La prison à vie pour l’auteur de l’attaque au camion-bélier de Toronto

Des familles des victimes s’étaient réunies en 2021 lorsque l'accusé avait été trouvé coupable de meurtre.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Des familles des victimes s’étaient réunies en 2021 lorsque l'accusé avait été trouvé coupable de meurtre.

L’homme responsable de la mort de 10 piétons à Toronto au mois d’avril 2018 a été condamné à la prison à vie sans droit de libération avant 25 ans. La juge Anne Molloy a rendu sa décision au terme d’une journée de témoignages bouleversants de la part de membres des familles des victimes de l’attaque.

La juge attendait la décision de la Cour suprême sur la peine infligée à Alexandre Bissonnette, responsable de l’attentat à la mosquée de Québec, avant de condamner Alek Minassian. En mai, la Cour suprême a finalement déterminé de manière unanime qu’il était inconstitutionnel d’imposer consécutivement des périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle. L’homme attendait donc sa peine depuis mars 2021, quand il a été reconnu coupable.

Dans les heures qui ont précédé la condamnation, des nièces, des sœurs, des fils et des amis des victimes ont confié la douleur et la colère qui les habitaient depuis quatre ans. La gorge nouée, les yeux remplis de larmes, les témoins ont parlé pour la première fois en présence de l’accusé, qui était assis dans un box entre ses avocats et les familles. « Au 25e anniversaire de l’attaque, il pourra demander d’être libéré, mais ça ne veut pas dire qu’on lui donnera droit », a affirmé la juge, cherchant à rassurer les familles.

Le vide

 

Les uns après les autres, les familles et amis des victimes ont fait part du vide créé par le départ soudain et brutal de leurs êtres chers. Le vide hante encore Lilian, qui a débarqué à Toronto avec son mari, Munir Abdo Habib Najjar, en avril 2018 pour rendre visite à leurs enfants, mais qui est retournée seule en Jordanie. « Nous étions mariés depuis 54 ans. Nous faisions tout ensemble », a dit leur fils Omar, parlant au nom de sa mère.

« J’ai tenté de vivre comme un chrétien toute ma vie. J’ai toujours pensé qu’un principe fondamental de la religion était le pardon, mais je sens maintenant que ma foi est secouée », a déclaré Omar, lisant son propre hommage. « Je n’ai pas de colère à l’endroit de l’accusé, mais mon cœur est rempli de tristesse. Une tristesse avec laquelle je devrai vivre pour le restant de mes jours », a-t-il dit.

La chaise que Dorothy Sewell, morte à l’âge de 80 ans, laisse désormais vide lors des célébrations spéciales. La vie de sa sœur Joan — son sosie — a changé à tout jamais le 23 avril 2018. « Personne n’a pu lui dire au revoir », s’est désolée Joan. « Nous regardions les événements sportifs en nous parlant au téléphone. C’est difficile d’encourager nos équipes seules maintenant », a-t-elle poursuivi.

L’agonie

Amaresh Tesfamariam a rendu son dernier souffle à l’hôpital trois ans après l’attaque, sans jamais l’avoir quitté. Ses blessures étaient « catastrophiques , a décrit sa nièce, Luwam Ogbaselassie. Son décès en novembre 2021 était douloureux et traumatisant pour la famille élargie de la femme d’origine érythréenne, selon sa nièce. Amaresh Tesfamariam est arrivée au Canada en tant que réfugiée de guerre, est devenue infirmière, et a passé les trois dernières années de sa vie « dans l’agonie », a soupiré Luwam Ogbaselassie.

« Ma mère a été tuée instantanément à cause de plusieurs blessures. La fourgonnette était grande, et ma mère avait une petite stature », a affirmé Janice Kirby au sujet de sa mère, Geraldine Brady, qui était âgée de 83 ans lorsqu’elle a été fauchée. « Je n’ai pas célébré ma fête cette année-là ; j’ai plutôt passé la journée à chercher des vêtements pour les funérailles », a expliqué Janice Kirby.

Avant de rendre sa décision, la juge Molloy a offert à l’accusé de s’exprimer, ce qu’il a refusé de faire. Après le déluge de témoignages, son avocat, Boris Bytensky, pour sa part, a préféré ne pas faire objection à des détails dans les témoignages des familles. « Je ne suis pas certain de savoir ce qu’un avocat de la défense peut dire dans une telle situation », a-t-il mentionné. « Cette journée est dédiée aux victimes », a poursuivi Me Boris Bytensky. « C’est sage et compatissant de laisser les choses ainsi », a salué la juge.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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