Le Devoir de philo - Identité: le manifeste de Burke

Joseph Yvon Thériault: la société est pour Burke quelque chose d’immensément complexe que l’on ne saurait réduire à quelques énoncés de valeurs et de règles de droit. Elle est le fruit d’une «raison cumulative» produit par la sagesse du temps historique, inatteignable par la simple raison juridique. Elle se déploie dans des «arrangements sociaux» — issus des préjugés — qui prennent des siècles à se façonner.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Joseph Yvon Thériault: la société est pour Burke quelque chose d’immensément complexe que l’on ne saurait réduire à quelques énoncés de valeurs et de règles de droit. Elle est le fruit d’une «raison cumulative» produit par la sagesse du temps historique, inatteignable par la simple raison juridique. Elle se déploie dans des «arrangements sociaux» — issus des préjugés — qui prennent des siècles à se façonner.

Depuis février 2006, deux fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosphie et d'histoire, mais aussi à d'autres auteurs passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur marquant.

Qu'aurait dit Edmund Burke des deux récents manifestes portant sur la question des accommodements raisonnables: Manifeste pour un Québec pluraliste et Déclaration des intellectuels pour la laïcité? Il les aurait rejetés comme l'envers et l'endroit d'une même conception trop abstraite de l'aménagement du vivre-ensemble dans les sociétés modernes. Interpellé pour les signer, il aurait plaidé pour l'écriture d'un troisième, intitulé Manifeste pour une tradition nationale.

Edmund Burke est un penseur et un homme politique anglais (1729-1794) souvent considéré comme l'inspirateur de l'idéologie conservatrice antimoderne. Sa pensée et sa pratique politiques sont pourtant beaucoup plus complexes que le laisse entrevoir ce jugement lapidaire porté sur lui par la pensée progressiste du XIXe siècle. En politique, il fut, au Parlement anglais, un whig qui appuya de grandes causes «libérales» de son époque: la révolution américaine et l'émancipation des Irlandais. En philosophie, il opta pour une conception progressiste de la tradition, une raison cumulative, sédimentation de la sagesse des siècles.

Son étiquette de conservateur, Edmund Burke la doit beaucoup à un livre de nature pamphlétaire — Réflexions sur la Révolution de France — qu'il publia en 1790, quelques mois après la prise de la Bastille et la réunion de l'Assemblée constituante, bien avant que la France révolutionnaire ne bascule dans la terreur. Par ce livre, il sera adulé pour sa préscience et deviendra rapidement le gourou de la pensée réactionnaire continentale. Aujourd'hui, le jugement sur Burke peut être plus nuancé.

Droits abstraits et préjugés

Deux idées maîtresses tirées de ses Réflexions sur la Révolution de France nous aident à mieux lire les récents manifestes. La première est la critique féroce qu'il fait de l'idéologie des droits de l'homme qui fonde l'action législative des révolutionnaires français. Comment, s'interroge Burke, des «hommes peuvent en arriver à ce degré de présomption qui leur fait considérer leur pays comme une carte blanche où ils peuvent griffonner à plaisir?» (p. 200). Burke critique ici l'esprit «métaphysique et alchimiste» qui conduit à concevoir sa société comme n'ayant aucune tradition qui vaille et, par conséquent, pouvant être refaçonnée à la manière d'un problème géométrique.

Il pense précisément au système de représentation électorale qui voulait effacer toute représentation des pays réels, ce qui annonçait la tentative d'abolir le calendrier grégorien et ses fêtes chrétiennes par le calendrier républicain: «Brumaire», «Thermidor». Bientôt, clame-t-il, votre pays sera «habité non par des Français, mais par des hommes sans patrie» car personne ne s'est jamais senti émotivement attaché à une simple règle de calcul (p. 252).

La seconde idée est son controversé plaidoyer en faveur des «préjugés», préjugés qu'il propose de réhabiliter pour contrer l'abstraction d'une politique trop dépendante du juridisme abstrait. Il faut entendre «préjugé» dans son sens littéral, ce qui est avant la loi: pré-jugé.

La société est pour Burke quelque chose d'immensément complexe que l'on ne saurait réduire à quelques énoncés de valeurs et de règles de droit. Elle est le fruit d'une «raison cumulative» produit par la sagesse du temps historique, inatteignable par la simple raison juridique. Elle se déploie dans des «arrangements sociaux» — issus des préjugés — qui prennent des siècles à se façonner.

C'est pourquoi il y a plus de morts que de vivants dans la confection des sociétés, et c'est une prétention toute moderne de penser que la génération actuelle peut recommencer à zéro. Aux «droits de l'homme», Burke oppose «le droit des Anglais», le droit issu d'une tradition nationale, moins prétentieuse, un droit mieux intégré à la lente sédimentation des «préjugés» nationaux.

