La compagnie Kraft poursuivie en raison du temps de préparation de macaronis au fromage

Une femme de Floride poursuit pour 5 millions de dollars américains Kraft Heinz pour publicité mensongère. La raison ? Le temps de préparation d’un produit de macaronis à réchauffer au micro-ondes qui outrepasse les 3 minutes et demie promis par le géant américain. Si ce genre de recours collectif est courant chez nos voisins du Sud, il est plutôt rare au Canada.

La société Kraft commercialise ses gobelets Velveeta Shells & Cheese comme étant « prêt en 3 minutes et demie ». Une sorte d’appât pour inciter les consommateurs à acheter le produit, juge Amanda Ramirez.

L’Américaine soutient que le « 3 minutes et demie » en question représente seulement le temps de cuisson au micro-ondes. Le processus complet de préparation, lui, est en réalité plus long. En effet, les instructions déclinent quatre étapes différentes : l’ouverture du sachet de sauce au fromage, l’ajout d’eau, la cuisson au micro-ondes, l’incorporation du contenu du sachet. Enfin, il faut attendre que la sauce épaississe.

« La déclaration de “prêt en 3½ minutes” est fausse et trompeuse car le produit prend plus de 3 minutes et demie pour être préparé à la consommation », peut-on lire dans l’action collective, un document de 15 pages déposé devant le tribunal de Miami le 18 novembre.

Les produits se vendent environ 10,99 dollars pour huit gobelets de macaronis de 2,39 onces. Mme Ramirez et les autres consommateurs concernés « n’auraient pas acheté le produit ou payé autant si les faits réels avaient été connus, subissant ainsi des dommages », soutient l’équipe juridique.

Ce texte fait partie de notre section Vigie numérique.

La poursuite indique en outre que Mme Ramirez ne peut plus se fier à l’étiquetage et au marketing de produits similaires, car elle n’est aujourd’hui plus certaine que « ces déclarations soient véridiques ». En d’autres mots, Kraft aurait nui à la confiance des consommateurs.

5 millions de dollars

L’action en justice réclame plus de 5 millions de dollars en dommages et intérêts et couvre des consommateurs d’une dizaine d’États ayant acheté les produits de macaronis au fromage. La poursuite réclame également des dommages et intérêts punitifs à la société Kraft Heinz Foods Company et demande qu’elle cesse « sa publicité trompeuse » ainsi que « d’engager une campagne de publicité corrective », selon les documents judiciaires.

Dans une déclaration fournie à NPR, la société Kraft Heinz a qualifié l’action en justice de « frivole », affirmant qu’elle « se défendra fermement contre les allégations de la plainte », rapporte le média.

L’un des avocats de l’équipe juridique de Ramirez Will Wright a déclaré par courriel à NPR que, même s’il a reçu quelques critiques au sujet de l’affaire, « la publicité trompeuse est une publicité trompeuse ».

« Mon cabinet représente également des clients dans des affaires que la plupart qualifieraient de plus convaincantes (arsenic dans les aliments pour bébés, etc.), mais nous ne pensons pas que les entreprises devraient obtenir un laissez-passer pour toute publicité mensongère. Les consommateurs méritent mieux. »

Explosion de poursuites dans le domaine de l’alimentation

Ce genre de procès est devenu monnaie courante aux États-Unis. D’ailleurs, l’un des membres de l’équipe juridique de Mme Ramirez est Spencer Sheehan, un avocat basé à New York connu pour ses procès en matière de marketing alimentaire.

Ces dernières années, Sheehan a intenté des centaines de procès pour allégations trompeuses, comme des collations de chocolat fudge sans produits laitiers et des imitations de vanille.

 

Comme l’a rapporté NPR, Sheehan dépose environ trois plaintes de ce type par semaine et « sa prolifération a provoqué presque à elle seule un pic historique du nombre de recours collectifs contre des entreprises du secteur de l’alimentation et des boissons — en hausse de plus de 1000 % depuis 2008 ».

Qu’en est-il au Canada ?

Ce genre d’histoires se fait beaucoup plus rares au Canada. L’avocat François-David Bernier explique qu’il aurait été peu probable que ce genre de cause se retrouve devant les tribunaux canadiens.

« Ici, pour être dédommagé, il faut vraiment qu’il y ait un dommage. Par exemple tu as été malade, ou bien tu as eu un accident qui a causé une paralysie. Ça fait qu’il y a beaucoup moins de poursuites », résume-t-il.

« Aux États-Unis, même s’il n’y a pas eu de dommages, les tribunaux peuvent punir les compagnies de manière à donner l’exemple aux autres. Et parfois ça va très loin, c’est assez spectaculaire. Alors qu’au Canada c’est l’inverse, on ne donne pas assez l’exemple. Les juges sont très conservateurs, parfois trop. »

La manière dont une entreprise peut promouvoir ses produits est régulée par la loi sur la protection du consommateur. L’article 219 énonce qu’ « [a]ucun commerçant, fabricant ou publicitaire ne peut, par quelque moyen que ce soit, faire une représentation fausse ou trompeuse à un consommateur. »

Selon l’Office de la protection du consommateur, « une publicité concernant un bien ou un service ne doit pas porter à confusion. Elle doit être claire, lisible et compréhensible. Une publicité donnant de l’information incomplète pourrait constituer une représentation fausse ou trompeuse, ou passer sous silence un fait important. Cela est interdit par la Loi sur la protection du consommateur. », peut-on lire sur leur site Internet. Il est par ailleurs « interdit de faire des déclarations mensongères ou de fausses promesses à propos du bien ou du service que vous offrez ».

Dans un cas célèbre à la cour supérieure du Québec en 2009, une femme avait déposé une requête pour un recours collectif contre Danone. Mme Sonego alléguait que la compagnie avait volontairement fait de fausses représentations concernant les bienfaits pour la santé des yogourts probiotiques.

Mais il reste que ces poursuites sont plus rares. Pourtant, le marketing abusif dans l’alimentation existe bel et bien au Québec et au Canada, comme le documentait en mars dernier la journaliste Sarah R. Champagne.

« Je trouve qu’on pourrait en faire davantage pour protéger les consommateurs canadiens », conclut François-David Bernier.

 



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