La présumée victime d’Harold LeBel ne voulait pas «causer des vagues»

La plaignante affirme que l’ancien député péquiste de Rimouski, Harold LeBel, l’a agressée sexuellement à l’automne 2017 alors qu’elle séjournait chez lui avec une collègue.
Francis Vachon Archives Le Devoir La plaignante affirme que l’ancien député péquiste de Rimouski, Harold LeBel, l’a agressée sexuellement à l’automne 2017 alors qu’elle séjournait chez lui avec une collègue.

La présumée victime d’Harold LeBel a hésité à porter plainte « de peur de faire du trouble » et parce qu’il était une personnalité très populaire, a-t-elle raconté mardi. « Il n’y avait pas figure plus consensuelle que ça », a-t-elle expliqué dans le cadre du procès pour agression sexuelle de l’ancien député, à Rimouski. « Je ne voulais pas causer des vagues. »

La femme affirme que les événements se sont déroulés à l’automne 2017, alors qu’elle séjournait dans l’appartement de l’ex-élu péquiste avec une collègue. Elles étaient de passage dans la région pour des raisons professionnelles, et Harold Lebel, un ami, avait accepté de les héberger pendant deux nuits.

L’identité de la présumée victime dans cette affaire est protégée par une ordonnance du juge. Prévue dans le Code criminel, cette précaution est presque « systématiquement » prise « dans les dossiers d’agression sexuelle », note par ailleurs Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop.

Devant les jurés, la plaignante a relaté avoir été prise par « surprise » quand l’accusé lui a touché les cuisses au terme d’une discussion qui s’était étirée jusqu’à 0 h 30 ou 1 h du matin. « Je me suis comme reculée, et j’ai dit : “Écoute, je suis fatiguée. Je vais aller prendre ma douche et je vais aller me coucher.” » Or, selon ses dires, Harold LeBel l’a ensuite suivie et a cherché à ouvrir la porte de la salle de bains qu’elle avait verrouillée.

Le petit appartement où ils se trouvaient ne comptait qu’une seule chambre, et l’autre femme qui était allée se coucher plus tôt s’y trouvait. La victime présumée est quant à elle allée s’installer dans le lit escamotable du salon, où l’a rejointe l’accusé. Elle a raconté avoir subi des attouchements non désirés toute la nuit et dit qu’elle est restée sans bouger.

Ce n’est que trois ans plus tard, en octobre 2020, qu’elle a porté plainte dans l’affaire. Dans son témoignage, elle a expliqué avoir d’abord préféré taire les événements en raison de la popularité de l’accusé, notamment. « Je ne voulais pas faire de trouble », a-t-elle dit en mentionnant qu’elle craignait aussi qu’on mette en doute sa crédibilité. « Tout le monde l’aime. Tout le monde l’apprécie. »

Le procès d’Harold LeBel doit reprendre mercredi matin avec le contre-interrogatoire de la plaignante par l’avocat de la défense, Me Maxime Roy.

Mise en garde aux jurés

 

Le procès de l’ancien député de Rimouski se déroule devant jury, un fait rare pour ce type de cause. « C’est l’accusé qui choisit de tenir son procès devant juge seul ou devant jury, fait remarquer la directrice de Juripop. Généralement, dans les cas d’agression sexuelle, les accusés vont opter pour un juge seul. »

Dans ses directives, le juge Serge Francoeur a invité les jurés à ne pas aborder la preuve avec « des hypothèses injustifiées sur ce qu’est ou n’est pas une agression sexuelle », notamment. « Il n’y a pas de victime typique ou d’agresseur typique, de situation typique ou de réaction typique », a-t-il insisté.

Le jury du procès est composé de 14 personnes alors que seules 12 d’entre elles devront s’entendre sur un verdict. Le juge Francoeur a indiqué lundi avoir sélectionné deux jurés de plus afin de s’assurer que le jury soit complet même si certains de ses membres contractent la COVID-19 d’ici la fin des procédures.

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