Des perquisitions menées à la suite de la démolition du Domaine-de-l’Estérel

Plusieurs perquisitions ont eu lieu mardi à Montréal en lien avec la démolition illégale l’an dernier d’un bâtiment patrimonial du Domaine-de-l’Estérel, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

Des enquêteurs du ministère de la Culture et des Communications (MCC), assistés par des policiers de la Sûreté du Québec (SQ), se sont présentés en divers endroits au cours de la journée, vraisemblablement pour recueillir des éléments de preuve. Il s’agit d’une première du genre dans l’histoire du ministère.

Le MCC se fait avare de commentaires afin de ne pas nuire à l’enquête. « Le ministère ainsi que ses représentants ne répondront à aucune question additionnelle ni ne participeront à aucune entrevue, et ce, afin de ne pas nuire aux démarches d’enquête en cours », a-t-on précisé. On invite toutefois les citoyens qui auraient des informations à communiquer au sujet de cette affaire à procéder sans tarder en communiquant avec les bureaux du MCC.

Gilles Boucher, maire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, se félicite de voir que l’enquête continue sous la supervision de la SQ. « Nous, plusieurs employés de la Ville ont vu que la démolition continuait même si on leur disait d’arrêter. Les gars nous disaient : “Moi, je fais ce que mon patron m’a dit de faire.” On a même une vidéo qui était claire sur ce qui se passait », a-t-il expliqué au Devoir.

Au cœur de la tourmente

La compagnie Olymbec, propriétaire du bâtiment démoli illégalement, est au cœur de la tourmente dans cette histoire. Ses bureaux sont situés sur le boulevard Décarie à Montréal. La firme est la propriété des frères Richard et Derek Stern, deux magnats de l’immobilier.

Avec 300 vastes immeubles, Olymbec affirme sur son site Web être « parmi les plus grands acheteurs privés d’immobilier en Amérique du Nord ».

Le 13 mai 2022, le Domaine-de-l’Estérel, un bâtiment Art déco unique en son genre en Amérique du Nord, était rasé par des pelles mécaniques. L’avenir du bâtiment soulevait des inquiétudes depuis plusieurs années, malgré son classement en vertu de la Loi québécoise sur le patrimoine culturel.

Au moment des faits, la compagnie affirmait que le Domaine-de-l’Estérel avait été détruit de façon « accidentelle » et « involontaire ». Des témoins avaient constaté que les coups portés par les pelles mécaniques avaient continué même après que cette action eut été dénoncée. Des risques de contamination des environs par des poussières pouvant contenir de l’amiante avaient été dénoncés par le maire de la municipalité, Gilles Boucher. La CNESST s’en est mêlée et continue de suivre ce dossier.

Le Devoir avait rapporté qu’Olymbec avait acheté plusieurs terrains des environs les uns à la suite des autres, des transactions totalisant plusieurs millions de dollars. La compagnie avait refusé d’indiquer quels projets immobiliers étaient projetés sur les rives de ce lac convoité.

Un bâtiment majeur

L’Ordre des architectes du Québec voyait dans ce bâtiment « le berceau de la modernité architecturale » d’ici. Son manque d’entretien avait été plusieurs fois dénoncé.

Un projet de démolition partielle venait d’être accepté par les représentants du MCC lorsque le bâtiment a été rasé, au printemps 2022. France Vanlaethem, professeure émérite à l’École de design de l’UQAM, s’y était alors opposée, craignant qu’il trace la voie du pire.

Édifié en 1936-1937, ce vaste complexe de villégiature de style Art déco est au départ le projet du baron belge Louis Empain. Lorsqu’il achète les terrains pour cette construction, le baron devenu multimillionnaire grâce à la colonisation africaine n’a pas même 30 ans. Il confie à un architecte de réputation internationale le soin de dessiner un bâtiment tout à fait hors du commun. L’architecte Antoine Courtens, un lauréat du prix de Rome, obtient le contrat. Le complexe est inauguré en grande pompe en 1938 : une grande réception a lieu dans la salle de bal avec un orchestre dirigé par Benny Goodman.

Selon les informations recueillies par Le Devoir, l’action conduite par le MCC et la SQ est surprenante puisqu’elle n’a aucun précédent. La démolition de cet immeuble a été décriée au point où la municipalité de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et divers organismes plaident pour sa reconstruction à l’identique.

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