33 mineurs pris au piège de la société du spectacle

Pierre Mouterde en vient à souhaiter aux mineurs «de continuer à porter leurs fameuses lunettes noires, pour se protéger non seulement de la lumière du jour, mais aussi de ce regard médiatique prédateur qui s’emploie, en les isolant les uns des autres, à les enfermer dans le monde spectaculaire du paraître et de l’illusoire».<br />
Photo: Agence Reuters Ivan Alvarado Pierre Mouterde en vient à souhaiter aux mineurs «de continuer à porter leurs fameuses lunettes noires, pour se protéger non seulement de la lumière du jour, mais aussi de ce regard médiatique prédateur qui s’emploie, en les isolant les uns des autres, à les enfermer dans le monde spectaculaire du paraître et de l’illusoire».

Chaque mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie et d'histoire, mais aussi à d'autres passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur marquant.

Qui n'a pas au moins jeté un coup d'oeil à la télévision, le soir du 13 octobre 2010, pour suivre le sauvetage de ces 33 mineurs ensevelis depuis 69 jours dans les entrailles de roc du désert d'Atacama, au nord du Chili? Et qui n'a pas été touché par le spectacle de leur retour à la vie ainsi que par les images d'allégresse d'un peuple entier, soudainement uni autour de son président dans cette lutte victorieuse contre la mort appréhendée? Alors, puisque pour une fois on n'avait pas à se désoler du cours du monde, quel plaisir de se réjouir avec lui et de se muer pour quelque temps — au côté de centaines de millions d'autres — en spectateurs planétaires contemplant en direct le dénouement heureux d'une si éprouvante odyssée.

L'affaire semble donc aller de soi! Mais est-ce si sûr? N'y a-t-il pas, dans toute cette histoire, quelque chose qui fait problème, quelque chose qui nous parle de l'état du monde contemporain et des formidables aliénations dont il serait aujourd'hui l'objet? C'est tout au moins ce qu'aurait défendu Guy Debord, penseur et cinéaste français disparu en 1994 et auteur, en 1967, d'un opuscule explosif: La Société du spectacle. Malgré le peu d'écho obtenu à l'époque auprès d'un large public, il a fini par faire date dans l'univers de la pensée critique et révolutionnaire. Ne serait-ce que parce que ce livre annonçait à sa manière les événements de Mai 68 et que son auteur — comme membre de l'Internationale situationniste — en fut un des inspirateurs idéologiques les plus en vue!

Littéralement ressuscités des morts

Mais revenons aux 33 mineurs. Pourquoi un tel battage médiatique autour d'eux? Après tout, des accidents miniers, il y en a tous les jours de par le monde, et généralement la terre entière n'entre pas en émoi à leur propos. Que s'est-il donc passé? Et là, il faut le dire, les réponses n'ont pas manqué de fuser un peu partout, notamment en faisant ressortir les particularités du contexte social et culturel chilien. Voilà un peuple, récemment meurtri par un terrible tremblement de terre ainsi que par une reconstruction difficile, qui peut tout à coup s'identifier à un événement positif magnifié par une mise en scène télévisuelle grandiose: 33 mineurs, qu'on croyait morts, finissent, au terme d'un long suspense et grâce aux efforts de tous, par émerger — sous les yeux de millions de spectateurs — des entrailles de la terre, littéralement ressuscités des morts. Et comment ne pas vivre l'événement — dans le sillage de ces processus psychologiques de projection-identification bien connus — comme une indéniable victoire sur le destin et la mort, baume sur le coeur pour tous «les vivants» que nous sommes?

Mais pour Guy Debord, ce type d'explication — pour intéressant qu'il soit — resterait largement insuffisant, dans la mesure où il ne fait ressortir ni les conditions de possibilité de tels phénomènes ni surtout les dimensions profondément problématiques qu'ils recèlent.

