Le suspect de trois meurtres commis à Montréal et à Laval a été abattu

Devant le motel Pierre, jeudi matin, la crainte était palpable. Un fort déploiement policier empêchait l’accès à l’endroit et à une station-service comprise dans le périmètre de sécurité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Devant le motel Pierre, jeudi matin, la crainte était palpable. Un fort déploiement policier empêchait l’accès à l’endroit et à une station-service comprise dans le périmètre de sécurité.

L’homme de 26 ans suspecté d’avoir commis trois meurtres à Montréal et à Laval avant d’être abattu par la police jeudi matin avait fait l’objet d’appels liés à des problèmes de santé mentale. Il aurait d’ailleurs agi seul, selon la Sûreté du Québec (SQ).

Des enquêteurs ont visité jeudi après-midi un logement occupé par des proches d’Abdullah Shaikh, un jeune homme de 26 ans considéré comme le suspect de trois meurtres survenus en deux jours dans la région métropolitaine.

Ses antécédents judiciaires montrent qu’il était bien connu de la police de Laval : les forces de l’ordre l’ont arrêté à quelques reprises ces dernières années, notamment pour un dossier d’agression sexuelle, d’agression armée et de harcèlement criminel en 2016. Il ne rendait toutefois visite que de temps à autre à ses proches dans le logement où ceux-ci demeurent à Laval, près du quartier Chomedey, selon des voisins rencontrés sur place.

Motivations inconnues

 

En point de presse jeudi, la porte-parole de la SQ Audrey-Anne Bilodeau a d’autre part indiqué que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) « était déjà intervenu en lien avec des appels de santé mentale » concernant cet homme. Il est toutefois trop tôt pour faire un lien entre cette information et les trois meurtres rapportés, a-t-elle précisé. « On ne connaît pas encore ses motivations ; on en connaîtra certainement plus dans les prochaines heures. »

La plus récente victime du suspect serait un jeune Lavallois dans la vingtaine qui circulait à planche à roulettes à Laval-des-Rapides mercredi soir ; il aurait alors été atteint mortellement par des tirs. Un homme dans la soixantaine a aussi été tué en pleine rue dans l’arrondissement de Saint-Laurent mardi soir, ainsi qu’un homme dans la fin quarantaine qui se trouvait à Ahuntsic-Cartierville. Les victimes auraient toutes été abattues à bout portant sur la voie publique.

« À première vue, [le suspect] n’a pas de complice, il aurait agi seul », a ajouté Mme Bilodeau. Le corps de police provincial estime d’ailleurs, à ce stade-ci de l’enquête, que les trois victimes auraient été choisies au hasard.

En entrevue au Devoir jeudi après-midi, Mme Bilodeau a toutefois précisé que la thèse d’un acte terroriste n’est pas écartée. « Aurait-il pu agir du point de vue de ses idéologies ? C’est quelque chose qu’on évalue », a dit la porte-parole. Il apparaît aussi peu probable que l’homme soit lié au crime organisé, a-t-elle ajouté.

Le frère du suspect, qui a répondu à quelques questions de journalistes jeudi tout en restant derrière la porte close de son appartement de Laval, a confirmé que ce dernier prenait des médicaments pour traiter des problèmes de santé mentale. 

L’homme a toutefois rejeté la possibilité que son frère puisse être l’auteur des meurtres commis à Montréal et à Laval — d’autant qu’il semblait calme dans les derniers jours, a-t-il affirmé. « On est très choqués », a confié, ébranlé, le frère du suspect peu de temps après que les enquêteurs eurent quitté son logement, vers 15 h.

Trois meurtres

 

Des policiers du groupe tactique d’intervention du SPVM avaient d’abord été appelés vers 7 h, jeudi matin, à se rendre sur le site du motel Pierre, situé sur le boulevard Marcel-Laurin, pour réaliser des perquisitions en lien avec trois meurtres commis ces deux derniers jours sous un modus operandi similaire.

Les policiers ont alors été confrontés par le suspect, qui était armé. Au terme d’un échange de coups de feu, Abdullah Shaikh a été atteint par au moins un projectile ; sa mort a été constatée sur place.

Tel que la loi le prévoit, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a mobilisé sept enquêteurs pour faire la lumière sur les circonstances de la mort de l’homme lors de l’opération du SPVM. La SQ doit pour sa part éclaircir les circonstances des trois meurtres survenus à Montréal et à Laval en début de semaine.

« Il n’y a pas une occasion de tragédie, aucune justice avec des paroles et des mots qu’on peut exprimer », a réagi jeudi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, à l’occasion de l’annonce d’une aide financière de plus de 40 millions de dollars à Québec pour lutter contre la violence par armes à feu.

« Cette injustice est inacceptable », a poursuivi le ministre, qui espère que les sommes allouées jeudi aideront à prévenir d’autres crimes du genre.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a pour sa part tenu à offrir ses condoléances aux proches des victimes de mardi et mercredi.

« C’est dans ces moments qu’on doit tous travailler ensemble et faire confiance à nos autorités dans un objectif commun d’assurer la sécurité de nos populations », a-t-elle ajouté sur Twitter.

« Les trois homicides survenus à Montréal et à Laval nous ont tous horrifiés. Nous sommes de tout coeur avec les familles des trois victimes », a quant à elle écrit la ministre québécoise de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Inquiétude à Saint-Laurent

Devant le motel Pierre, jeudi matin, la crainte était d’ailleurs palpable. Un fort déploiement policier empêchait l’accès à l’endroit et à une station-service incluse dans le périmètre de sécurité.

De nombreux résidents rencontrés par Le Devoir ont confié être surpris qu’une telle opération survienne dans leur arrondissement, qu’ils croyaient tranquille. « Je suis un peu déçu parce que Saint-Laurent était connu comme un endroit sécuritaire », a soupiré Darrel Holmes, qui dit y avoir vécu « toute sa vie ». Mais il envisage maintenant de « déménager » ailleurs à Montréal pour se sentir plus en sécurité, a-t-il confié.

« Normalement, c’est un quartier tranquille », a pour sa part souligné Eugène Aimable, un résident du secteur lui aussi surpris par les événements. « Ça m’inquiète », a ajouté le jeune père de famille.


Avec Améli Pineda et Jasmine Legendre



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