Lettres - Un ex-soixante-huitard salue André Gorz (Michel Bosquet)

Le soixante-huitard que j'ai été (lequel vient, comme par hasard, de devenir un aspirant-vieillard de 68 ans) remercie Le Devoir (samedi 7 janvier 2012) d'avoir eu la «délicatesse» (c'est le mot idoine) de présenter dans la rubrique «Le Devoir de philo» un texte de Jonathan Durand Folco. Titre du texte: «André Gorz militerait contre les gaz de schiste».

André Gorz m'a accompagné, sur le plan intellectuel, à partir du moment où j'ai eu une vingtaine d'années. Ses analyses, plus que celles de Sartre, me ravissaient et me semblaient marquées au sceau de la plus grande des lucidités et sagesses. En fait, comme le souligne très pertinemment Jonathan Durand Folco, la pensée de Gorz était du type: ou bien ceci (l'ordre bien établi, souvent réformiste), ou bien cela (une certaine forme de mutation «utopique» et «révolutionnaire» inspirée, notamment, par Ivan Illich). Gorz aimait beaucoup l'alternative radicale: réforme ou révolution.

Une de ses critiques portait sur la perpétuelle «fuite en avant» du système capitaliste, lequel est incapable de lucidité et d'autocritique (ce qui n'est pas étonnant de la part d'un système établi). En ce sens, la volonté d'exploiter les gaz de schiste et le plan Nord de Charest auraient dégoûté monsieur Gorz-Bosquet.

Drôle de numéro que cet André Gorz! Il est né à Vienne en Autriche le 9 février 1923. Il s'appelait alors Gerhard Hirsch. Plus tard, il s'est appelé Gérard Horst pour devenir ensuite André Gorz, collaborateur de Jean-Paul Sartre. Puis, au Nouvel Observateur, il a utilisé le nom de Michel Bosquet pour signer ses textes et de nombreux livres. De manière tragique, lui et son épouse, qu'il aimait profondément, ont coupé eux-mêmes le fil de leur vie le 22 septembre 2007.

Pour terminer, si les amis du Devoir ne trouvent pas mon texte trop long, je propose une citation: «Nous savons que, depuis cent cinquante ans, les sociétés industrialisantes vivent du pillage accéléré de stocks dont la constitution a demandé des dizaines de millions d'années...» (Écologie et liberté, éditions Galilée).

Chapeau, monsieur Gorz-Bosquet! Et tous mes remerciements au Devoir et à Jonathan Durand Folco!

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Jean-Serge Baribeau - Montréal, le 9 janvier 2012
1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 11 janvier 2012 04 h 43

    Oui merci.

    Parfois, quand les vitres de nos fenêtres sont trop salies, seuls les sages reconnaissent les qualités du ciel qui nous domine.
    Merci à vous tous qui éclairez nos perceptions et alimentez notre réflexion.
    Cela, sans vouloir offenser votre humilité, vous incluant bien sûr, Monsieur Baribeau.