Une accumulation de spectacles

Car pour lui, s'il devient aujourd'hui si commun de se projeter dans des représentations médiatiques, s'il devient si fréquent de confondre les événements avec leurs images, c'est que nous vivons désormais dans une société qui non seulement se présente, ainsi que l'avait déjà indiqué Marx, comme une «immense accumulation de marchandises», mais s'annonce aussi — c'est là le nouveau — comme «une immense accumulation de spectacles». Ce qui fait que, pour Debord, l'univers médiatique d'aujourd'hui est beaucoup plus qu'un ensemble de technologies (radio, télé, Internet, cellulaires, etc.) qu'on aurait inséré entre nous et le monde. Il est beaucoup plus qu'une suite d'images chaque fois plus envahissantes: il est d'abord et avant tout une idéologie et «un rapport social entre des personnes médiatisé par des images» (4), un rapport qui implique la séparation irrémédiable du spectateur avec ce qu'il contemple et amène ce dernier à voir son vécu «s'éloigner dans une représentation» (1), de telle sorte qu'elle lui devient totalement étrangère. «Plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir» (30), conclut Debord, signifiant par là que la société du spectacle se caractérise par un formidable renversement qui conduit à vivre chaque fois plus par procuration, à prendre l'image pour la chose, la représentation pour la réalité, en somme à enfermer la vie réelle des individus et à la capter dans des apparences et des représentations. «La critique qui atteint la vérité du spectacle, écrit-il, le découvre comme la négation visible de la vie; comme une négation de la vie qui est devenue visible» (7). D'où ces phénomènes de solitude et de séparation d'avec autrui qui sont si caractéristiques de nos sociétés contemporaines. D'où aussi cette interruption de l'échange social que le spectacle ne cesse de renouveler, remplaçant la communication authentique entre individus par le monologue, dissolvant au passage la communauté et le sens critique qui l'accompagne.

Car pour lui, s'il devient aujourd'hui si commun de se projeter dans des représentations médiatiques, s'il devient si fréquent de confondre les événements avec leurs images, c'est que nous vivons désormais dans une société qui non seulement se présente, ainsi que l'avait déjà indiqué Marx, comme une «immense accumulation de marchandises», mais s'annonce aussi — c'est là le nouveau — comme «une immense accumulation de spectacles». Ce qui fait que, pour Debord, l'univers médiatique d'aujourd'hui est beaucoup plus qu'un ensemble de technologies (radio, télé, Internet, cellulaires, etc.) qu'on aurait inséré entre nous et le monde. Il est beaucoup plus qu'une suite d'images chaque fois plus envahissantes: il est d'abord et avant tout une idéologie et «un rapport social entre des personnes médiatisé par des images» (4), un rapport qui implique la séparation irrémédiable du spectateur avec ce qu'il contemple et amène ce dernier à voir son vécu «s'éloigner dans une représentation» (1), de telle sorte qu'elle lui devient totalement étrangère. «Plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir» (30), conclut Debord, signifiant par là que la société du spectacle se caractérise par un formidable renversement qui conduit à vivre chaque fois plus par procuration, à prendre l'image pour la chose, la représentation pour la réalité, en somme à enfermer la vie réelle des individus et à la capter dans des apparences et des représentations. «La critique qui atteint la vérité du spectacle, écrit-il, le découvre comme la négation visible de la vie; comme une négation de la vie qui est devenue visible» (7). D'où ces phénomènes de solitude et de séparation d'avec autrui qui sont si caractéristiques de nos sociétés contemporaines. D'où aussi cette interruption de l'échange social que le spectacle ne cesse de renouveler, remplaçant la communication authentique entre individus par le monologue, dissolvant au passage la communauté et le sens critique qui l'accompagne.

