Les témoignages d’Harold LeBel et de la plaignante remis en question

Aux yeux de la poursuite, l’ancien député péquiste a démontré une mémoire «sélective» et offert des versions incohérentes aux jurés.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Aux yeux de la poursuite, l’ancien député péquiste a démontré une mémoire «sélective» et offert des versions incohérentes aux jurés.

La plaignante dans le procès pour agression sexuelle de l’ex-député Harold LeBel présente un « portrait dramatique » de la situation et mine la crédibilité de son témoignage, soutient la défense dans cette affaire. La poursuite réplique : l’accusé démontre une mémoire « sélective » et offre des versions incohérentes aux jurés.

Lors des plaidoiries de la défense, mercredi matin, l’avocat de M. LeBel, Me Maxime Roy, a tenté d’attaquer la version des faits livrée la semaine dernière par la victime présumée, dont l’identité est protégée par une ordonnance de la cour. La plaignante maintient qu’après avoir dégrafé son soutien-gorge sans consentement et tenté de forcer la porte de la salle de bain où elle s’était enfermée, l’accusé lui aurait fait subir des attouchements non désirés pendant une nuit complète en octobre 2017.

Elle écrit un texto dans la salle de bain pour interpeller son amie [...] Posez-vous la question : il est où, le texto ?

 

« Posez-vous des questions sur la sincérité de son témoignage, et est-ce qu’elle a voulu, à certains égards, vous présenter un portrait un peu dramatique de la situation », a lancé Me Roy aux 14 jurés, mercredi.

Aux yeux de la défense, plusieurs aspects du témoignage de la victime présumée sont « invraisemblables ». Par exemple, même si celle-ci « port[ait] une robe et une veste », l’accusé aurait réussi « du premier coup, à une main » à détacher son soutien-gorge, a soulevé Me Roy.

« Elle écrit un texto dans la salle de bain pour interpeller son amie […] parce qu’elle est inquiète du comportement de M. LeBel. […] Posez-vous la question : il est où, le texto ? Il est où, le texto ? Pourquoi elle ne l’a pas conservé ? » a ajouté l’avocat de la défense.

« Le cumul de l’ensemble des invraisemblances est trop grand » pour que l’on condamne M. LeBel hors de tout doute raisonnable, a-t-il maintenu.

La poursuite a répliqué que « jusqu’en juillet 2020 », la plaignante essayait d’« oublier ». « Elle ne fait pas enquête contre Harold LeBel, elle ne monte pas un dossier contre lui, elle ne ramasse pas de preuves », a souligné l’avocate Manon Gaudreault, qui représente le Directeur des poursuites criminelles et pénales. La perte du message texte à son amie ne s’explique que par la grande quantité d’échanges qu’elles ont eus au cours des années, a-t-elle ajouté.

Trous de mémoire ?

Au moment d’effectuer ses plaidoiries, la poursuite a pour sa part soulevé les versions changeantes offertes par l’accusé à la police, puis au jury. « Cet homme qui dit aux policiers avoir eu un black-out durant la nuit » a-t-il une « mémoire sélective » ? a demandé Me Gaudreault.

Selon la défense, M. LeBel a démontré tout au long de son témoignage qu’il était « sincère », « cohérent » et « raisonnable ». Ne pas se souvenir de certains éléments de la soirée « n’est pas suffisant » pour recevoir un verdict de culpabilité, a dit Me Roy, mercredi.

Cet homme qui dit aux policiers avoir eu un black-out durant la nuit [a-t-il une] mémoire sélective ?

 

Sauf qu’au-delà du témoignage, l’accusé a déjà démontré des « regrets » et offert des « excuses » à sa victime présumée, a constaté la poursuite. « Voilà une soirée d’alcool que je voudrais n’avoir jamais connue », avait en effet écrit M. LeBel dans un courriel transmis à la plaignante en 2020.

« Est-ce que, quand on regarde l’ensemble de la preuve, la version de l’accusé, qui nie les contacts sexuels, c’est compatible avec ses propres regrets ? a demandé Me Gaudreault au jury. Vous, est-ce que vous regrettez des choses que vous n’avez pas faites ? »

Tout en demandant au jury de rendre un verdict de culpabilité, les avocats de la poursuite ont suggéré mercredi aux jurés de ne pas tomber dans les « préjugés ». « Il ne faut pas tomber dans les idées préconçues et dire : une personne agressée aurait dû agir de telle ou telle manière. Vous devez plutôt regarder comment elle explique son agression : l’accusé est son ami, […] elle sait qu’il est plus fort qu’elle, et son comportement a changé du tout au tout », a indiqué Me Gaudreault.

Le procès pour agression sexuelle d’Harold LeBel se poursuit en début de semaine prochaine. Le jury pourrait rendre un verdict lundi, au plus tôt.

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