Carl Girouard déclaré coupable sur toute la ligne

Photo prise au lendemain de l’attaque au sabre à Québec du 31 octobre 2020. Les policiers procédaient à des prélèvements.
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Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Photo prise au lendemain de l’attaque au sabre à Québec du 31 octobre 2020. Les policiers procédaient à des prélèvements.
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Malgré la longueur des délibérations et les hésitations qu’elles laissaient présager, c’est un verdict sans ambiguïté que le jury a rendu au procès de l’auteur de la tuerie du Vieux-Québec. Le juré numéro 11 a prononcé le mot « coupable » à sept reprises vendredi après-midi, une fois pour chacune des personnes à qui Carl Girouard s’est attaqué le soir de l’Halloween 2020.

L’homme de 26 ans a ainsi été déclaré coupable pour les meurtres au premier degré de Suzanne Clermont et de François Duchesne, puis coupable de tentative de meurtre au premier degré pour les cinq autres personnes qu’il a attaquées, mais qui ont survécu.

L’une d’elles, Lisa Mahmoud, était dans la salle d’audience. D’abord réticente à commenter le verdict, la jeune femme de 26 ans est d’abord allée fumer une cigarette devant le palais de justice de Québec pour se calmer.

Puis elle est venue dire qu’elle était « très, très soulagée », mais vivait le verdict « bizarrement ». « J’ai de la misère à me réjouir du malheur des autres, mais je suis très contente. Le jury a pris la bonne décision. »

La jeune femme d’origine française et son ami avaient été attaqués près de la rue du Trésor le soir de l’Halloween 2020. Carl Girouard venait d’assassiner François Duchesne quand il s’en est pris à eux. Il lui a asséné au moins 13 coups de sabre, la blessant au bras, à la main et à l’épaule.

Un an et demi plus tard, elle n’est toujours pas capable de fermer sa main gauche, ce qui l’empêche de travailler. « J’espère pouvoir recoiffer un jour, parce que c’est mon métier depuis dix ans et ça me manque. »

La belle-sœur de Suzanne Clermont était aussi présente pour le prononcé du verdict. « La société va être protégée de cet individu très dangereux », a déclaré Marie-Claude Veilleux, qui avait tenu à assister à la totalité des procédures. « Malheureusement, il est trop tard pour Suzanne Clermont et monsieur Duchesne. Ça ne nous ramènera pas nos êtres chers. »

La thèse schizophrène rejetée

 

Dans cette affaire, l’accusé n’a jamais nié les faits concernant l’attaque en tant que telle. Son avocat, Me Pierre Gagnon, avait toutefois plaidé qu’il devait échapper à la prison parce qu’il souffrait de problèmes mentaux.

Durant le procès, Me Gagnon avait fait valoir que son client souffrait de schizophrénie ainsi que d’une forme d’autisme légère et qu’il était en plein délire au moment de l’attaque.

Le procureur de la Couronne, Me François Godin, avait quant à lui soutenu que l’homme de 26 ans n’avait pas de diagnostic grave de maladie mentale, mais souffrait plutôt d’un trouble narcissique qui ne l’empêchait pas d’être pleinement conscient des gestes qu’il posait.

Les membres du jury étaient isolés depuis lundi midi pour s’entendre sur un verdict. En fin de matinée, vendredi, ils ont avisé la Cour supérieure qu’ils souhaitaient s’adresser au juge à 14 h 15.

Mais ce n’est qu’une demi-heure plus tard que le juge Richard Grenier s’est finalement présenté en cour.

Un mélange de fébrilité, d’impatience et de fatigue dominait dans la salle où s’étaient rassemblés, en plus des avocats et des médias, des proches des victimes et des juristes du palais de justice, curieux de connaître l’issue de cette cause marquante à plus d’un égard.

Reproches du juge

 

À la surprise de tous, le juge Richard Grenier a tenu à adresser des reproches à la poursuite avant de permettre au jury d’entrer. « Apprenez, Me Godin, que votre rôle est celui d’être officier de justice et pas de protecteur de la police », a déclaré le juge au procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Le juge avait déjà exprimé un malaise dans le passé avec le fait que les policiers avaient interrogé Carl Girouard pendant cinq heures consécutives après l’attaque. Le magistrat avait alors suggéré qu’il y ait pu avoir une atteinte à ses droits fondamentaux, ce à quoi s’était opposé MGodin.

Alors que tous attendaient le verdict avec impatience, le magistrat a ainsi voulu répliquer au procureur en citant une jurisprudence qui appuyait ses dires. « Le droit de l’accusé au silence est sacré », a-t-il dit.

Cet échange en apparence anecdotique pourrait revêtir une certaine importance dans la suite des choses, puisque la défense y voit un argument de plus en appui à sa requête en appel. « Je ne vous cacherai pas que le commentaire du juge Grenier avant que le verdict ne tombe alimente notre décision pour porter le verdict en appel », a déclaré aux journalistes l’avocat de Carl Girouard vendredi après-midi. Selon Me Gagnon, la poursuite a commis une erreur dans l’interprétation qu’elle a faite devant le jury du silence de l’accusé durant son interrogatoire.

MGagnon compte aussi faire valoir que des erreurs de droit ont été commises durant le témoignage d’un expert de la poursuite, qui aurait fourni des réponses « débordant de son champ d’expertise ». Deux experts ont été appelés à la barre pour le DPCP durant le procès : le neuropsychologue William Pothier et le psychiatre Sylvain Faucher.

Influence du dossier Bissonnette

 

Reste maintenant à savoir quelle peine sera imposée à Carl Girouard pour ses crimes. Le verdict de culpabilité pour meurtre au premier degré l’expose à une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Or, étant donné qu’il a été reconnu coupable de deux homicides et de cinq tentatives de meurtre, il s’expose aussi à des peines multiples (de 50 ans sans possibilité de libération, par exemple), comme ce fut le cas pour l’auteur de l’attaque perpétrée à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette.

La Cour suprême doit justement rendre une décision vendredi prochain sur la constitutionnalité des peines multiples. Le résultat déterminera si la peine de Carl Girouard pourra être multipliée par le nombre de victimes.

 

Quoi qu’il advienne, le débat juridique sur la peine doit avoir lieu le 10 juin. Plusieurs victimes ont déjà manifesté leur intention de se faire entendre à cette occasion.



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