31 morts par année

L'odyssée des 33 mineurs chiliens tendrait pourtant à lui donner raison, tout au moins à titre d'exemple paradigmatique. Qu'on songe ainsi à l'ampleur comme à la forme totalisante du spectacle qui a fini par se constituer à cette occasion. Quelque chose de tout à fait révélateur, surtout si on note que l'événement n'avait pas été planifié, à la manière de ces grands jeux sportifs contemporains. Car ce n'était pas simplement le peuple chilien qui attendait avec anxiété le retour à l'air libre de ces 33 mineurs, c'étaient des centaines de millions de téléspectateurs anonymes qui, par leurs chaînes respectives (dont Radio-Canada!), se sont retrouvés devant leurs téléviseurs ou ordinateurs pour suivre in vivo l'exceptionnel sauvetage. Comme un suspense en direct qui, pendant plusieurs heures, va occuper le devant de la scène médiatique mondiale. Et tous ces spectateurs rassemblés ne l'ont fait — il faut le noter — qu'à travers un même et unique registre d'images; en somme, une seule version de l'événement. À ce moment-là, il n'y avait pas d'autres vues que celles mises en scène par les autorités chiliennes: la petite nacelle «phenix» émergeant de la terre ou atterrissant dans ses profondeurs, avec alentour les experts de la Codelco et au centre le président Piñera accueillant, embrassades à l'appui, un à un, les rescapés. De quoi faire germer dans l'esprit de chacun l'image obligée d'une oeuvre commune grandiose — ce dévouement fébrile, cette solidarité de tous se nouant autour du retour possible à la vie de mineurs tenus pour mort — à laquelle on finit tous par vouloir s'associer avec enthousiasme et émotion. À la manière d'une grande famille qui se retrouverait unie par de nobles valeurs et un même amour absolu de la vie.

Mais ce ne sont que politiques spectacles et jeux des apparences contraires à la réalité et la travestissant si habilement que «le vrai devient un moment du faux», clamerait Debord. En somme, quelque part on doit lui donner raison, quand on sait que le président Piñera, entrepreneur aguerri — et disciple de feu le dictateur Pinochet —, est un défenseur acharné de la dérégulation néolibérale, par conséquent le partisan de politiques visant à alléger (pour ne pas dire supprimer) tout contrôle étatique sur les activités économiques du pays et donc sur le secteur minier, là où pourtant il y aurait tant eu besoin de les multiplier.

Car il y a 31 morts en moyenne par an dans les mines du Chili (sur un total de près de 106 340 travailleurs), et un si faible taux de syndicalisation (13 %) qu'on ne peut que parler de relations de travail inégales et implacablement hiérarchisées. D'ailleurs, la direction de la mine de San José avait fermement interdit — on vient de l'apprendre — aux 33 mineurs de remonter à la surface, le jour même de l'accident, alors qu'ils avaient été alertés au fond de la mine par des grondements suspects. Et que dire du fait que cette mine, faute de contrôles adéquats, continuait de fonctionner pendant qu'elle aurait dû être, pour cause d'insécurité chronique, fermée depuis longtemps? Sans même parler de ces 300 autres mineurs de la mine qui, désormais sans travail, devront attendre neuf mois avant d'être indemnisés. Au moment de l'accident, il n'y avait donc pas de collectivité unifiée ou même de valeurs communes, encore moins de grande famille, mais une lutte inégale et cruelle entre groupes humains aux intérêts foncièrement contradictoires, une lutte séparant propriétaires de capitaux et ceux qui sont obligés de descendre dans la mine, et malheureusement trop souvent... d'y rester.

Et quand, grâce à leur courage, les 33 parviennent à échapper à cette claustrophobie à laquelle leur destin de mineur les renvoyait, les voilà happés par un danger inverse, celui de l'agoraphobie née des pressions de l'univers médiatique qui, depuis leur retour à la surface, tente de les arracher — en les transformant en de véritables stars — à ce qui les avait tant aidés à se tenir debout: cette solidarité collective, si forte et intense, gagnée dans les abîmes de l'adversité. De quoi finalement leur souhaiter de tout coeur de continuer à porter leurs fameuses lunettes noires, pour se protéger non seulement de la lumière du soleil, mais aussi de ce regard médiatique prédateur qui s'emploie, en les isolant les uns des autres, à les enfermer dans le monde spectaculaire du paraître et de l'illusoire. Loin, très loin de cette «vie authentique» dont, pour Debord, la société du spectacle est en train de signer la fin.

