Longueuil plaide l’urgence dans le dossier des cerfs

Selon Me Goldwater, la Ville de Longueuil a fait preuve de mauvaise foi en laissant entendre qu’elle renonçait à l’euthanasie des animaux en juin, avant de finalement opter pour une chasse contrôlée à l’arbalète afin de réduire la population de cerfs.
Paul Chiasson La Presse canadienne Selon Me Goldwater, la Ville de Longueuil a fait preuve de mauvaise foi en laissant entendre qu’elle renonçait à l’euthanasie des animaux en juin, avant de finalement opter pour une chasse contrôlée à l’arbalète afin de réduire la population de cerfs.

La Ville de Longueuil allègue que tout report de l’abattage de cervidés résidant au parc Michel-Chartrand mettrait en péril cet espace vert. Elle a donc demandé mercredi à la Cour supérieure de rejeter la demande de sursis déposée par un organisme de défense des animaux.

Le dossier s’est en effet retrouvé devant la Cour supérieure mercredi. Au nom de l’organisme Sauvetage Animal Rescue, l’avocate Anne-France Goldwater avait déposé une demande d’ordonnance de sauvegarde afin que l’abattage de cerfs, prévu cet automne, soit repoussé.

Selon elle, la Ville a fait preuve de mauvaise foi dans ce dossier en laissant entendre qu’elle renonçait à l’euthanasie des animaux en juin dernier, avant de finalement opter pour une chasse contrôlée à l’arbalète afin de réduire la population de cerfs. La Ville a voulu « tromper la population » et « tromper la Cour supérieure » en n’attendant pas que le tribunal tranche sur le fond du litige, estime Me Goldwater.

Rappelons qu’après avoir annoncé en novembre 2021 qu’elle comptait abattre une soixantaine de cerfs du parc Michel-Chartrand en raison de leur trop importante population, la Ville de Longueuil avait fait savoir en février dernier qu’elle reportait à l’automne l’opération de capture et d’euthanasie. Puis, en juin, l’administration municipale avait affirmé son intention de suspendre l’opération pour permettre au tribunal de trancher la question.

Un mois plus tard, changement de cap : la Ville comptait désormais mener une opération de « chasse contrôlée » à l’arbalète compte tenu de l’urgence de la situation.

Une mauvaise méthode disent les plaignants

 

Ainsi, a indiqué Me Goldwater, dès février, à la lumière d’un nouvel inventaire qui portait à 108 le nombre de cerfs vivant dans le parc Michel-Chartrand, les responsables de la Ville savaient déjà que la capture et l’euthanasie des cervidés n’étaient pas la méthode qui allait être retenue. « Ils le savaient déjà quand ils ont pris leur engagement [de suspendre la capture et l’euthanasie, en juin]. Ils devaient rire dans leur barbe », a-t-elle dit.

Me Goldwater estime aussi que la décision de Longueuil de procéder à l’abattage de dizaines de cerfs n’est pas rationnelle, car la municipalité n’a pas envisagé d’autres options. Selon elle, la Ville aurait dû élaborer un plan de gestion de la population de cerfs qui aurait compris la stérilisation et la vermifugation des bêtes, car les éliminer sans adopter d’autres mesures de régulation de la population nécessitera d’autres interventions dans le futur.

La réduction du cheptel ne représente pas une urgence immédiate puisque la population ne risque pas d’augmenter dans les prochains mois, les biches mettant bas une fois par année, au printemps, a plaidé de son côté l’avocate de la SPCA de Montréal, Me Marie-Claude St-Amant.

Longueuil n’est pas de cet avis. « Il est clair que ce parc est en péril, et si on attend encore des mois, il est clair que ça va être une situation qu’il ne sera pas possible de rétablir à moins de coûts et de moyens qui dépasseront l’entendement pour l’ensemble des citoyens de la Ville », a rétorqué l’avocat de Longueuil, Jean-Pierre Baldarasse.

Si l’administration municipale a changé de stratégie en optant pour une chasse contrôlée des cerfs à l’arbalète qui aura lieu dès cet automne, c’est que l’inventaire du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a révélé au printemps dernier que le nombre de cerfs au parc Michel-Chartrand était passé de 72 à 108 bêtes. La Ville s’est alors rendu compte que la méthode de capture et d’euthanasie ne pourrait plus être envisagée, compte tenu du nombre de cerfs à abattre.

Me Baldarasse a soutenu que « l’urgence extrême » de la situation a forcé la Ville à agir rapidement. Le permis de chasse contrôlée obtenu en août dernier par la Ville auprès du MFFP n’est valide que pour six mois, a rappelé l’avocat.

Pour l’administration municipale, la proposition de Sauvetage Animal Rescue voulant qu’on déplace les cerfs ou qu’on construise un enclos pour eux dans le parc Michel-Chartrand n’est pas envisageable. D’ailleurs, a signalé Me Baldarasse, l’organisme n’avait pas réussi, en 2020, à obtenir du MFFP un permis de relocalisation des cerfs.

Après avoir entendu les parties toute la journée, le juge Andres Garin a pris le dossier en délibéré. « Je sais que c’est un débat émotif, a-t-il dit. Je vais faire de mon mieux pour rendre un jugement très rapidement. »


Correction: Une version précédente de cet article attribuait une citation à l'avocate de la SPCA Me Sophie Gaillard. Il fallait plutôt lire qu'il s'agit de Me Marie-Claude St-Amant

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