La vague orange expliquée par Tocqueville

Qu’a-t-on vu sans cesse dans les journaux et à la télévision? Le sourire radieux de Jack Layton, qui a plu à 24 % des électeurs du NPD (selon un sondage Léger Marketing–Le Devoir), même au point de leur faire oublier (ou négliger) le peu de consistance du candidat NPD de leur propre circonscription. <br />
Photo: Agence Reuters Fred Thornhill Qu’a-t-on vu sans cesse dans les journaux et à la télévision? Le sourire radieux de Jack Layton, qui a plu à 24 % des électeurs du NPD (selon un sondage Léger Marketing–Le Devoir), même au point de leur faire oublier (ou négliger) le peu de consistance du candidat NPD de leur propre circonscription.

Une fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie et d'histoire, mais aussi à d'autres passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur marquant.

La gigantesque vague orange qui a submergé le Québec lors des dernières élections fédérales n'a pas manqué de susciter des réactions. Un sondage Léger Marketing-Le Devoir a révélé que 45 % des électeurs du NPD avaient voté pour du changement, que 34 % souhaitaient bloquer ainsi une majorité conservatrice et que 33 % voulaient passer à autre chose après 20 ans de domination du Bloc québécois. On a donc expliqué cette soudaine apparition de l'orangé dans le paysage politique de la Belle Province par une déception des Québécois envers les alternatives traditionnelles entre le rouge et les deux teintes de bleu.

Certains analystes ont même comparé cette fulgurante ascension du NPD à celle de l'ADQ, encore fraîche à nos mémoires. Ce parallèle, soutenu par la similitude des situations de deux partis s'étant présentés comme une option nouvelle dans un contexte où les vieilles factions se trouvaient affaiblies, n'explique toutefois pas comment des milliers de Québécois ayant récemment voté pour un parti aussi à droite que l'ADQ appuient maintenant le NPD, l'option la plus à gauche de la dernière campagne.

Face à cette question, les experts n'ont pu que soupirer (ou rugir!) sur notre incohérence. Les Québécois veulent du changement, remarquent-ils, peu importe lequel. Notre inconséquence proviendrait soit de notre indifférence à l'égard de la politique en général et de celle qui se joue à Ottawa en particulier, soit de notre incapacité (réelle ou présumée) de comprendre les véritables enjeux qui se cachent derrière le spectacle de variétés que représente pour nous une campagne électorale.

De telles analyses ont l'avantage d'être brèves (après tout, il faut en revenir, des élections!) et de contenter notre tendance au cynisme. Pourquoi nous préoccuperions-nous de politique dans un pays où l'on doit choisir entre des partis vieillis et un parti qui devra offrir des cours de rattrapage à des élus qui n'avaient jamais envisagé qu'on leur demanderait autre chose que de mettre leur photo sur des affiches électorales?

Comment croire en un système qui repose sur l'intelligence d'électeurs qui comprennent assez mal le mot «représentant» pour offrir ce titre à un candidat de 19 ans, ou à une autre qui ne parle pas leur langue et n'avait jamais mis les pieds dans leur circonscription avant de gagner les élections?

Mais pendant que nous nous complaisons à rire amèrement de nos concitoyens et de nos élus, nous nous disons que nous avons des choses plus importantes à faire... Avec le cynisme vient l'inertie politique. Comme quoi certaines analyses, aussi efficaces soient-elles pour décrire un phénomène, peuvent avoir pour effet d'accentuer les défauts qu'elles ont raison de dénoncer. La solution, s'il y en a une, se trouverait peut-être dans un autre genre de discours s'appuyant sur un autre type d'explication de la situation où nous nous trouvons.

C'est ce qu'aurait soutenu Alexis de Tocqueville (1805-1859), qui aimait assez la démocratie pour lui dire ses défauts sur un ton propre à l'en guérir. Selon lui, pour améliorer notre monde, il faut le comprendre en profondeur, ce qui implique de chercher des causes lointaines sous les événements les plus insolites de l'actualité.

Médiocrité et incompétence

Dans son célèbre De la démocratie en Amérique, qu'il rédige en dégageant, à partir de l'exemple des institutions et de la société civile américaines de son époque, les effets à long terme de l'égalité des conditions, Tocqueville remarque que les gens de mérite — ceux qui possèdent à la fois l'intelligence, l'expérience des affaires publiques et un désir sincère de se dévouer pour le bien commun — sont rarement appelés aux importantes charges politiques en démocratie.