Abstraction des manifestes

Burke percevrait les deux manifestes publiés récemment au Québec comme des documents captés par le surinvestissement juridique du monde moderne. Le Manifeste pour un Québec pluraliste, quoiqu'il ait bien pris soin de ne pas se référer explicitement à la Charte canadienne des droits et libertés, rappelle qu'il faut faire attention dans les débats actuels «à ne pas dévaluer les textes fondamentaux que sont les chartes des droits».

À ceux et celles qui veulent des garanties plus précises sur l'égalité des sexes, la neutralité religieuse de l'État et le respect de la langue française, le document insiste pour dire que ce sont des revendications tautologiques, déjà sous-tendues par «les libertés fondamentales garanties par les chartes». Aux seules contraintes définies par ces chartes, toute manifestation de la pluralité humaine a droit de cité et nous aurions, selon l'interprétation de nos tribunaux, l'obligation de nous y accommoder.

La Déclaration des intellectuels pour un Québec laïque s'inscrit dans cette même religion des droits. «La laïcité de l'État doit être clairement affirmée dans un texte de loi, notamment dans la Charte des droits et libertés, pour lui assurer une portée constitutionnelle.» Certes, la déclaration et l'extension que lui en donnent les porte-parole du Parti québécois disent vouloir inscrire dans une Charte de la laïcité les valeurs fondamentales du Québec. Mais, comme la tradition nationale n'est pas quelque chose que l'on peut inscrire dans quelques formules lapidaires, il a bien fallu les réduire à une vérité mathématisable. Le «Nous républicain laïque» québécois est ainsi réduit à une règle de trois: laïcité, égalité homme-femme, langue française.

Ces valeurs sont étrangement celles qu'on retrouve dans le rapport Bouchard-Taylor pour baliser cette fois un projet de laïcité ouverte. C'est pourquoi, d'ailleurs, malgré les cris offusqués des camps opposés, les deux propositions ne sont pas si éloignées. Au nom des trois valeurs qui résument dorénavant notre tradition, la position pluraliste réclame d'arrêter la laïcité à la magistrature étatique, la position laïque exige de l'étendre à l'ensemble du service public. Rien qu'un bon négociateur ne pourrait régler en une demi-journée.

Positions divergentes

Il ya toutefois un lieu où les deux positions divergent. Au nom de l'abstraction par laquelle chacune définit le cadre juridique par laquelle on doit comprendre la diversité au Québec, une position conclut qu'il faut admettre toutes les diversités religieuses, l'autre qu'il faut n'en admettre aucune.

Burke penserait qu'il s'agit là de beaux exemples d'une négation de la société. Une société ne peut être l'addition de toutes les différences — le postulat pluraliste —, elle est le fruit d'arrangements sociaux particuliers, comme elle ne saurait être la neutralisation de toutes les différences — la position laïque —, elle s'appuie sur une tradition particulière.

Burke serait particulièrement surpris par les arguments des tenants de la laïcité. Comme les révolutionnaires français, voilà des gens qui, au nom de principes abstraits, sont prêts à brader leur tradition historique.

Parce que deux centres pour la petite enfance énoncent des projets religieux minoritaires, ils proposent d'abolir toute référence au religieux dans les institutions scolaires qui reçoivent un financement de l'État. Ce qui conduirait effectivement à abolir les écoles privées de la majorité, chose souhaitable en soi, mais pour d'autres raisons.

Au nom d'une dizaine de niqabs et d'un millier de voiles, ils sont prêt à interdire toute expression du religieux dans l'espace public étatique, y compris celle des anciens québécois qui, dans les foyers où on les confine, transforment souvent des espaces publics en lieux de prière catholique.

Au nom de principes abstraits, ils veulent traiter sur un pied d'égalité des religions historiques du Québec qui, à partir de leurs préjugés, ont tissé nos arrangements sociaux, et des religions à qui on est en droit de demander un certain temps avant que leurs préjugés ne fassent partie de la définition du commun.

Laïcité modérée

Edmund Burke serait pour une laïcité modérée car il craindrait que la laïcité tout court épure l'espace public d'une dimension expressive de l'humanité. La société n'est pas une page blanche. Il serait aussi pour une laïcité modérée parce que la société politique doit laisser pénétrer en son sein des éléments de sa tradition. Par exemple, il verrait bien le crucifix rester au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale pour rappeler, non pas le caractère religieux de l'État — ce qui est une vieille affaire réglée —, mais bien pour rappeler que cette législature à une histoire, qu'elle est inscrite dans un contexte et qu'elle a une tradition.

