Agression ironique d’une journaliste en plein reportage sur Hockey Canada

La journaliste Paige Ellis a été brusquement interrompue par un homme.
Capture d’écran de BNN Bloomberg La journaliste Paige Ellis a été brusquement interrompue par un homme.

Ironie, quand tu nous tiens. Alors qu’elle rapportait de récents développements de l’affaire Hockey Canada pour la chaîne d’affaires canadienne BNN Bloomberg, la journaliste Paige Ellis a subi une agression en direct, jeudi, de la part d’un homme portant un chandail de hockey. Il s’agit d’une agression verbale à teneur sexuelle, selon la journaliste.

« Il y a quelque chose de sinistrement poétique dans le fait d’être harcelée sexuellement par un homme portant un maillot de hockey alors que l’on parle d’inconduite sexuelle présumée de joueurs de hockey », a déclaré la journaliste sur Twitter, en anglais, partageant la vidéo de son agression.

« Désolé tout le monde, cela m’a vraiment surpris », a-t-elle dit, après s’être fait brusquement interrompre par l’homme. Paige Ellis a calmement poursuivi son direct tout de suite après. Son gazouillis a été partagé plus de 2000 fois, et a récolté plus de 10 000 mentions « j’aime ».

L’événement est survenu alors que de nombreux partenaires de Hockey Canada ont décidé de rompre leurs liens avec l’organisme, et que Justin Trudeau a demandé le départ de sa direction, à la suite du dévoilement de l’existence d’un second fonds servant à régler des plaintes d’agressions sexuelles chez Hockey Canada.

Paige Ellis rapportait justement les effets du retrait des partenaires financiers de l’organisme, au moment où l’homme l’a interrompue. La journaliste a reçu de nombreux commentaires d’encouragement, déplorant qu’elle ait eu à subir cette agression, et la félicitant pour l’humour et le professionnalisme avec lesquels elle a réagi.

Ce texte fait partie de notre section Vigie numérique.

Agressions en direct, un vieux cliché

Les femmes journalistes subissent depuis longtemps de telles agressions en direct à la télévision, ainsi que plusieurs autres types d’agressions, en personne et en ligne. Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies paru en 2021 à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, il s’agirait d’un problème généralisé partout dans le monde.

« Si les journalistes, hommes et femmes, sont exposés à des violences et à des menaces pour leur sécurité en représailles de leur travail, les attaques contre les femmes sont fondées sur le genre et fortement sexualisées, en ligne et hors ligne », avait déclaré Irene Khan, rapporteuse spéciale des Nations unies et directrice générale de l’Organisation internationale de droit du développement, à la sortie du rapport.

La situation ne date pas d’hier. En 2015, dans les pages du Devoir, on apprenait qu’un commentaire obscène ayant refait surface dans une vidéo (« F**k her right in the p***y ») a généré une vague d’agressions envers des femmes journalistes, où des hommes leur lançaient cette phrase en pleine rue.

« C’est un langage insultant, menaçant et dénigrant qui, dans certains cas, pourrait faire l’objet de plaintes à la police », avait alors affirmé le ministre fédéral de la Justice de l’époque, Peter MacKay.

Rappelons que plusieurs années plus tard, en 2022, Monia Chokri a mis en scène ce phénomène, en faisant l’élément déclencheur de son dernier long métrage, Babysitter, inspiré de la pièce éponyme de Catherine Léger, dans un geste de réappropriation féministe à l’ère post-#MeToo.



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