«Il est évident, remarque-t-il, que la race des hommes d'État américains s'est singulièrement rapetissée depuis un demi-siècle», constat que l'observation des politiciens actuels du Canada et du Québec n'aurait fait que confirmer. Il voit plusieurs causes à ce phénomène, dont deux méritent d'être relevées ici parce qu'elles s'appliquent particulièrement à notre situation.

Tocqueville nous donne d'abord des pistes pour comprendre pourquoi un parti comme le NPD, qui n'est pas né d'hier et qui présente un programme sans doute critiquable sous sa forme actuelle mais du moins appuyé sur une vision solide et fort intéressante de l'administration publique, en a été réduit à devoir recruter, dans certaines circonscriptions, des candidats inexpérimentés ou même absents.

Il remarque en effet que «tandis que les instincts naturels de la démocratie portent le peuple à écarter les hommes distingués du pouvoir [entre autres parce qu'ils aiment bien être représentés par des gens ordinaires, qui leur ressemblent, explique-t-il ailleurs], un instinct non moins fort porte ceux-ci à s'éloigner de la carrière politique, où il leur est si difficile de rester complètement eux-mêmes et de marcher sans s'avilir.»

On sait tous que quand on entre en politique, il faut accepter de jouer le jeu. Puisqu'on peut rarement convaincre les électeurs du bien-fondé de ses idées parce qu'ils ont peu de temps pour écouter, il faut plutôt les séduire par une image et un discours populaires, ce qui implique de faire des compromis sur ses principes et, trop souvent, sur sa dignité.

Ainsi, les meilleurs candidats — les gens intelligents, expérimentés et qui sont davantage épris du bien public que du pouvoir ou de l'argent — s'écartent généralement de la politique pour aller oeuvrer là où ils croient davantage pouvoir faire une différence. De là, dirait Tocqueville, la difficulté pour les différents partis politiques de recruter des candidats de qualité. En raison du statut de tiers parti qu'il avait encore récemment et du caractère précipité de la récente campagne, le NPD aurait donc simplement été plus cruellement touché par ce phénomène proprement démocratique.

Reste à savoir pourquoi nous, les électeurs, avons choisi comme représentants des gens qui n'avaient pas fait leurs preuves. Tocqueville aurait vu dans le résultat du scrutin québécois l'effet d'une autre tendance lourde de la démocratie. Dans une société où aucune classe sociale n'a de privilèges héréditaires, remarque-t-il, l'immense majorité des citoyens consacre le plus clair de son temps à gagner sa vie. Pressés par leurs affaires ou par le désir de jouir de leur vie privée, les gens ont en général peu de temps à accorder aux affaires publiques, même en période électorale.

«Quelle longue étude, que de notions diverses sont nécessaires pour se faire une idée exacte du caractère d'un seul homme! Les plus grands génies s'y égarent, et la multitude y réussirait! Le peuple ne trouve jamais le temps et les moyens de se livrer à ce travail. Il lui faut toujours juger à la hâte et s'attacher au plus saillant des objets.» En mettant en évidence l'importance de l'image projetée par les politiciens, Tocqueville cherche ici à mettre ses lecteurs en garde contre les charlatans, ceux qui trompent les électeurs par une image attrayante mais fausse.

Cet appel à voir au-delà de ce qui frappe le plus est d'autant plus valable aujourd'hui qu'il est désormais possible, en raison de la place immense qu'occupent les médias dans l'espace public, d'éblouir sans tromper simplement en présentant une image à répétition, au point d'occulter les autres.

Qu'a-t-on vu sans cesse dans les journaux et à la télévision? Le sourire radieux de Jack Layton, qui a plu à 24 % des électeurs du NPD (toujours selon le sondage Léger Marketing - Le Devoir), même au point de leur faire oublier (ou négliger) le peu de consistance du candidat NPD de leur propre circonscription.

Ils ont voté pour le chef, l'objet le plus «saillant» d'un parti parce que c'est lui que présentent les médias de masse, lesquels d'ailleurs constituent la principale source d'information des électeurs pressés que nous sommes. Alors que pour connaître son candidat local, il aurait fallu faire l'effort de s'informer en se rendant aux assemblées de quartier, notamment, ce que la plupart des gens, absorbés par leur quotidien, ne prennent pas le temps de faire.

