Harold LeBel nie tout des allégations d’agression sexuelle à son endroit

L’ex-député péquiste Harold LeBel affirme que les allégations d’agression sexuelle à son endroit sont fausses, mais convient avoir embrassé sa présumée victime.
Jacques Boissinot La Presse canadienne L’ex-député péquiste Harold LeBel affirme que les allégations d’agression sexuelle à son endroit sont fausses, mais convient avoir embrassé sa présumée victime.

Les allégations d’agression sexuelle qui visent l’ex-député péquiste Harold LeBel sont « fausses » sur toute la ligne, a plaidé l’accusé lundi, au cinquième jour de son procès. « Je n’ai jamais fait ça de ma vie », a-t-il répété, tout en avouant que lui et sa présumée victime se sont embrassés ce soir-là.

Interrogé par son avocat, Me Maxime Roy, l’ancien élu a nié tour à tour les événements rapportés la semaine dernière lors du témoignage de sa victime présumée. Il a admis l’avoir embrassée, mais a soutenu du même souffle que le geste était consensuel. « Ça, c’est arrivé, a-t-il dit. On était tous seuls à ce moment-là, on avait discuté de nos situations personnelles, situations amoureuses. »

Selon M. LeBel, ce rapprochement serait survenu après un long échange « tendre » et « émotif ». « Très rapidement, on s’est dit : “Wô, qu’est-ce qui arrive ?” On a reculé. Les deux, on a reculé », a-t-il poursuivi.

Député péquiste de Rimouski jusqu’en 2020 — moment de son exclusion du caucus —, M. LeBel fait face à une accusation d’agression sexuelle pour des gestes qui auraient été commis en octobre 2017. Jeudi, le juge Serge Francoeur avait choisi de suspendre le procès jusqu’à lundi, éliminant par ce fait même de l’horaire l’interrogatoire d’une témoin.

La semaine dernière, la plaignante, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, avait indiqué devant juge et jury avoir tardé à porter plainte « de peur de faire du trouble ». L’agression aurait eu lieu dans l’appartement de M. LeBel à Rimouski, lors d’une soirée où il aurait accepté de l’héberger, elle, en plus d’une autre personne.

La veille, l’accusé avait conduit sa victime présumée de Québec à Rimouski en voiture. Le matin même des événements allégués, il avait participé à une rencontre avec le Centre local d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, a-t-il relaté.

Selon les dires de la plaignante, les événements se seraient produits au petit matin, dans la nuit du 20 au 21 octobre. C’est à la suite de leur discussion autour de quelques verres d’alcool que M. LeBel lui aurait touché les cuisses. « Surprise », la victime présumée serait allée prendre une douche. L’accusé l’aurait suivie, aurait dégrafé son soutien-gorge et aurait tenté d’ouvrir la porte de la salle de bain, verrouillée de l’intérieur par la plaignante.

« Quand je suis allé vers la toilette, j’étais inquiet. [C’était] pour demander si ça allait bien », a répliqué l’ex-député, lundi. « Jamais » n’a-t-il touché à son soutien-gorge, a ajouté Harold LeBel.

Attouchements allégués

Après être allée se coucher dans un lit escamotable, la plaignante aurait reçu la visite de son agresseur présumé, qui lui aurait fait subir des attouchements non désirés toute la nuit. « C’est faux. Non, je n’ai jamais fait ça. Je n’ai vraiment jamais fait ça », s’est défendu M. LeBel, qui a convenu s’être couché à côté d’elle « tout habillé » parce que son lit était occupé par l’autre femme qu’il hébergeait.

Interrogé par son avocat, l’accusé a raconté s’être réveillé « le nez dans [les] cheveux » de la plaignante et la main sur son épaule. « J’ai reculé tout de suite parce que je n’étais pas à l’aise », a-t-il maintenu lundi.

M. LeBel se justifie d’avoir dormi dans le même lit que sa victime présumée plutôt que dans sa chambre : il a réitéré que son lit était occupé. « J’avais une décision à prendre. Qu’est-ce que je fais ? » L’ancien élu dit regretter aujourd’hui de ne pas avoir demandé à la plaignante de se déplacer dans son lit pour qu’il puisse se coucher seul.

Pourquoi lui avoir envoyé un message texte le lendemain pour lui dire « merci […] de m’avoir laissé te coller » ? « C’était une façon pour moi de m’assurer que ça n’était pas interprété plus que c’était », a-t-il lancé lorsqu’apostrophé par la poursuite.

Dans un courriel transmis à sa présumée victime en 2020 et déposé en preuve la semaine dernière, M. LeBel avait déjà dit n’avoir « aucun souvenir » de l’avoir touchée ou agressée trois ans auparavant. « Voilà une soirée d’alcool que je voudrais n’avoir jamais connue », avait-il écrit.

Lundi, M. LeBel a précisé avoir pris « quatre ou cinq verres » de gin tonic le soir des événements allégués. « Ce n’est pas ça qui va me virer à l’envers », a-t-il lancé. Dans son contre-interrogatoire, la Couronne a demandé à M. LeBel pourquoi il avait dit aux policiers le jour de son arrestation qu’il avait pris « pas mal » d’alcool ce soir-là. « Aujourd’hui, je le réfute, ça. Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé », a-t-il admis.

« Donc, c’est inexact, ce que vous avez dit aux policiers ? » lui a demandé le procureur Jérôme Simard. « Dans l’état où j’étais, j’ai essayé d’expliquer du mieux que j’ai pu. [Avec] un niveau de stress très, très, très élevé », a répondu l’accusé.

Le contre-interrogatoire de M. LeBel se poursuivra mardi, au palais de justice de Rimouski.

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