Uashat Mak Mani-utenam poursuit Hydro-Québec pour la centrale de Churchill Falls

« On ne demande pas juste un dédommagement pour le passé et le présent. C’est une demande à perpétuité », indique le chef Mike McKenzie, qui représente les quelque 5000 membres de la communauté d’Uashat Mak Mani-utenam, dont on voit ici le territoire, photographié en 2009.
Photo: Valérian Mazataud archives Le Devoir « On ne demande pas juste un dédommagement pour le passé et le présent. C’est une demande à perpétuité », indique le chef Mike McKenzie, qui représente les quelque 5000 membres de la communauté d’Uashat Mak Mani-utenam, dont on voit ici le territoire, photographié en 2009.

La plus grosse communauté innue de la Côte-Nord poursuit Hydro-Québec. Le conseil de bande d’Uashat Mak Mani-utenam, près de Sept-Îles, réclame plus de 2,2 milliards de dollars en compensation de la destruction du territoire engendrée par la centrale de Churchill Falls, située à cheval entre le Québec et le Labrador.

Territoires de chasse submergés sur près de 6500 km2, destruction de « lieux spirituels », perturbation de la migration du caribou, et donc de la pratique des activités traditionnelles : l’achèvement du complexe hydroélectrique de Churchill Falls a profondément nui à la vie des Innus d’Uashat Mak Mani-utenam, clament-ils dans une poursuite déposée le 20 janvier à la Cour supérieure du Québec.

« On ne demande pas juste un dédommagement pour le passé et le présent. C’est une demande à perpétuité. Si on s’en va à la Cour, c’est pour avoir des montants à perpétuité », affirme le chef Mike McKenzie, qui représente les quelque 5000 membres de sa communauté, en entrevue au Devoir.

Ils réclament ainsi 2 milliards de dollars pour les dommages passés, 200 millions « à titre de dommages-intérêts punitifs et exemplaires », ainsi que des redevances avoisinant 15 % des profits futurs de l’exploitation de la centrale.

Photo: Kevin Bissett archives La presse Canadienne La centrale de 5428 mégawatts a été construite dans les années 1960 et 1970.

La centrale de 5428 mégawatts a été construite dans les années 1960 et 1970. Hydro-Québec doit renouveler d’ici 2041 le contrat signé à l’époque avec la Churchill Falls Corporation, l’entreprise canadienne qui exploite la centrale. Cette dernière est d’ailleurs visée par la poursuite des Innus pour un autre 200 millions de dollars en dommages et intérêts.

« Cette poursuite-là arrive à bon point. [Hydro-Québec] est en train de négocier un nouveau contrat d’énergie sans aviser les Premières Nations, poursuit le chef. Elle n’a jamais eu de consentement de la communauté d’Uashat Mak Mani-utenam. » Ce projet est « anticonstitutionnel en raison de la violation de nos droits ancestraux », souligne-t-il.

2,2 milliards
C’est la somme réclamée par le conseil de bande d’Uashat Mak Mani-utenam en compensation de la destruction du territoire engendrée par la centrale de Churchill Falls, située à cheval entre le Québec et le Labrador.

Quelque 1000 kilomètres de forêts déboisées pour le transport d’électricité figurent aussi parmi les dommages déplorés par les Innus.

Hydro-Québec n’a pas voulu commenter le dossier, étant donné sa nature judiciaire.

Les Innus d’Uashat Mak Mani-utenam ont gagné une cause similaire devant la Cour supérieure en décembre dernier. Ils faisaient alors valoir qu’Hydro-Québec ne les avait pas suffisamment consultés lors de la construction d’une ligne de transport d’électricité de 15 kilomètres sur leur territoire ancestral. Le tribunal avait alors décidé que, « dans l’esprit de la réconciliation, les discussions [devaient] se poursuivre ». Hydro-Québec peut encore interjeter appel dans ce dossier.

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