Le chorégraphe Steve Bolton témoigne à son procès contre «La Presse»

Le demandeur réclame au total plus de 265 000 $ en dommages moraux, en dommages exemplaires et en compensation pour ses pertes alléguées de contrats.
Catherine Legault Archives Le Devoir Le demandeur réclame au total plus de 265 000 $ en dommages moraux, en dommages exemplaires et en compensation pour ses pertes alléguées de contrats.

« J’étais radioactif », comme un « monstre », après la parution d’un article de La Presse à son sujet, a déclaré le chorégraphe québécois Steve Bolton au jour un du procès en diffamation qu’il a intenté contre le quotidien et deux de ses journalistes.

Le 12 décembre 2017, un article titré « Pluie de dénonciations contre un chorégraphe vedette » a été publié en une de La Presse. « Cela a complètement changé le cours de ma vie. Plus rien n’était pareil », a témoigné mardi Steve Bolton au palais de justice de Montréal. L’article a porté atteinte à sa réputation, le discréditant auprès de son entourage et du milieu de la danse, allègue-t-il notamment dans sa poursuite.

Le texte en question rapportait qu’une vingtaine de danseurs avaient porté plainte à l’Union des artistes (UDA) contre lui, avec des allégations allant de la violence physique et psychologique lors des répétitions à des conditions de travail intenables. Les faits déclarés à l’UDA — qui avait mené une enquête — faisaient état de crises de colère et d’intimidation de la part du chorégraphe, « qui adopte une attitude d’abus de pouvoir », refusant notamment de donner des pauses aux danseurs ou de les laisser boire pendant les répétitions, peut-on lire dans l’article.

Selon ce qui y est rapporté, une danseuse a déclaré qu’il l’a frappée à plusieurs reprises sur une hanche en répétition, lui causant un bleu. On peut aussi lire qu’une personne a confié aux journalistes qu’il était agressif même avec les enfants sur une production, une autre alléguant qu’il les faisait pleurer.

L’article l’a dépeint comme un abuseur et une personne violente, a déploré son avocate, Me Marie-Pier Cloutier, à celle qui préside le procès, la juge Karen Kear-Jodoin, de la Cour supérieure.

Après la publication de l’article, les gens l’évitaient et annulaient des invitations, a-t-il témoigné au procès, ajoutant qu’il a perdu de 80 à 90 % de son travail.

Le chorégraphe — qui a travaillé dans des comédies musicales à succès comme Mary Poppins, Footloose et Fame — a été interviewé pour les fins de l’article. Dans celui-ci, on peut lire qu’il a déclaré que des danseurs ont été intimidés pour le dénoncer et qu’il est victime d’une vendetta de la part de danseurs et chorégraphes concurrents ainsi que d’anciennes amoureuses. Il a d’ailleurs utilisé son témoignage en Cour mardi pour expliquer que de nombreuses choses dénoncées par des danseurs étaient fausses, par exemple en affirmant que c’est le mouvement de danse exécuté par la danseuse qui lui a causé un bleu sur la hanche, et non pas des coups qu’il aurait portés.

Les journalistes avaient aussi parlé à des gens du milieu de la danse — M. Bolton lui-même leur a fourni une longue liste de contacts —, qui ont loué son travail et qui soutiennent ne jamais l’avoir vu commettre de gestes répréhensibles ou déplacés, des faits rapportés dans l’article.

« Trompeur » pour l’un, « complet et nuancé » pour les autres

L’homme a par la suite décidé de poursuivre en dommages La Presse et les deux autrices de l’article, Katia Gagnon et Stéphanie Vallet, cette dernière étant désormais au Devoir.

Il leur réclame au total plus de 265 000 $ en dommages moraux, en dommages exemplaires et en compensation pour ses pertes alléguées de contrats, dont celui de juge à l’émission de danse Révolution, pour le film américain Playmobil et pour un autre avec le Cirque du Soleil.

Dans sa poursuite, il se plaint de divers manquements des deux journalistes d’enquête, leur reprochant d’avoir utilisé des informations « de façon trompeuse », sans mise en contexte, le tout dénotant « une recherche de sensationnalisme ». Leur collecte d’informations est biaisée et partiale, dénonce-t-il, favorisant la version des plaignantes et ignorant ou minimisant la sienne.

Ces reproches sont niés par les parties défenderesses, qui disent n’avoir commis aucune faute. Rapporter les plaintes formulées contre le chorégraphe était d’intérêt public, soutiennent-elles, ajoutant que l’article publié est « complet et nuancé », décrivant autant les plaintes que la version du demandeur (Steve Bolton) « de manière équitable », peut-on lire dans un document de la Cour.

« Depuis qu’il a été prévenu de l’enquête menée à son sujet par l’UDA, le seul objectif du demandeur a été de faire taire et d’intimider ses critiques », est-il exposé dans ce document listant les moyens de défense du quotidien et des journalistes.

Celles-ci ont respecté les normes journalistiques, en effectuant une enquête « complète et exhaustive », a déclaré mardi devant la juge l’avocate des défenderesses, Me Geneviève Gagnon. Il revient au chorégraphe de démontrer la faute des journalistes ainsi que les dommages qu’il dit avoir subis.

Selon Me Cloutier, en plus de la qualité du travail d’enquête, la magistrate sera aussi appelée à soupeser les différentes valeurs que sont la liberté de presse, l’intérêt public et la vie privée des gens.

Le procès doit durer neuf jours et va se poursuivre mercredi avec le contre-interrogatoire de M. Bolton.

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