L’opposition au tramway carbure aux ouï-dire, selon la Ville de Québec

Le 9 juin dernier, des manifestants s’étaient réunis devant l’Assemblée nationale pour s’opposer au projet.
Renaud Philippe Le Devoir Le 9 juin dernier, des manifestants s’étaient réunis devant l’Assemblée nationale pour s’opposer au projet.

Les opposants au tramway de Québec empruntent de nombreux raccourcis avec la vérité et appuient leur cause sur des ouï-dire, a soutenu l’avocate de la Ville de Québec mercredi matin, au troisième jour du procès intenté par la coalition Québec mérite mieux contre le projet de 3,9 milliards de dollars.

Les appréhensions exprimées par les témoins, notamment quant à la détresse mentale et aux îlots de chaleur qu’occasionnera le tramway, sont irrecevables, selon Me Kathy Lévesque. « Ça relève de la futurologie », a lancé l’avocate.

Plusieurs affirmations faites devant le tribunal, a-t-elle poursuivi, flirtent avec la diffamation, notamment lorsqu’une témoin associe les politiciens qui promeuvent le tramway à des « violeurs ».

L’avocate de la Ville a mis en doute l’impartialité et la compétence des experts que les demandeurs ont convoqués devant la cour. Les trois ont, parfois à de nombreuses reprises, pris publiquement position contre le tramway. L’un d’eux a également participé à des vidéos réalisées par Québec mérite mieux, la coalition qui implore la Cour supérieure d’interrompre le chantier.

« Rendu là, c’est du militantisme », a dénoncé l’avocate. Elle a également souligné un « manque de rigueur total » de la part des demandeurs lorsqu’ils prétendent qu’un métro léger coûterait moins cher par kilomètre que le tramway.

Selon Québec mérite mieux et son avocat, Guy Bertrand, le processus était « vicié à l’origine » puisque la Ville aurait choisi le tramway sans consulter la population, pour ensuite la placer devant le fait accompli. Dans sa plaidoirie, Me Bertrand a soutenu que le tramway relevait d’un déni de démocratie puisque l’ancien maire Régis Labeaume a fait campagne en 2017 en s’opposant au tramway, pour s’en faire le plus grand défenseur une fois élu.

« Nous racontons la même histoire, a soutenu Me Lévesque, mais mon collègue ne la commence pas au même endroit. Je propose de la raconter à partir de “il était une fois”. » La partie défenderesse a ensuite rappelé qu’à de nombreuses occasions, et dès le premier mandat de l’ancien maire Régis Labeaume, la population a pu s’exprimer au sujet de ce réseau de transport structurant.

L’avocate a également rejeté les allégations de « cachotteries » maintenues par les demandeurs, en rappelant que la Ville se gouverne par l’adoption publique de résolutions lors des conseils municipaux. « Il n’y a rien de caché, tout est public. »

Elle a également reproché aux demandeurs de retenir uniquement « les arguments qui étayent sa thèse », en faisant l’impasse sur plusieurs nuances pour présenter une vision apocalyptique du tramway. Me Lévesque a notamment fustigé le vocabulaire employé par certains témoins, qui ont dénoncé des pratiques « totalitaires » ou des « djihadistes pro-tramway ». Autant de « qualificatifs injurieux et jugements de valeur », selon l’avocate de la Ville, « qui ne constituent pas des faits ».

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