L’ex-sexologue Louise Sigouin plaide coupable devant l’OPSQ

L’ex-sexologue vedette de l’émission Si on s’aimait, Louise Sigouin, a plaidé coupable à l’ensemble des chefs retenus contre elle mardi matin lors d’une audience devant le conseil de discipline de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ). Les deux parties se sont entendues pour présenter une proposition commune de sanction, soit une suspension pouvant aller jusqu’à six mois, une amende de 14 000 $ et le paiement de frais d’expertise, notamment, soit environ 21 000 $.

Louise Sigouin faisait face à deux plaintes déposées contre elle au printemps 2022 au terme de plus de deux ans d’enquête menée par le syndic de l’ordre professionnel, qui a eu accès à l’ensemble des enregistrements de l’émission, y compris des segments jamais diffusés.

« J’ai été très surpris de constater que l’ensemble des consultations filmées entre Louise Sigouin et les 28 candidats ont été saisies et consultées par l’Ordre [des sexologues] dans le cadre de cette enquête. Ça représente un travail de visionnement colossal, de plusieurs centaines d’heures. J’ai le sentiment que l’Ordre a fait un travail rigoureux et approfondi dans ce dossier. Je trouve rassurant de savoir que le public est ainsi protégé », a tenu à préciser au Devoir Jean-Philippe Caron, un ex-candidat de la première saison de Si on s’aimait présent lors de l’audience.

En avril 2022, Le Devoir avait recueilli les témoignages de quatre participants de la téléréalité Si on s’aimait qui estimaient que Louise Sigouin avait failli à ses obligations déontologiques pour faire de la « bonne télé ».

Louise Sigouin a choisi de plaider coupable aux sept chefs d’accusation qui se trouvaient au coeur d’une première plainte déposée par l’Ordre pour l’ensemble des 28 participants des trois saisons de Si on s’aimait, diffusées sur les ondes de TVA.

Il est notamment reproché à Louise Sigouin « d’avoir omis de sauvegarder son indépendance professionnelle et de s’être placée en conflit d’intérêts » et « d’avoir exercé la profession d’une façon qui était susceptible de porter atteinte à l’honneur et à la dignité de celle-ci, qui est également susceptible de briser la confiance du public envers celle-ci ». Mme Sigouin reconnaît aussi ne pas avoir respecté le principe de « consentement libre et éclairé de ses clients » et ne pas s’être « assurée que leur consentement demeure libre et éclairé tout au long de la relation professionnelle ».

Elle a également contrevenu aux règles déontologiques de la profession de sexologue en matière de secret des renseignements de nature confidentielle. « On lui reprochait de ne pas avoir reconnu le droit de ses clients de révoquer en tout temps leur consentement à la diffusion des renseignements protégés par le secret professionnel les concernant, d’avoir omis d’avoir obtenu personnellement une autorisation écrite préalable spécifiant l’usage ultérieur des renseignements lors d’une entrevue ou d’une activité, mais aussi de ne pas avoir prévu les modalités de révocation de l’autorisation et de destruction des enregistrements », précise l’avocate du syndic, Me Véronique Brouillette.

L’Ordre des sexologues du Québec reproche également à Mme Sigouin de ne pas avoir respecté sa responsabilité civile en n’ayant jamais pris connaissance des contrats de ses clients avec la production, alors que ces derniers renonçaient à leurs recours contre l’ancienne sexologue.

Ça représente un travail de visionnement colossal, de plusieurs centaines d’heures. J’ai le sentiment que l’Ordre a fait un travail rigoureux et approfondi dans ce dossier. Je trouve rassurant de savoir que le public est ainsi protégé.

 

L’ex-sexologue a aussi plaidé coupable de ne pas « avoir fait preuve de loyauté à l’endroit de quatre clients » et de « ne pas avoir une connaissance et une compréhension suffisantes des faits, en omettant d’identifier clairement les motifs de consultation ou les besoins des clients ».

Dans les dossiers des clients de Si on s’aimait 1, 2 et 3, on ne retrouve aucune information sur l’élaboration d’une évaluation pour établir un plan d’intervention selon les besoins spécifiques des clients. L’intimée a expliqué que l’évaluation a essentiellement eu lieu lors de la sélection des candidats. « Je regarde un peu le potentiel qu’ils ont de faire la démarche, c’est toujours un peu la même chose », indique le document présenté conjointement par les deux parties, lu lors de l’audience.

« Selon l’avis professionnel, cela ne correspond pas à ce qu’on attend d’une évaluation professionnelle. […] L’intimée n’a pas fait de plan d’intervention spécifique destiné à chacun des clients, mais un plan d’intervention prédéterminé en fonction des besoins de la production », est-il également précisé.

Coupable dans une seconde plainte

Louise Sigouin a également enregistré une réponse à l’accusation dans le cadre d’une seconde plainte déposée contre elle, soit trois chefs d’accusation concernant plus spécifiquement trois de ses clients dans le cadre de la téléréalité.

L’Ordre des sexologues du Québec lui reproche de ne pas avoir cherché à établir et maintenir une relation de confiance mutuelle avec eux, et d’avoir agi de manière contraire aux règles de l’art et aux normes sur « la qualité de la relation professionnelle établie avec les clients, la qualité des interventions auprès de ceux-ci et du lien avec ceux-ci ».

Dans le cadre de l’enquête menée par le syndic, Mme Sigouin a également reconnu avoir porté une oreillette sans que ses clients ne soient au courant. La production pouvait ainsi descendre sur le plateau et poser des questions aux clients de l’ex-sexologue, directement ou via l’oreillette, selon l’enquête du syndic. Ainsi, « l’intimée n’a pas avisé ses clients avoir été en position de conflit d’intérêts », est-il indiqué dans l’entente conjointe présentée par les deux parties devant le conseil de discipline.

La présidente du conseil de discipline a émis des préoccupations quant à la proposition commune de sanction présentée lors de l’audience. « Est-ce qu’il va y avoir d’autres saisons ? Est-ce que le public va comprendre que Mme Sigouin n’est pas membre de l’Ordre ? » s’est-elle interrogée, rappelant qu’une suspension de six mois ne serait que théorique puisqu’elle n’y est déjà plus inscrite — à sa demande — depuis mai 2022. L’avocat de Louise Sigouin, Me Nicholas St-Jacques, a précisé lors de l’audience que sa cliente n’a pas l’intention de redevenir membre de l’Ordre des sexologues du Québec.

Le conseil de discipline a 90 jours pour rendre sa décision.

Présente lors de l’audience, Louise Sigouin n’a pas souhaité émettre de commentaires. De son côté, TVA, le diffuseur de l’émission Si on s’aimait, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

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