L'ouverture au pluralisme ne guiderait pas sa modération — «l'obligation d'accommodement» lui serait particulièrement désagréable —, mais bien la double obligation de se prémunir du radicalisme abstrait et celle de faire place à la raison cumulative d'une tradition. Tolérer n'est pas promouvoir.

D'ailleurs, pour Burke, pluralisme (tolérance) et laïcité (neutralité) sont des impossibilités. Ce sont certes de vieilles valeurs occidentales, particulièrement anglaises, qui modèrent nos préjugés mais qui, en elles-mêmes, n'ont jamais fait société, tout comme elles n'ont longtemps pas eu besoin de chartes pour exister. Seules, soit elles balkanisent le monde, soit elles se maquillent dans les oripeaux nationaux, comme le multiculturalisme américain ou la laïcité française.

Cette dernière, en effet, est loin de correspondre à l'idéal type qu'on en présente ici. Pour s'imposer, la laïcité française a dû faire des arrangements avec sa contrepartie catholique, à laquelle elle a notamment emprunté ses rites — on vote le dimanche dans une urne à la mairie, après que les cloches ont appelé les fidèles-citoyens à se réunir.

Il s'agit, ont dit certains, d'une «catholaïcité républicaine», le résultat d'une tension particulière entre l'État et l'Église de France. Toutes choses fortes éloignées de notre sortie manquée du religieux au moment de la Révolution tranquille et dont l'importation du modèle imaginé français témoigne de notre malaise.

Les rédacteurs des deux manifestes sont conscients de ce besoin de mettre en contexte nos droits et nos valeurs. Mais les deux réussissent à affirmer cette continuité en gommant complètement, par exemple, l'aménagement historique particulier entre le religieux et le politique qui fut le lot principal de notre histoire.

Ils se réclament d'une tradition que bien peu reconnaîtront comme étant notre mémoire: la tradition d'une laïcité québécoise remontant à Fleury Mesplet, celle d'un pluralisme remontant à la reconnaissance de la religion juive en 1836. Excellent, mais rien sur le siècle dit de la survivance et sa manière d'aménager nos différences.

Burke dirait...

En 1757, Edmund Burke vilipende le gouvernement anglais parce qu'il a déporté les Acadiens. «Vous avez été contraints de les chasser du territoire parce que vous n'avez pas su gagner leur confiance en leur donnant une société d'ordre qu'ils auraient jugé supérieur à celui de leur héritage français.»

En 1774, il intervient dans les mêmes termes au sujet de l'Acte de Québec, mais cette fois-ci en s'y opposant. «En conservant les vieux préjugés de l'absolutisme français, nous — les Anglais — ne leur rendons pas attrayante la liberté anglaise. Donnons-leur, dit-il, les droits historiques des sujets anglais, y compris le droit d'être représenté.»

Aujourd'hui, Burke plaiderait pour une politique d'intégration nationale. Il trouverait dangereuse et réductrice notre focalisation sur la définition juridique de nos valeurs. Pluralistes et laïcistes auraient été happés par la fascination trudeauiste des chartes. C'est en intégrant les nouveaux arrivants dans la complexité de nos arrangements sociaux qu'ils apprendront à les aimer. C'est en apprenant l'histoire à l'école de la nation qu'ils apprendront à s'y inscrire. C'est en nous côtoyant dans les institutions de la nation qu'ils apprendront à travailler à visage découvert. Il dirait: «Au lieu de vous chamailler sur l'extension de vos trois valeurs abstraites, rendez vos institutions indispensables.»

***

P.-S.: malheureusement, Edmund Burke n'a pas de page Web pour accueillir ceux qui voudraient signer son manifeste.

***

Joseph Yvon Thériault
Professeur de sociologie, titulaire de la chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie à l'UQAM, auteur de Critique de l'américanité. Mémoire et démocratie au Québec.
8 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 10 avril 2010 14 h 34

    Vous oubliez les islamistes


    Votre réflexion philosophique a le défaut même qu'elle reproche aux deux manifestes, principalement à celui pour une véritable laïcité. Vous essayez de parachuter chez nous en ce 21e siècle ce que Burke conseillait aux Français et aux Anglais au 18e siècle.

    Il est clair que chacun de ces deux manifestes essaie de se rendre le plus universel possible, donc plutôt abstrait. Le second surtout, car le péril contre lequel cette réflexion voudrait nous prémunir, ce n'est pas le danger du catholicisme si discret, ni celui du judaïsme plutôt refermé sur lui-même, ni celui d'aucune autre religion ayant des adhérents chez nous. Non, le véritable danger, c'est l'islamisme radical, conquérant et clairement négateur de l'égalité entre les hommes et les femmes.

