moins grande, à cause de l'obligation concrète de la survie. Les hommes y ont besoin des femmes, les femmes des h

  • Tommy Guignard - Inscrit 17 mars 2012 09 h 25

    La justice n'est pas une question de calcul des bénéfices

    M. laberge,

    Lorsqu’on me demande mon « avis d’enseignant » sur le débat sur la hausse des frais de scolarité, je réponds que considérant mes origines sociales, je n’aurais jamais pu être en mesure d’avoir un « avis d’enseignant » sans le gel des frais de scolarité. Si j’avais eu à subir la hausse annoncée par le gouvernement, je n’aurais tout simplement jamais pu devenir enseignant.

    J’enseigne à Saint-Jérôme, l’une des villes les plus défavorisées du Québec. Au cours des cinq dernières années, j’y ai connu un grand nombre d’étudiants brillants qui m’ont dit qu’ils n’iront pas à l’université parce que ça va coûter trop cher pour eux. Et je ne parle pas d’étudiants qui ont un iPhone ou qui boivent trop de bière, je parle d’étudiants qui n’ont pas toujours assez d’argent pour manger avant de se présenter à un examen. On me dit qu’ils n’ont qu’à faire appel au programme de prêts et bourses. Soit, mais que peuvent faire ceux dont les parents sont trop riches pour que leurs enfants puissent bénéficier de ce programme, mais qui refusent d’aider financièrement leurs enfants? Le problème est bien réel, car ils ne sont pas peu nombreux dans cette situation. Et c’est sans parler de tous les jeunes qui se font carrément mettre à la porte par leurs parents dès qu’ils atteignent l’âge de dix-huit ans. Cela arrive toujours trop souvent. Ces jeunes-là ne méritent pas d’être oubliés. Pour éviter ces injustices, il faudrait donner des bourses à tous les étudiants, peu importe leur origine sociale, ou, encore mieux me semble-t-il, réduire les frais de scolarité. Que doit faire un jeune qui vient d’une famille riche qui le met à la porte ou qui refuse de l’aider financièrement? L’actuel programme de prêts et bourses ne pourra rien faire pour eux. Je pense que l’État a la responsabilité de venir en aide aux enfants de parents indignes. Des parents indignes, il risque to

  • Jacques Morissette - Abonné 17 mars 2012 09 h 29

    Quand la philosophie repose sur du vide.

    J'aime beaucoup la philosophie. Mais pas au point d'aimer tous les philosophes. J'ai lu votre texte jusqu'au bout. Ça m'a demandé beaucoup d'effort tellement je l'ai trouvé ennuyant. Il n'y a pas beaucoup d'amour dans votre texte, rien que des plats arguments rationnels.

    Les étudiants revendiquent simplement l'égalité économique des chances. En somme, comme disait je ne sais plus qui, au lieu de mettre 45 milliards pour favoriser l'industrie de la guerre, ils demandent d'en mettre moins de manière à les aider, eux, financièrement.

    Je ne serais pas d'accord avec les étudiants s'ils demandaient à leurs profs de baisser le niveau des exigences, pour passer les cours plus facilement. Implicitement, je suis d'accord avec eux aussi pour penser que l'intelligence n'est pas fonction que de son compte en banque.

  • Jean-François Mongrain - Inscrit 17 mars 2012 10 h 50

    Fausse analogie

    Bien que je suis en accord avec la thèse générale de Parfit, je crois que vous échouez à l'appliquer à la situation que vous tentez d'analyser grâce à elle.

    Vous échouez, car vous bâtissez votre argument sur une fausse analogie. Vous affirmez que la situation est analogue à celle qui dit qu'il serait irrationnel de refuser deux consoles EnjeuPlus venant gratuitement avec une console Enjeu pour privilégier l'achat de trois consoles Enjeu dans le seul but de préserver une égalité. C'est cette erreur de rationalité que Parfit nomme le prioritarisme.

    Le problème avec cette analogie, c'est que la hausse proposée des frais de scolarité n'aura pas pour effet de donner plus à certains sans rien enlever aux autres. Elle aura pour effet de donner plus à certains en privant complètement les autres. Le dilemme des parents est plutôt celui-ci : devons nous acheter deux EnjeuxPlus en sachant qu'il n'y a pas de console gratuite (espèce de tour de magie qui n'a aucun pendant dans la réalité sociale) et que notre troisième enfant sera privé de console.

    Car c'est bien l'effet qu'aura la hausse. Non pas d'améliorer la condition des uns sans toucher à celle des autres, mais bien d'augmenter la condition des uns en privant les autres de cette condition.

    En ce cas, l'analyse de Parfit ne s'applique pas, car on ne privilégie pas l'égalité sans raison et l'on ne confond pas égalitarisme et prioritarisme. On privilégie un vrai égalitarisme, justifié et rationnel.

    Bref, belle grise d'analyse, mais mauvaise application.

    • Q1234 - Inscrite 31 mars 2012 16 h 02

      Bravo ! Je suis tout à fait d'accord avec vous.

  • François Doyon - Inscrit 17 mars 2012 10 h 58

    Est-ce un philosophe ou un comptable?

    L'approche comptable de la justice de M. Laberge est un hideux produit de la société marchande qui ne peut conduire qu'à l’exclusion d’une minorité de laissés-pour-compte. Il y a des jeunes qui vivent dans la rue et qui n’ont pas droit aux prêts et bourses. On va sans doute me rétorquer qu’il ne s’agit que de malheureuses exceptions et qu’on ne peut rien y faire. Une société juste ne saurait tolérer de telles exceptions. Ces exceptions apparaissent intolérables dès que l’on prend la peine de réfléchir à ce que devrait être une société juste. Imaginez juste un instant que vous êtes sous une sorte de voile d’ignorance qui vous empêche de connaître votre classe sociale. Ce qui veut dire que vous êtes peut-être un jeune homosexuel de dix-huit ans qui vient de se faire mettre à la rue par ses parents homophobes qui refusent de l’abriter plus longtemps sous leur toit. C’est peu probable, mais tout à fait possible. Si l’on essaie maintenant d’imaginer une société qui pourrait apparaître aussi juste pour le plus défavorisé que pour le plus privilégié de cette société, comment ne pas conclure que tous devraient pouvoir jouir de chances égales de réussir dans la vie? Pouvoir accéder à l’éducation est une condition nécessaire à l’égalisation des chances.
    François Doyon, enseignant au Cégep de Saint-Jérôme