L'image de Layton a donc embelli celle de son équipe du Québec. Or elle a aussi obscurci, par le même phénomène de domination médiatique, celle des chefs des autres partis. La vague orange a en effet été accentuée par le désir des Québécois de voter stratégiquement contre Harper. Puisqu'on n'a eu de cesse, dans les médias, de souligner la montée de popularité du NPD dans les intentions de vote, beaucoup y ont vu la meilleure option pour bloquer une majorité conservatrice, sans toutefois penser que l'efficacité d'un parti ne repose pas que sur le nombre de sièges obtenus, mais aussi sur la qualité de ceux qui y sont assis.

Tocqueville n'aurait donc pas été surpris des résultats du dernier scrutin. Il y aurait vu l'effet des conditions propres aux sociétés démocratiques, qui rendent la politique active peu attrayante aux meilleurs candidats et qui font en sorte que les électeurs, occupés par leurs propres affaires, jugent mal parce qu'ils s'arrêtent au tape-à-l'oeil.

Cette fois-ci, notre erreur de jugement se situe à deux niveaux: c'est, d'une part, d'avoir voté pour un parti ou pour un chef en méconnaissant l'importance du rôle des députés dans un système représentatif comme le nôtre et, d'autre part, de n'avoir pas songé, malgré l'exemple récent de l'ADQ, qu'en donnant trop de pouvoir trop rapidement à un parti encore peu préparé, nous risquions d'entraîner sa chute sans obtenir les changements désirés.

Un remède démocratique?

Tocqueville aurait expliqué ces deux erreurs de jugement par un manque d'éducation politique. Le citoyen québécois, qu'il ait 18 ou 77 ans, limite en général son rôle politique à une participation au processus électoral, qui ne lui est demandée (en principe) que tous les quatre ans. Ainsi, la plupart d'entre nous, quel que soit notre âge, n'avons qu'une mince expérience de la vie publique. Or Tocqueville soutient que l'un des effets les plus dangereux de la démocratie moderne est de faire en sorte que les citoyens, absorbés par le désir de jouir de leur vie privée, remettent à un gouvernement centralisé le soin de s'occuper de tout, sous condition de conserver la liberté de choisir périodiquement les membres de ce gouvernement.

Ce philosophe estime en effet qu'une telle liberté n'est qu'apparente. Selon lui, il est des facultés intellectuelles — dont la capacité de bien juger — comme de la force physique: il faut les exercer pour les développer. Sans une participation régulière à la vie publique, croit-il, «en vain chargerez-vous ces [...] citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n'empêchera pas qu'ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d'agir par eux-mêmes, et qu'ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l'humanité».

Tocqueville aurait donc vu dans le résultat du dernier scrutin le symptôme d'une maladie démocratique: la tendance des individus à se retirer de la vie publique pour se concentrer sur leur vie privée, dont l'un des effets néfastes est le rétrécissement de leurs vues et l'aliénation qui en découle. Il ne se serait toutefois pas alarmé d'emblée de la vague orange au Québec, comme beaucoup d'entre nous l'avons fait. Selon lui, s'il est naturel à la démocratie d'avancer un peu au hasard, elle porte tout aussi naturellement en elle la capacité de corriger ses erreurs.

De fait, avec la démocratie moderne vient une série de droits et de libertés fondamentales, dont celle de s'associer. Cette liberté, que certains des contemporains de Tocqueville souhaitaient réduire en raison des risques qu'elle comporte, est au contraire, selon le philosophe, la clé de la solution aux problèmes qui la rendent dangereuse.

Il soutient en effet que «les sentiments et les idées ne se renouvellent, le coeur ne s'agrandit et l'esprit humain ne se développe que par l'action réciproque des hommes les uns sur les autres» et cela, lit-on ailleurs dans son ouvrage, parce que «quand une opinion est représentée par une association, elle est obligée de prendre une forme plus nette et plus précise. Elle compte ses partisans et les compromet dans sa cause. Ceux-ci apprennent eux-mêmes à se connaître les uns les autres, et leur ardeur s'accroît de leur nombre.»