    Si vous désirez vous mettre au courant de la réalité de notre société actuelle et du futur qui nous attend si nous ne faisons rien pour contrer fermement la présence islamiste dans nos emplois étatiques, vous n'avez qu'à lire les milliers d'échanges que nous avons eus dans les différents forums du Devoir à propos du fameux voile islamique. Il faut faire comme les trois singes, se boucher les yeux, les oreilles et la bouche, pour ne pas voir venir l'emprise islamique déjà à l'œuvre un peu partout en Europe, en France particulièrement, et qui se développant chez nous à un rythme d'enfer.

    Mais cela, il ne faut pas le dire trop clairement. Nous passerions pour racistes, nous qui sommes en fait beaucoup trop tolérants. Nous passons donc par des chartes ou des lois abstraites distinguant clairement l'État de toute religion, y compris de celle qui regroupe encore théoriquement une grande majorité de Québécois. Présentement, seuls les islamistes réclament ouvertement et avec insistance que leurs femmes voilées puissent travailler dans notre fonction publique. C'est typique du Cheval de Troie. Notre avantage sur les Troyens du temps d'Homère, ce sont les 27 siècles durant lesquels l'humanité a pu s'exercer à voir venir les ruses de l'ennemi. Mais il semble bien que cette dimension de la réalité vous ait complètement échappé. Il faudrait refaire votre devoir de philo.

    JPA

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 avril 2010 14 h 54

    Burke et le Québec

    N'oublions pas qu'il était Anglais et que la société qu'il aurait sans doute voulu construire ici, c'est une société Canadian et anglophone. On y enseignerait une histoire nationale, celle qui dit que «nous» avons gagné la bataille des plaines d'Abraham et que cela aura servi à libérer les Canadiens d'origine française de l'absolutisme français.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 avril 2010 11 h 48

    Le manifeste de Burke: Beurk!

    Thériault est un fédéraliste et un multiculturaliste. Je veux rien savoir.

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 11 avril 2010 13 h 53

    Burke et les Acadiens

    Très intéressant, cet article sur Burke ! Donc, Burke a pris le parti des Acadiens en sermonnant son gouvernement de sa faute de ne pas avoir convaincu les Acadiens que les Anglais pouvaient leur donner l« une société d'ordre qu'ils auraient jugé supérieur à celui de leur héritage français. ». Dommage que Burke n'était pas sur place pour voir de lui-même qu'en vérité, les Acadiens, abandonnés par les élites de tout pays, s'étaient probablement bâti une société à leur image, dirigée par les relations familiales et une forme de communisme communautaire assez originale. Qu'est-ce que Burke aurait dit de ces traditions ?

    D'ailleurs, j'aimerais bien savoir comment Burke observait ces «traditions» à respecter...

  • Lise Boivin - Abonnée 12 avril 2010 11 h 49

    Burke: progressiste travitionnaliste...

    On peut bien vouloir réhabiliter Edmond Burke, déjà en décembre 2006, dans le même Devoir de Philo, Carl Bergeron avait fait le rapprochement entre Burke et Harper. Les deux, comme le dit maintenant Joseph Yvon Thériault, placent la «tradition séculaire» ou, en termes burkien, «la raison cumulative» aux commandes de l'histoire et du progrès. Tout le reste est de l'abstraction. Appelons-les progressistes-conservateurs...

    Si je dis que Burke était un Réactionnaire consommé, Thériault dira que mon progressisme date du XIXe siècle. Raison cumulative, lui répondrais-je. De plus, Burke soutient que le préjugé passe avant la loi, selon Thériault, Mais pourtant, Burke s'oppose à l'Acte de Québec en affirmant que «En conservant les vieux préjugés de l'absolutisme français, nous — les Anglais — ne leur rendons pas attrayante la liberté anglaise.» En effet, ces choses ne sont pas simples. Chacun a ses préjugés et, contre les Français, la tradition anglaise n'en manque pas. Mais il faut savoir aussi qu'il y a de bons préjugés et qu'il y en a de mauvais. En effet, ces choses ne sont pas simple. En fait la chose sociale est «immensément complexe» et, si je comprends bien Burke, il ne faudrait pas intervenir mais plutôt laisser le passage des siècles accumuler la sagesse de la nation dans notre raison. Ou, dit plus simplement, tout vient à point à qui sait attendre. Alors monsieur Thériault, bizarrement, passe de la laïcité (avec quelques claques aux Français) à l'intégration des immigrants «dans la complexité de nos arrangements sociaux». Quels arrangements? Arrangés par qui? Nul ne sait, sauf le temps qui passe.

    Cette patience de Burke et de Joseph Yvon Thériault est admirable mais, à mon tour, je la trouve bien abstraite pour moi qui vit ici tous les jours.