Adèle Sorella aura son troisième procès pour la mort de ses deux filles

La Cour suprême du Canada a fait connaître sa décision jeudi, sans fournir de motifs.
Adrian Wyld La Presse canadienne La Cour suprême du Canada a fait connaître sa décision jeudi, sans fournir de motifs.

La Cour suprême du Canada a refusé d’entendre l’appel du Directeur des poursuites criminelles et pénales qui tentait d’empêcher Adèle Sorella d’avoir un troisième procès. La femme de Laval avait obtenu ce droit en mars lorsque la Cour d’appel avait cassé son verdict de culpabilité pour double meurtre de ses fillettes.

La Cour suprême a fait connaître sa décision jeudi, sans fournir de motifs.

 

Adèle Sorella avait été trouvée coupable en 2019 du meurtre au deuxième degré de ses fillettes Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans.

La femme de 56 ans avait alors écopé d’une peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Ses avocats avaient porté cette décision en appel et avaient obtenu une annulation du verdict et un troisième procès.

Car elle en avait subi un premier en 2013. Au terme de celui-ci, le jury l’avait déclarée coupable de meurtre prémédité. Mais en raison de directives erronées données au jury, le verdict avait été écarté et le deuxième procès ordonné.

Le verdict de 2019 a aussi été écarté pour cause de directives erronées au jury. La Cour d’appel a estimé en mars dernier que la juge du procès avait commis une erreur en refusant à Mme Sorella le droit de plaider la thèse de l’implication du crime organisé dans le meurtre de ses deux fillettes.

Morts mystérieuses en 2009

 

Le 31 mars 2009, les deux petites filles avaient été retrouvées sans vie, allongées côte à côte dans leur salle de jeu, au sous-sol du domicile familial lavallois.

Un élément particulier dans cette affaire est que la cause du décès des fillettes n’a jamais été déterminée : leurs corps ne portaient aucune marque de violence, ni aucun indice de ce qui avait pu leur arriver.

La Couronne a soutenu que la cause la plus probable de leur mort était que les deux enfants auraient été placées dans la chambre hyperbare installée dans la maison — pour soigner l’une des fillettes — et qu’elles auraient été ainsi privées d’oxygène.

Cette « théorie de la chambre hyperbare » a été présentée au jury, mais pas la « théorie de la mafia » offerte par la défense, avait souligné devant la Cour d’appel en novembre 2021 Me Ronald Prégent, l’un des avocats de Mme Sorella.

Au deuxième procès, la défense avait fait valoir que le mari de Mme Sorella — et père de leurs enfants — était une tête dirigeante du crime organisé. Il était alors possible qu’une personne soit entrée dans la maison pour s’en prendre aux fillettes, dans le but d’atteindre leur père. Ce dernier, Giuseppe De Vito, était en cavale à ce moment et recherché par la police. Finalement arrêté en 2010, il a été retrouvé mort dans sa cellule trois ans plus tard, empoisonné au cyanure dans une prison à sécurité maximale.

Cette théorie aurait ouvert la porte à la possibilité que quelqu’un d’autre ait commis les homicides, a poursuivi Me Prégent, alors que la Couronne soutenait que Mme Sorella était la seule à avoir pu commettre le crime.

En refusant cette théorie offerte par la défense, la juge a « complètement fermé la porte à la seule possibilité que le jury entretienne un doute raisonnable [et pense] que quelqu’un d’autre que l’appelante [Mme Sorella] a causé la mort des enfants. »

La Lavalloise devra vraisemblablement revivre tout le processus judiciaire pour une troisième fois.

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