Autrement dit, l'existence d'associations, qu'elles soient politiques — partis politiques, groupes d'action communautaire, de défenses de droits, etc. — ou civiles — conseils d'administration d'organismes à but non lucratif, comités de parents, collectifs pour le verdissement de secteurs urbains, comités pour l'organisation de fêtes de quartier, associations étudiantes, par exemple —, a pour double effet de produire des opinions plus éclairées et de parfaire le jugement des individus qui y participent en leur donnant l'occasion de confronter leurs opinions à celles des autres et en les habituant à envisager, par-delà leurs intérêts égoïstes et immédiats, des objectifs communs et plus éloignés.

Une plus grande participation citoyenne

Dans l'optique de Tocqueville, c'est donc par une plus grande participation des citoyens à la vie publique au moyen d'une implication dans diverses associations qu'on pallierait les lacunes de l'éducation citoyenne au Québec et, graduellement, qu'on pourrait espérer rendre les électeurs capables de mieux comprendre les enjeux de société. Tocqueville croit donc que pour régler le problème démocratique qui consiste à donner du pouvoir à des citoyens incapables de l'exercer, il ne faut pas charger des professionnels de s'occuper pour eux de ce qui touche le vivre ensemble, mais au contraire encourager les citoyens à s'engager davantage dans la vie publique.

En ce sens, le philosophe considérerait sans doute que l'inexpérience de plusieurs de nos nouveaux députés fédéraux nous fournit une occasion en or de corriger nos propres défauts. Il nous suggérerait de les suivre de près, non pas comme le font les animateurs de radio populaires qui ne cherchent qu'à leur faire faire des bévues sur les ondes pour le bon plaisir (cynique) des auditeurs, mais en les interpellant directement sur les intérêts qui nous touchent localement.

C'est en les faisant travailler sur des projets assez proches de nous pour que nous puissions en mesurer les effets que nous parviendrons à vraiment connaître les lignes de ce parti que nous avons chargé de faire face à la droite conservatrice. C'est en montrant à nos députés que nous veillons à ce qu'ils respectent leurs engagements que nous les forcerons à développer leur valeur et à mériter la confiance que nous leur avons donnée, dans certains cas, un peu au hasard.

C'est en nous intéressant à la vie publique que nous stimulerons l'action associative et que nous nous exercerons, petit à petit, à faire preuve d'un jugement éclairé en politique.

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Caroline L. Mineau, professeure de philosophie au cégep de Sainte-Foy

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16 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 11 juin 2011 13 h 41

    Encore une fois 10 sur 10

    J'aime l'idée que «le philosophe considérerait sans doute que l'inexpérience de plusieurs de nos nouveaux députés fédéraux nous fournit une occasion en or de corriger nos propres défauts».

    Mais à la vitesse où la situation se dégrade, je crains malheureusement que nous devrons toucher le fond du baril et boire la lie de notre insignifiance.

    Cela dit je comprends mieux maintenant, beaucoup mieux, à la fois l'urgence mais aussi la difficulté. D'un autre côté il faut savoir en effet si l'on veut appliquer le bon remède à quelle maladie il s'adresse.

    Bravo madame Mineau, et merci pour cet éclairage très éclairant.

  • Jean Laberge - Abonné 11 juin 2011 13 h 55

    Hors de la démocratie point de salut?

    Pour Tocqueville, ainsi que pour la vaste majorité d’entre nous, la démocratie est un acquis indiscutable. Depuis sa naissance, on en est toujours à proposer des correctifs et des remèdes à des sérieuses carences. Si la démocratie est, comme le disait si éloquemment le président Lincoln, le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, alors, effectivement, il est impérieux que «le peuple» participe à la vie démocratique – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, comme vous le soulignez.
    Cependant, se pourrait-il que la démocratie comporte de si sérieux problèmes que même les solutions avancées soient inefficaces? Au Québec, on n’oubliera pas la mine d’un Gilles Duceppe qui, même déconfit, mais bon démocrate, fit sa profession de foi en déclarant «La démocratie a parlé!». Qui donc parla le 2 mai dernier? Le peuple? L’intérêt général? La volonté générale? Celle des citoyens? L’ensemble de la collectivité? La majorité des citoyens? La souveraineté populaire? Selon la définition de la démocratie moderne, toutes ces réponses sont bonnes. S’il faut en croire Jean-Jacques Rousseau qui, avec Hobbes et Locke en Angleterre, se fit le concepteur de notre démocratie moderne, «la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique» (Du contrat social). Ainsi, lorsqu’on entonne en chœur «la démocratie a parlé!», comme nous le firent tous le 2 mai, il faut entendre par là l’expression de la volonté générale (du «peuple»? de «l’ensemble des citoyens»? de la majorité?) qui est sacro-sainte puisqu’elle vise le Juste et le Bien Commun.
    Il va sans dire que tout ce langage est nébuleux. Toutefois, nous sommes si démocrates dans l’âme, nous modernes, que nous ne voulons pas réaliser pas à quel point le discours démocratique est nébuleux, voire dangereux.
    Il faut avoir le courage de regarder les choses en face.