Lire et relire Debord

C'est là tout l'intérêt des thèses de Guy Debord: nous obliger à porter attention à un phénomène qui, annoncé en 1967 de manière prophétique, n'a fait depuis que se renforcer de manière impressionnante. Voilà désormais que le spectaculaire est — par l'entremise de la mondialisation néolibérale — intégré à la vie quotidienne des humains de la planète entière, et l'affaire des 33 mineurs en est quelque part l'expression emblématique. Le spectacle est partout et son pouvoir délétère et illusionniste, grandissant. Certes, les thèses de Debord prêtent flanc à la critique — trop abstraites et globalisantes, se présentant ainsi comme irréfutables (c'est, par exemple, le point de vue de Régis Debray) —, elles n'en demeurent pas moins un extraordinaire appel à rester critiques. Et surtout à saisir comment — dans le sillage des aliénations que la société du spectacle ne cesse d'alimenter — on a comme jamais besoin d'un «autre monde possible». On ne le dira jamais assez: pour rester lucide et garder la vue qui porte au loin, pour apprendre à échapper aux pièges que nous tend l'ordre néolibéral d'aujourd'hui, il faut lire et relire Guy Debord. Comme un formidable antidote aux illusions du monde.

***

Pierre Mouterde - L'auteur est professeur de philosophie au collège Limoilou.

***

-Dernier livre paru de Pierre Mouterde: Pour une philosophie de l'action et de l'émancipation, Écosociété, Montréal, 2009, 168 pages.

-Des suggestions, des commentaires? Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d'histoire: www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo
6 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 23 octobre 2010 16 h 30

    Le monde est vieux

    Le monde est vieux

    Le prince Siddhartha dit le Bouddha a déjà mentionné cela il y a quelques 2500 ans. Et quelques autres aussi, avant et après lui. Le mode est une illusion. Tout n'est que vanité.
    L'illusion/vanité est dans notre tête. Elle embrouille tout.

    Mais je ne crois pas que Guy Debord serait d'accord. Querelles de prophètes.
    Le situationnisme, mai 1968, les gauchistes de tout poil, la Grandes illusion-spectacle de la fin du XXe. (voir la petite apocalypse de Costa-Gavras, 1993)
    Puis il y a eu Soljenitsyne : Staline, Mao, Pol Pot et les autres... déboulonnés. Danger des idéalismes qui servent d'écran de fumé aux pires crimes.

    Bien sur il faut se méfier des puissants de ce monde qui veulent notre bien... Il faut aussi se méfier de ceux qui ont toujours raison contre tous, les intégristes de tous les horizons. Il n’y a pas de solutions simplistes.

    Le monde est de plus en plus fragile, alors si on l'écoutait avant qu'il ne soit trop tard.

  • France Marcotte - Inscrite 24 octobre 2010 10 h 56

    Ne rien oublier

    Guy Debord, penseur et cinéaste français disparu en 1994 et auteur, en 1967, d'un opuscule explosif: La Société du spectacle. Ça commence à dater, mais le pire serait certainement qu'il n'y ait plus personne pour "penser" le monde actuel, d'une façon aussi inédite. Y en a-t-il encore?
    La construction de M.Mouterde se tient mais n'oublie-t-il pas certains détails? Ce sont les familles qui ont d'abord fait pression pour sortir cet événement du fait divers et ignoré, mettant à profit l'industrie du spectacle, la faisant servir à d'autres fins qu'habituelles. L'amour des proches a donc été le moteur de cet événement planétaire et les vilains des mines s'en sont trouvés dénoncés; le gouvernement chilien a bien été obligé de faire des promesses de changement. Et rien ne peut forcer les mineurs à s'offrir en pâture aux médias. Il faut certainement rester critiques mais l'interprétation des faits n'est pas nécessairement décourageante.

