La mort de Riley Fairholm est de responsabilité collective, dit la coroner

Riley Fairholm, 17 ans, a été abattu en 2018 par les policiers qu’il avait lui-même appelés, sans toutefois décliner son identité.
Facebook Riley Fairholm, 17 ans, a été abattu en 2018 par les policiers qu’il avait lui-même appelés, sans toutefois décliner son identité.

Le décès du jeune Riley Fairholm, abattu par des policiers en 2018 à Lac-Brome, aurait « peut-être » pu être évité, tranche la coroner Géhane Kamel. Mais il aurait fallu que plusieurs conditions soient alors réunies, avance-t-elle dans un rapport rendu public mercredi.

« Bien qu’il était justifié pour les policiers de tirer devant une menace, je resterai avec cette idée que si on avait mieux communiqué en amont, dès l’appel du 911, si les professionnels de la santé et du milieu scolaire avaient établi des ponts significatifs, si ses parents n’avaient pas été laissés seuls avec leur impuissance, peut-être que la vie de Riley n’aurait pas été fauchée », conclut la coroner dans son rapport.

Riley Fairholm, 17 ans, a été abattu par les policiers qu’il avait lui-même appelés, sans toutefois décliner son identité. À leur arrivée en pleine nuit à l’intersection de deux rues du village, le jeune homme en état de crise les a menacés avec un fusil à air comprimé qui ressemblait à une arme létale. Il a fallu un peu plus d’une minute après l’arrivée des agents sur les lieux pour que l’un d’eux appuie sur la détente.

À l’instar des experts qu’elle a entendus, la coroner conclut dans son rapport que ces derniers ont agi « tel qu’enseigné » à l’École nationale de police. Une formation qui gagnerait à être mieux adaptée aux personnes en état de crise, selon elle, qui cite les rapports d’enquête du Bureau du coroner dans les dossiers d’Alain Magloire et de Mario Hamel.

Pas un suicide par policier interposé

 

Lors de l’enquête du coroner, des témoins avaient suggéré que Riley Fairholm s’était servi des policiers pour créer une situation garantissant qu’on allait faire feu sur lui, ce qu’on qualifie dans le jargon des forces de l’ordre de « suicide par policier interposé ».

Or, la coroner Kamel a rejeté cette hypothèse. « Je souscris aux propos de M. Michael Arruda, qui évoquera que “la majorité des personnes suicidaires sont incertaines de vouloir mourir”, écrit-elle. Le contexte nous rappelle malheureusement que la fenêtre d’opportunité pour ouvrir une discussion était mince. »

Lors de l’intervention, l’agent responsable avait invité le jeune à se calmer en lui parlant depuis l’intérieur de son véhicule grâce à un microphone afin de ne pas s’exposer à des tirs. La coroner souligne qu’il ne pouvait pas entendre ce que le jeune disait, ce qui n’est pas « optimal ».

« Et s’il avait crié “aidez-moi” alors que personne ne l’entendait ? demande-t-elle. Ils auraient sans doute pu, lui et sa collègue, être derrière leur porte ouverte et fenêtre fermée, pour engager un échange verbal plus fluide tout en demeurant dans une zone sécuritaire. »

La coroner écorche aussi le milieu scolaire et le réseau de la santé dans ce dossier. Elle retient que Riley Fairholm aurait dû être suivi de plus près par son médecin de famille et les autres personnes qui sont intervenues auprès de lui. « Il ne suffit pas d’évaluer et de médicamenter une personne pour assurer un suivi sécuritaire, il faut se parler et établir des ponts. Ces ponts n’ont pas été érigés entre les professionnels de la santé pas plus qu’avec le milieu scolaire », écrit-elle.

Besoin d’aide ?

N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide, au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

Pour obtenir de l’aide concernant votre santé mentale ou celle d’un proche, n’hésitez pas à contacter le service Info-Social 811.



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