  • René Bolduc - Abonné 12 juin 2011 10 h 58

    Encore une position de surplomb ?

    J'avoue en avoir un peu marre de ces commentaires teintés d'élitisme qui prétendent mieux décortiquer que quiconque ce qui s'est réellement passé le 2 mai dernier. Avec leur position de surplomb, ils prétendent éclairer les errements du "pauvre troupeau". Il est vrai que le texte de madame Mineau débute en nommant des raisons valides (bloquer les conservateurs, désir de changement, épuisement des autres partis ...) mais, par la suite et avec l'appui de Tocqueville, elles sont ensuite écartées du manteau de la rationalité ("image attrayante mais fausse", "erreur de jugement" ...).

    Par exemple, est-on si sûr que ça que ceux qui ont voté ADQ il y a quelques années sont les mêmes qui ont voté NPD ? Faudrait voir.

    Ce qui est un peu décevant dans ce texte - d'accord, c'est une application de Tocqueville à notre situation actuelle, mais il y a des limites - c'est qu'il ne note pas au passage que ce n'est pas simplement un manque d'intelligence politique qui amène les électeurs à voter pour des représentants connus ni d'Ève ni d'Adam, mais bien le système uninominal à un tour. En effet, on est souvent piégé avec ce dilemme : tel représentant local est bien, mais ce n'est pas son parti qu'on voudrait voir porté au pouvoir ou tel représentant est un réel fantôme mais il se trouve qu'on appuie son parti. Donc voter pour un représentant âgé de 19 ans ou qui est à Las Vegas (ce qui ne peut même pas être considéré réellement comme un vote "pour" eux) n'est pas un comportement irrationnel en soi ; c'est la "rationalité" du système en place qui le commande. Dans le meilleur des cas, il y a coïncidence entre le candidat local, le chef et, il ne faut pas l'oublier, le programme.

    Je veux être juste : l'auteure termine en mentionnant comment on peut remédier aux déficits démocratiques, comment on peut échapper au "despotisme doux" (Tocqueville) en retrouvant la vie associative où on sort de nos Je pour commencer à dire Nous.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 juin 2011 16 h 53

    Remarquable !

    Et dire que certains voudraient qu'on abandonne la philo au cégep.

  • Jacques Morissette - Abonné 12 juin 2011 20 h 32

    En théorie, en effet, je donnerais un 10/10. Mais... (1)

    Du point de vue éducation, la population n'est pas très éduquée au monde de la politique. Je vais me faire l'avocat du diable. Si j'étais politicien qui aime ramer sa barque seul, sans que la population s'en mêle, c'est la société idéale pour moi. Maintenant, qui décide du contenu de notre système d'éducation. Aussi, du genre d'éducation que la population va recevoir?

    Alors, votre question de bien juger quant à la faculté de savoir pour qui voter. Il y a d'abord que la population vote pour les politiciens qui sont au menu. Pour ce qui est du reproche à la population de dire qu'elle est responsable des politiciens et des partis politiques, c'est zéro. Pourquoi?

    Du simple fait que le système politique étant ce qu'il est, ce sont plus les partis politiques qui "choisissent" les membres de leur caucus. Nous ne pouvons voter que pour ceux qui se présentent et la population n'a pas beaucoup de marge de manœuvre là-dedans. Notre système politique le veut ainsi.

    Quant au travail des politiciens, normalement ceux-ci seraient censés défendre les intérêts de la population, le bien commun, etc. Mais ce n'est souvent pas le cas. Autant la population n'a pas vraiment de culture politique, autant les politiciens ont une certaine culture politique qui leur fait croire en des valeurs qui ne coïncident pas toujours avec celles de la population.

    Si j'allais plus loin dans ma démonstration, madame, ce serait peut-être pour vous dire que vous avez fait preuve d'un peu trop de pédanterie à mes yeux. La population ne nage pas dans l'eau qu'elle se choisit. Les gens ont une famille, un travail, des enfants à s'occuper.