Pas de libération conditionnelle avant 14 ans pour le tueur de Kim-Jessica Gagné

Les amies de Kim-Jessica Gagné (sur la photo) étaient insatisfaites des accusations de meurtre au deuxième degré auxquelles faisait face Bronson Lake.
Photo fournie Les amies de Kim-Jessica Gagné (sur la photo) étaient insatisfaites des accusations de meurtre au deuxième degré auxquelles faisait face Bronson Lake.

Le meurtrier de Kim-Jessica Gagné, assassinée en juillet 2021 à Toronto, a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 14 ans. L’ex-conjoint de la Québécoise, Bronson Lake, a entendu sa peine dans une salle de cour du centre-ville de Toronto en présence de proches de la victime qui avaient fait la route depuis le Québec.

« En tant que mère de la victime, il n’y a jamais aucune sentence… Que ce soit 14 ou 16 ans, ça importe peu : ma fille n’est plus là. Il a brisé ma vie et celle de ma fille », a soupiré Manon Gagné. Elle disait toutefois espérer une peine d’au moins 15 ans.

« Il n’y a pas un nombre d’années qui nous aurait satisfaites », a poursuivi la meilleure amie de Kim-Jessica, Mélanie Lapointe, qui est venue à Toronto en compagnie de Mme Gagné, du conjoint de cette dernière et d’une autre amie. « Quatorze ans, c’est rien. Il peut refaire sa vie et avoir des enfants. »

Les deux femmes sont les seules à avoir exprimé en personne les conséquences du crime sur leur vie devant le tribunal. L’expérience a soulagé la mère de Kim-Jessica : « Ça m’a fait du bien de lire [ma déclaration] devant lui. » Au lutrin, elle a évoqué en français le souvenir de sa fille : « Tu te sentais accomplie dans ta vie de femme et tu te sentais prête à avoir des enfants pour leur transmettre ton savoir et leur donner tout l’amour dont ils auraient besoin. »

« Kim accordait sa confiance à peu de personnes. Il l’avait gagnée, et je lui faisais confiance aussi. Je pensais qu’il serait une présence calme pour la tornade qu’elle était », a expliqué Mélanie Lapointe à quelques mètres de Bronson Lake, qui était assis dans le box des accusés. « Je ne peux plus faire confiance à un autre homme », a-t-elle confié.

Kim-Jessica et elle faisaient tout ensemble. « On travaillait ensemble. On voyageait ensemble », a-t-elle raconté.

Seize ans demandés

Lors d’une courte allocution, le juge Robert Goldstein, de la Cour supérieure, a déclaré que la peine qu’il a imposée aurait été plus longue n’eût été l’admission de sa culpabilité de l’accusé de 32 ans. La peine d’au moins 14 ans était toutefois méritée, notamment en raison du caractère « brutal » du meurtre, a déclaré le juge Goldstein.

Kim-Jessica Gagné a succombé à des blessures associées à un trauma contondant. Bronson Lake s’est brièvement excusé à la famille de la victime avant de connaître sa peine.

La Couronne demandait que l’homme purge une peine de 16 ans avant d’être admissible à la libération conditionnelle. Elle n’avait pas demandé plus de 17 ans — le seuil maximal pour des féminicides du genre, selon le procureur —, puisque l’accusé n’avait pas de dossier criminel et qu’il avait plaidé coupable. « Il a abusé de la confiance de la victime et l’a tuée dans l’endroit où on s’imagine être le plus en sécurité : à la maison », a par contre souligné Me Paul Alexander.

Les amies de Kim-Jessica Gagné, qui avait 33 ans lors de son décès, étaient insatisfaites des accusations de meurtre au deuxième degré auxquelles faisait face Bronson Lake. Selon ces dernières, la Couronne les aurait d’abord informées qu’il serait accusé de meurtre au premier degré — ce qui lui aurait valu une peine plus longue —, pour finalement revenir sur la décision. « J’aurais aimé qu’on envoie un message [aux autres hommes] », avait affirmé en novembre Mélanie Lapointe.

Un vide dans la famille

Le procureur de la Couronne a lu plusieurs déclarations rédigées par des proches de la victime.

« Personne ne mérite ce qui est arrivé à ma grande soeur. […] Ton absence me fait tellement mal », s’est désolé Pier-Olivier Pigeon. « Depuis l’annonce de ta mort, je vis constamment dans la peur, a admis une cousine de la victime, Geneviève Gagné. Ai-je assez confiance pour dormir à côté de mon conjoint ? Si c’était possible pour Kim d’être assassinée, qui est l’abri ? »

Manon Gagné et Mélanie Lapointe se parlent presque tous les jours depuis la mort de Kim-Jessica. La détermination de la peine, disent-elles, leur permettra d’« aller vers l’avant » même si leur deuil n’est pas achevé. Au moins, note sa meilleure amie, le face-à-face, soit de « voir lui et sa famille, est derrière nous ».

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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