La tranquillité de l’assaillant du Vieux-Québec contredirait un diagnostic de schizophrénie

La tranquillité de Carl Girouard après l’attaque serait en contradiction avec le diagnostic de schizophrénie.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La tranquillité de Carl Girouard après l’attaque serait en contradiction avec le diagnostic de schizophrénie.

Les médicaments qui ont été prescrits en prison à l’auteur de l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec n’auraient pas suffi à stabiliser une personne véritablement schizophrène, selon le psychiatre appelé à témoigner par la poursuite au procès de Carl Girouard.

Lors de son incarcération au Centre de détention de Québec, l’homme s’est fait prescrire des antidépresseurs et un antipsychotique — le Seroquel — « à une dose très faible pour traiter une psychose », a expliqué Sylvain Faucher. À ses yeux, c’est un signe parmi d’autres que l’accusé ne souffre pas de schizophrénie et qu’il n’était pas en psychose lorsqu’il a commis deux meurtres et cinq tentatives de meurtres le soir de l’Halloween 2020.

M. Faucher est le témoin expert de la poursuite. Cette dernière affirme que M. Girouard n’était pas affecté par des troubles mentaux qui lui permettraient d’échapper à la peine prévue pour ce type de crime.

« Monsieur, au moment des faits, savait ce qu’il faisait et il était capable d’en apprécier la qualité », a tranché le Dr Faucher.

Le psychiatre s’étonne particulièrement de la rapidité avec laquelle le soi-disant délire de l’accusé a pris fin le soir de l’attaque. Carl Girouard avait lui-même raconté dans son témoignage que « sa mission » avait cessé d’avoir du sens après qu’il eut attaqué un jeune homme sur les remparts de la vieille ville (sa septième victime). « Ça fait six ans que [le projet] le pousse et là, pouf, il n’est plus là ! Il est capable de tasser ça. Ça m’apparaît particulier », a déclaré l’expert.

Le Dr Faucher souligne en outre que son comportement en prison n’était pas celui d’un schizophrène, à l’exception d’un épisode où il aurait été vu en train de se parler à lui-même. « Il n’a plus aucune préoccupation sur le devenir de sa “mission”. Est-ce que son message est passé ? Ses alter ego ont-ils réagi ? Non ! Ce qui le préoccupe, c’est sa situation personnelle. »

À son avis, Carl Girouard est présente plutôt des « traits narcissiques », ses actions étant motivées par un fantasme inspiré de jeux vidéo dans lequel il tient le beau rôle — à l’inverse de sa réalité. « Il se plaint que la société l’empêche d’être ce qu’il est. Que la société ne le reconnaît pas à sa juste valeur », a mentionné le Dr Faucher. Des éléments « qui laissent entrevoir », dit-il, du « ressentiment », « de la dévalorisation ».

Un rare désaccord entre les deux psychiatres

Le témoignage du Dr Faucher s’inscrit ainsi en faux avec celui de son collègue psychiatre Gilles Chamberland, qui a témoigné plus tôt pour la défense. Vendredi dernier, le Dr Chamberland avait plaidé que Carl Girouard était atteint de schizophrénie et d’un trouble du spectre de l’autisme.

Le Dr Faucher doute aussi de ce second diagnostic, mais y voit, de toute façon, un « diagnostic accessoire dans la présente cause ».

Au début de son témoignage, le témoin expert a souligné au jury qu’il était très rare que deux collègues psychiatres soient autant en désaccord sur un diagnostic. « Le Dr Chamberland et moi, on arrive très souvent aux mêmes conclusions. C’est la deuxième fois seulement [que moi et lui nous contredisons]. »

Quand une personne commet « un acte totalement insensé », « le premier réflexe » de la plupart des gens « est de se dire qu’il est l’œuvre d’une personne malade », a noté le Dr Faucher. Or, « la plupart des actes insensés sont faits par des gens non-malades » qui font usage de « distorsions cognitives » pour « s’autoriser » à commettre le pire, a-t-il poursuivi.

Sylvain Faucher est le second expert à être appelé à la barre par les procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Il avait été précédé par neuropsychologue William Pothier, dont la crédibilité a été vivement attaquée par la défense plus tôt cette semaine.

Le procès doit se poursuivre vendredi avec le contre-interrogatoire du Dr Faucher.

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