Un ancien employé d’Hydro-Québec accusé d’espionnage est remis en liberté

Yuesheng Wang était chercheur au Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie d’Hydro-Québec. Il est accusé d’avoir obtenu des secrets industriels avec l’intention d’en faire profiter la Chine.
Jacques Nadeau Le Devoir Yuesheng Wang était chercheur au Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie d’Hydro-Québec. Il est accusé d’avoir obtenu des secrets industriels avec l’intention d’en faire profiter la Chine.

Un ancien employé d’Hydro-Québec accusé d’espionnage au profit de la Chine, et détenu depuis deux semaines, a obtenu sa libération sous caution, lundi, au palais de justice de Longueuil. Le juge a estimé qu’il était plus probable qu’improbable que l’accusé reste au Canada pour faire face à la justice.

Yuesheng Wang, âgé de 35 ans, est la première personne à être accusée d’espionnage économique en vertu de la Loi sur la protection de l’information du Canada. Il fait également face à trois accusations en vertu du Code criminel : abus de confiance, utilisation frauduleuse et sans autorisation d’un ordinateur, et obtention d’un secret commercial par la tromperie, le mensonge ou d’autres moyens frauduleux.

Les procureurs fédéraux s’étaient opposés à sa libération, car ils craignaient que l’accusé ne quitte le pays. M. Wang, de son côté, avait assuré le tribunal, la semaine dernière, qu’il souhaitait rester au Canada pour blanchir sa réputation.

Le juge Marco LaBrie, de la Cour du Québec, a conclu que la détention dans l’attente du procès n’était pas nécessaire en raison des « garanties sérieuses » que M. Wang offrait comme condition de libération. « Le risque zéro n’existe pas, mais le tribunal est d’avis qu’il est beaucoup plus probable que M. Wang reste au Canada et se présente à son procès », a déclaré lundi le juge LaBrie, alors que M. Wang écoutait la traduction simultanée en mandarin.

L’accusé, qui habite Candiac, en Montérégie, a accepté de rendre son passeport chinois, d’avoir sur lui un téléphone portable à tout moment afin que la police puisse le géolocaliser, et de mettre ses deux propriétés en garantie. M. Wang doit également se présenter chaque semaine au quartier général de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et il lui est interdit de contacter le gouvernement chinois, sauf pour demander de l’aide dans sa cause, et seulement après que le contact a été approuvé par son avocat.

M. Wang, un ressortissant chinois titulaire d’un visa de travail pour son emploi chez Hydro-Québec, travaillait au Centre d’excellence en électrification des transports et stockage d’énergie, à Varennes. Il y menait des recherches sur les matériaux de batterie, un secteur plein d’avenir pour l’industrie des véhicules électriques.

Selon la GRC, qui l’avait arrêté le 14 novembre, M. Wang aurait fourni des informations sur Hydro-Québec à une université chinoise et à des centres de recherche chinois, et il aurait transféré des documents confidentiels et des photos non autorisées à son adresse de courriel personnelle. La police allègue également que M. Wang aurait utilisé des informations sans le consentement de son employeur, portant atteinte à la propriété intellectuelle d’Hydro-Québec.

Lors des audiences de deux jours sur la libération sous caution, la semaine dernière, l’accusé a pris la barre – un geste inhabituel, car la plupart des accusés ne témoignent pas des preuves contre eux lors de cette procédure préliminaire. M. Wang a nié toutes les accusations et il a assuré qu’il voulait rester au Canada pour blanchir sa réputation.

Lors de son témoignage, il a déclaré à la cour que les informations qu’il est accusé d’avoir volées n’étaient pas des secrets commerciaux et étaient en « logiciel libre ». Il a ajouté que les photos qu’il avait prises du laboratoire visaient à identifier les failles de sécurité et qu’il ne les avait pas partagées.

Le juge a déclaré lundi qu’il n’y avait aucune preuve présentée lors de l’enquête sur le cautionnement suggérant que M. Wang avait tenté de fuir le pays après son arrestation le 14 novembre et son licenciement d’Hydro-Québec. Il était sous surveillance de la GRC depuis plus d’un mois avant d’être accusé.

Le procureur fédéral Marc Cigana a déclaré aux journalistes que la décision du juge était « juridiquement fondée ».

« Le juge a cru que oui, il y avait un risque de fuite, mais que ce risque était gérable, et il a pu le gérer en imposant ces conditions, a déclaré Me Cigana. Je respecte la décision du juge et j’espère que M. Wang le fera aussi. »

L’avocat de la défense, Gary Martin, a déclaré avoir accepté avec humilité la décision du juge. La petite amie de M. Wang, Yunfeng Zheng, a versé 1000 $ dans le cadre de ses conditions de libération sous caution. « Personnellement, je ne pense pas qu’il s’enfuira […] Je lui fais entièrement confiance », a-t-elle déclaré aux journalistes.

L’accusé restera détenu jusqu’à ce qu’un notaire rédige pour le tribunal un rapport hypothécaire de ses propriétés. L’affaire reviendra devant le juge LaBrie le 13 décembre.

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