Harold LeBel a dit en 2020 ne se souvenir de rien

Harold LeBel, à l’Assemblée nationale, le 26 mai 2020. L’ex-député subit actuellement un procès pour agression sexuelle.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Harold LeBel, à l’Assemblée nationale, le 26 mai 2020. L’ex-député subit actuellement un procès pour agression sexuelle.

Dans un message transmis à sa présumée victime en 2020, l’ex-député Harold LeBel a dit n’avoir « aucun souvenir » de l’avoir touchée ou agressée trois ans auparavant. « Voilà une soirée d’alcool que je voudrais n’avoir jamais connue », a-t-il alors écrit.

Au troisième jour du procès de l’ancien député de Rimouski, la plaignante a fait la lecture d’un échange de courriels qu’elle a eu avec M. LeBel trois ans après l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime. « Toute la nuit jusqu’au petit matin, tu ne m’as pas lâchée », a-t-elle notamment écrit dans un message évoquant « la grande brisure » qu’ont causée les événements dans leur amitié.

Harold LeBel lui a alors répondu que son message le « virait à l’envers », mais qu’il n’avait « aucun souvenir de tout ça ». « Voilà une soirée d’alcool que je voudrais n’avoir jamais connue. »

Or, dans son témoignage, la présumée victime de M. LeBel a soutenu qu’il n’était pas en état d’ébriété au moment des faits. Elle a affirmé qu’ils avaient chacun bu trois gin-tonics pas « trop forts ». Et ce, sur une période de plusieurs heures.

Âgé de 60 ans, l’ex-député péquiste de Rimouski subit depuis lundi son procès pour agression sexuelle. L’identité de la plaignante dans cette affaire est gardée confidentielle en vertu d’une ordonnance de la Cour.

Rappelons que la jeune femme, qui est âgée d’une vingtaine d’années de moins que l’accusé, avait raconté mardi qu’il s’était livré à des attouchements non consentis en octobre 2017 alors qu’elle séjournait avec une amie commune dans l’appartement d’Harold LeBel, à Rimouski. L’épisode aurait duré des heures.

Devant les jurés, elle a relaté avoir été prise par « surprise » quand l’accusé lui a touché les cuisses au terme d’une discussion qui s’était étirée jusqu’à 0 h 30 ou 1 h du matin. « Je me suis comme reculée, et j’ai dit : “Écoute, je suis fatiguée. Je vais aller prendre ma douche et je vais aller me coucher.” » Or, selon ses dires, Harold LeBel l’a ensuite suivie, a dégrafé son soutien-gorge, puis a cherché à ouvrir la porte de la salle de bain où elle s’était enfermée à clé.

Le petit appartement où ils se trouvaient ne comptait qu’une seule chambre, où l’autre femme présente ce soir-là était allée se coucher plus tôt. Après avoir pris sa douche, la victime présumée est allée s’installer dans le lit escamotable du salon, où l’a rejointe Harold LeBel. Il lui aurait ensuite fait des attouchements sur les fesses tout au long de la nuit, alors qu’elle ne bougeait pas et faisait semblant de dormir.

Présumée victime contre-interrogée

Mercredi, l’avocat d’Harold LeBel, Me Maxime Roy, a souligné que la plaignante aurait pu réveiller son amie ou aller dormir en sa compagnie si elle se sentait menacée. La plaignante a rétorqué qu’il avait été « convenu » au préalable que l’autre femme la rejoindrait dans le salon et que M. LeBel irait dormir dans sa propre chambre.

Me Roy est aussi revenu sur le moment où l’accusé est allé la rejoindre : « Il vous demande la permission de se coucher à côté de vous, exact ? […] Donc, vous acceptez ? » La plaignante a répondu par l’affirmative aux deux questions, disant avoir voulu ainsi « acheter la paix ». « J’avais peur qu’il m’en veuille comme amie. J’avais peur qu’il soit déçu. »

L’avocat a par la suite présenté la version des faits de son client.

« Je vous suggère que M. LeBel ne vous a jamais caressé les fesses. […] C’est faux. La seule chose qui s’est réellement produite, c’est que M. LeBel s’est endormi et que le lendemain, vous êtes réveillés collés tous les deux. » Me Roy a aussi affirmé que l’homme n’avait « jamais » dégrafé le soutien-gorge de la jeune femme. Le criminaliste n’est toutefois pas revenu sur le moment où M. LeBel aurait tenté de l’embrasser et celui où il la pressait de sortir de la salle de bain.

Il a en outre mis en avant que la présumée victime et son amie auraient pu décider d’aller dormir à un autre endroit. « Vous auriez pu coucher à l’hôtel », a-t-il signalé avant que la plaignante reconnaisse que son employeur lui avait en effet donné cette possibilité.

L’avocat de la défense a aussi souligné qu’Harold LeBel ne s’était pas objecté à ce que l’autre femme soit présente lors du voyage. Ce sera d’ailleurs au tour de cette dernière de témoigner jeudi matin.

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