Début du procès des Farfadaas qui ont bloqué le tunnel L.-H.-La Fontaine

Le 13 mars 2021, ils auraient bloqué les trois voies du tunnel, arrêtant complètement la circulation.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le 13 mars 2021, ils auraient bloqué les trois voies du tunnel, arrêtant complètement la circulation.

Le procès criminel de quatre personnes accusées d’avoir bloqué le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine en mars 2021, dont des membres du groupe anti-mesures sanitaires des « Farfadaas », a commencé lundi matin au palais de justice de Montréal.

L’un d’entre eux a toutefois décidé de couper court aux procédures : André Desfossés a plaidé coupable lundi matin à l’accusation de méfait. La Couronne a ainsi retiré le chef de complot.

À l’origine, sept personnes avaient été inculpées dans cette affaire. Patrick Dupuis avait toutefois déjà plaidé coupable et écopé d’une peine de prison discontinue de 45 jours. Un autre accusé, Michel Deshaies fils, est décédé.

Le procès va ainsi de l’avant contre le leader du mouvement antimasque Mario Roy, l’ancien chef du groupe identitaire La Meute Steeve « L’Artiss » Charland, Tommy Rioux et Karol Tardif. Le quatuor a été accusé de méfait, soit d’avoir immobilisé leurs véhicules dans les trois voies du tunnel en direction nord, forçant l’arrêt de la circulation, le 13 mars 2021, ainsi que d’avoir comploté pour planifier cette activité. Ils se représentent tous eux-mêmes, sans avocat, et le juge Jean-Jacques Gagné, de la Cour du Québec, leur explique patiemment les règles du procès.

Ce jour-là, une très importante foule s’était rassemblée à Montréal pour dénoncer les mesures sanitaires imposées dans le but de contrer la propagation de la COVID-19.

Si plusieurs ont tenu pour acquis que le blocage du tunnel avait été planifié en marge de cette manifestation, Mario Roy a indiqué lundi qu’il avait plutôt pour but de dénoncer la brutalité policière. Le groupe des Farfadaas, dirigé par Steeve Charland, a dénoncé à maintes reprises les règles sanitaires du gouvernement caquiste et s’était aussi fait remarquer par sa participation à l’occupation d’Ottawa l’an dernier.

Vous vous êtes arrêtés de façon sécuritaire, mais dans un endroit où vous ne deviez pas

 

Diverses vidéos visionnées dans la salle de cour lundi — certaines enregistrées par des automobilistes, d’autres par les caméras du ministère des Transports — montrent deux rangées de véhicules occupant les trois voies ralentir avant de s’immobiliser dans le tunnel vers 18 h 30. Des passagers en descendent afin de chanter sur la chaussée, au son des coups de klaxon et d’insultes visant le premier ministre François Legault. On voit ensuite un automobiliste, vraisemblablement excédé, attaquer à coups de marteau des véhicules des manifestants, ce qui met fin au blocage. L’arrêt de la circulation a duré environ cinq minutes, selon le procureur de la Couronne Me Martin Bourgeois.

Les quatre ont reconnu avoir été présents dans le tunnel le 13 mars, ce qui a évité à la Couronne de devoir présenter une preuve à ce sujet — et raccourci le procès en conséquence.

« La preuve n’est pas très complexe », a dit le juge à deux reprises.

Accusations « farfelues »

Le procès a toutefois le potentiel de réexaminer les règles entourant les manifestations et les limites de la liberté d’expression.

Sur le parvis du palais de justice, avant de se rendre à la salle de procès, M. Roy a qualifié les accusations portées contre lui de « farfelues ». « Vous allez voir, la vérité va sortir lors du procès », a-t-il lancé.

Après qu’André Desfossés eut plaidé coupable, il l’a traité de « traître » devant les journalistes, ajoutant qu’il s’est mis à plat ventre devant la Couronne.

« Quand on attend un procès parce qu’on a des revendications à faire, il faut aller au bout de ses revendications, », a indiqué M. Roy.

Le premier témoin du procès était une passagère d’une voiture qui était arrêtée tout juste derrière les véhicules des manifestants.

« J’avais peur. On ne savait pas ce qui se passait. On était pris dans un endroit fermé. » Elle était incapable d’entendre ce qu’ils disaient et craignait qu’ils soient armés.

Contre-interrogée par les accusés, elle a reconnu que les manifestants s’étaient immobilisés de façon « sécuritaire » dans le tunnel.

« Vous vous êtes arrêtés de façon sécuritaire, mais dans un endroit où vous ne deviez pas », notamment car votre position pouvait empêcher les ambulances de se rendre à destination, a précisé le sergent-détective de la Sûreté du Québec Adam Hogue.

La preuve de la Couronne est pratiquement close. Il reste à voir si les quatre accusés vont présenter une défense et témoigner — ils n’y sont pas obligés. Mario Roy a toutefois déjà indiqué au juge Gagné qu’il souhaitait faire entendre plusieurs témoins.


Une version précédente du texte, citant Adam Hogg, a été modifiée. Le sergent-détective de la Sûreté du Québec se nomme plutôt Adam Hogue. 

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