Un Lévisien accusé d’avoir préparé un coup d’État en Haïti

L’enquête de la GRC montre que l’accusé planifiait l’exécution d’« une révolution armée en Haïti pour ultimement prendre le pouvoir ».
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne L’enquête de la GRC montre que l’accusé planifiait l’exécution d’« une révolution armée en Haïti pour ultimement prendre le pouvoir ».

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) accuse un Lévisien de 51 ans, Gérald Nicolas, d’avoir « préparé une activité terroriste visant à renverser le gouvernement haïtien de Jovenel Moïse », l’ancien président assassiné en juillet 2021 par un commando armé.

L’enquête de la GRC, qui a pris le pas en juillet 2021 sur celle entamée plus tôt par le Service de police de la Ville de Lévis, montre que l’accusé planifiait l’exécution d’« une révolution armée en Haïti pour ultimement prendre le pouvoir ».

Gérald Nicolas « aurait pris des actions concrètes, notamment en voyageant en Haïti », pour organiser un groupe voué à perpétrer un coup d’État. L’enquête, précise la GRC dans un communiqué, « n’est pas en lien avec l’assassinat » de l’ancien président.

La dénonciation précise que l’accusé a quitté Montréal le 12 avril 2021 « pour commettre un acte en Haïti, à savoir sciemment faciliter une activité terroriste dans ce pays ». Entre avril 2020 et juin 2021, poursuit le document, M. Nicolas aurait également « sciemment facilité une activité terroriste » à Québec, au Canada, en Haïti et en République dominicaine. L’accusé aurait entre autres fourni des biens, « notamment de l’argent, des tentes et une génératrice ».

« Il aurait commencé à planifier ça en janvier 2020, précise le sergent Charles Poirier, de la GRC. Il aurait voyagé en Haïti, mais aussi dans d’autres pays d’Amérique centrale dans le but de faire du recrutement, de se financer et d’acquérir des armes. » Ses voyages se sont soldés par des échecs, souligne la GRC, puisque l’accusé n’a pas réussi à se procurer d’arsenal.

Victime d’une vengeance,selon l’accusé

La Gendarmerie indique qu’elle a perquisitionné une première fois dans le domicile de Gérald Nicolas en novembre 2021. Les autorités avaient alors arrêté l’individu, avant de le relâcher, sous prétexte qu’il ne présentait aucune menace à la sécurité intérieure. « Ses activités se concentraient uniquement vers l’extérieur », indique le sergent Poirier.

L’accusé a vraisemblablement pu quitter le pays après cette première arrestation, puisque Le Devoir a contacté Gérald Nicolas alors qu’il se trouvait à l’étranger. « Je reviens demain et je vais faire face à tout ça. Je n’ai pas honte de ce que j’ai fait ni de ce que j’ai dit. »

Il dit avoir deux filles de 13 et 15 ans et avoir déjà eu des parts dans une résidence pour personnes âgées de Beauce. M. Nicolas nie avec véhémence les accusations dont il fait l’objet et se défend d’avoir proféré des menaces à l’encontre du régime de Jovenel Moïse. « J’ai juste créé une page Facebook, dit-il, pour que les Haïtiens prennent leur destin en main. »

Il impute ses déboires à une Marocaine rencontrée sur un site de rencontre qui n’a jamais accepté leur rupture. « Nous nous sommes fréquentés pendant huit mois en 2020 ou 2021 », dit-il.

À son avis, la femme, par désir de vengeance, l’a dépeint comme un putschiste aux policiers de Lévis. « Un jour, je préparais des barils humanitaires. Elle leur a dit que je mettais autre chose dedans. C’est complètement faux ! » décrie l’accusé. Il se dit victime de racisme parce qu’il est, selon ses dires, « riche et noir ».

M. Nicolas revendique « trois diplômes de troisième cycle dans trois domaines différents », tous obtenus « dans les meilleures universités françaises ». Il dit que sa richesse provient de bons placements immobiliers et calcule avoir encore quatre propriétés à Lévis.

La résidence principale de l’accusé, juchée sur le cap qui surplombe le fleuve à Lévis, a une valeur imposable de 750 000 $, selon le rôle d’évaluation de la Ville.

Coupable en août dernier

Gérald Nicolas possède au moins une autre résidence à Lévis, qui est située dans le secteur Saint-Romuald et qui fait à la fois office de logement et de siège social pour une entreprise à numéro enregistrée à son nom. Un voisin de cette dernière demeure, qui demande l’anonymat par peur de représailles, indique que des policiers ont visité cette maison en location il y a un an.

« J’ai déjà vu des voitures de police en face », indique l’homme. Selon lui, de nombreuses personnes habitaient à cette adresse, dont des femmes et des enfants. « Il y avait toujours des gros chars style Mercedes dans l’entrée », précise-t-il, prenant soin d’ajouter que ces voisins n’avaient « jamais fait de trouble ».

L’accusé doit comparaître le 1er décembre au palais de justice de Québec pour des accusations d’avoir quitté le Canada pour faciliter une activité terroriste, d’avoir facilité une activité terroriste et d’avoir fourni des biens à des fins terroristes.

En cas de condamnation, l’accusé encourt de lourdes peines. Le premier chef d’accusation à lui seul est passible de 14 ans d’emprisonnement.

Gérald Nicolas fait déjà face à la justice dans deux autres causes. En août dernier, il a plaidé coupable à des accusations de complot et de publication non consensuelle d’images intimes. Dans ce dossier également, il impute les accusations aux élucubrations de son ancienne amante. « J’ai envoyé la photo par légitime défense », soutient-il. Il doit revenir en cour le vendredi 25 novembre pour connaître sa peine.

À voir en vidéo