  • Louis Marion - Inscrit 24 octobre 2010 13 h 38

    critique philosohique et politique de l'article

    Pierre
    Ton texte a des qualités critiques et pédagogiques, Tu as compris le sens problématique de ces images de mineur d’un point de vue visant l’émancipation sociale, mais il y a ici des dommages collatéraux et c’est malheureusement les idées de Debord qui en pâtissent.

    « mais s'annonce aussi — c'est là le nouveau — comme «une immense accumulation de spectacles».

    Voyons, c’est pas du nouveau, il n’y a aucune différence entre la théorie de Debord et celle de Marx à propos du fétichisme et de la domination des marchandises objectivées. Ça n’a rien à voir avec une théorie critique des médias à la Debré, MacLuhan, Ranciere, ou autre gourou patenté. Debord a simplement actualisé la critique de Marx. La thèse de la société du spectacle de Debord n’était pas une nouvelle théorie critique de la société ou de la domination contemporaine, mais une critique marxienne très orthodoxe qui avais pris la forme d’un détournement systématique de l’oeuvre de Marx et de Hegel. Il s’agissait pour lui d’un retour à Marx sous la forme politico-esthétique du détournement, une actualisation contemporaine de son œuvre et de sa pensée, apte à résister aux falsifications politiques contemporaines. La société du spectacle, c’est simplement la description de la domination totale du capitalisme réalisé. Le spectacle, c'est la forme la plus développée et aliénée de la société fondée sur la production des marchandises et sur le fétichisme qui en découle. Il ne faut pas faire le jeu du spectacle en confondant la critique des média et une critique de l’aliénation, du fétichisme de la marchandise. Il faut faire attention de même que l’on a réduit Marx a une théorie économique pour le neutraliser tu risques bien de donner l’impression ici que Debord c’est simplement une théorie critique des média ce qui aurait comme effet de refouler sa véritable critique de la domination du travail abstrait au

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 octobre 2010 16 h 07

    Deux éléments qui contredisent la thèse du professeur Mouterde.

    1- Ce que l'on a vu à la télé, ce n'était pas un spectacle, c'était la vraie vie.

    2- Ce n'était pas un spectacle, car la dénouement n'était connu de personne.

  • Louis Marion - Inscrit 24 octobre 2010 16 h 17

    Commentaire critique


    « — c'est là le nouveau — comme «une immense accumulation de spectacles».

    Il n’y a aucune différence entre la théorie de Debord et celle de Marx à propos du fétichisme et de la domination des marchandises objectivées. Ça n’a rien à voir avec une théorie critique des médias. Debord a simplement actualisé la critique de Marx. La thèse de la société du spectacle de Debord n’était pas une nouvelle théorie critique de la société ou de la domination contemporaine, mais une critique marxienne très orthodoxe qui avais pris la forme d’un détournement systématique de l’oeuvre de Marx et de Hegel. Il s’agissait pour lui d’un retour à Marx sous la forme politico-esthétique du détournement, une actualisation contemporaine de son œuvre et de sa pensée, apte à résister aux falsifications politiques contemporaines. La société du spectacle, c’est simplement la description de la domination totale du capitalisme réalisé. Le spectacle, c'est la forme la plus développée et aliénée de la société fondée sur la production des marchandises et sur le fétichisme qui en découle. Il ne faut pas faire le jeu du spectacle en confondant la critique des média et une critique de l’aliénation, du fétichisme de la marchandise. Il faut faire attention de même que l’on a réduit Marx a une théorie économique pour le neutraliser tu risques bien de donner l’impression ici que Debord c’est simplement une théorie critique des média ce qui aurait comme effet de refouler sa véritable critique de la domination du travail abstrait au service de la valeur.

    « D'où ces phénomènes de solitude et de séparation d'avec autrui qui sont si caractéristiques de nos sociétés contemporaines. »

    Cette négation visible de la vie c’est l’aliénation la séparation causée par la médiation sociale abstraite de la marchande. Bien sûr qu’il y a un lien entre capitalisme contemporain et solitude, mais ici il manque quelques m